Le Brésil bouscule le syndicalisme

Au Brésil, les travailleurs syndiqués régis par une convention collective décideront eux-mêmes s’ils soutiennent financièrement ou non leur syndicat. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour la liberté de choix et de la liberté contractuelle des travailleurs.

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Le Brésil bouscule le syndicalisme

Publié le 4 août 2017
- A +

Par Michel Kelly-Gagnon, depuis le Canada.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Un petit tremblement de terre est récemment passé inaperçu dans le monde syndical. Le Brésil, un pays reconnu pour ses lois du travail très contraignantes, s’apprête à mettre en œuvre une importante réforme.

Parmi les modifications apportées, les heures de travail seront dorénavant plus flexibles ; il y aura moins de restrictions sur le travail à temps partiel ; les travailleurs pourront séparer leurs jours de vacances (ils sont présentement obligés de prendre un bloc d’au moins 20 jours consécutifs) ; ils pourront aussi ne prendre qu’une demi-heure pour manger s’ils le désirent, au lieu de l’heure obligatoire, entre autres.

Une excellente nouvelle

Il s’agit pour le Brésil d’une excellente nouvelle. Le taux de chômage y est de plus de 13 %, et l’économie a bien besoin d’un coup de fouet après une récession qui a duré trois ans. Le pays est d’ailleurs un cancre pour ce qui est de la facilité d’y faire des affaires, se classant au 123e rang mondial.

Mais le changement le plus important, et sans doute celui qu’on remarquera le plus au Québec, reste l’abolition du versement obligatoire des cotisations syndicales. Les travailleurs brésiliens devaient payer ces sommes, peu importe s’ils étaient membres ou non du syndicat (c’est ce qu’on appelle ici communément la « formule Rand »).

Ainsi donc, dorénavant, le versement des cotisations syndicales se fera sur une base volontaire. Cela signifie qu’au Brésil, les travailleurs syndiqués régis par une convention collective décideront eux-mêmes s’ils soutiennent financièrement ou non leur syndicat. Il s’agit d’une bonne nouvelle en ce qui concerne le respect de la liberté de choix et de la liberté contractuelle des travailleurs.

Au Québec, moins de liberté syndicale

Au Québec, la liberté syndicale demeure à sens unique. Même si la liberté de non-association est en principe reconnue dans le Code du travail, le travailleur d’une entreprise où un syndicat est présent demeure soumis au régime collectif et doit payer les cotisations, lesquelles sont prélevées automatiquement sur son chèque de paie, qu’il choisisse d’être membre ou non du syndicat accrédité.

Le Brésil n’est évidemment pas le Québec. Les lois brésiliennes du travail sont abondantes et complexes, et l’environnement québécois pour les entreprises est généralement considéré comme étant nettement plus favorable.

Dépoussiérer le syndicalisme québécois

Mais, à l’image du Brésil, les lois du travail du Québec profiteraient elles aussi d’un sérieux dépoussiérage : l’actuel Code du travail a été adopté sous les libéraux de… Jean Lesage, en 1964. Le parti pris envers le régime collectif, et contre la liberté de choix des travailleurs, n’a probablement plus sa raison d’être en 2017. Les travailleurs devraient être traités comme des adultes dotés de raison, et les syndicats devraient être un peu plus redevables envers eux. L’abolition de la formule Rand ou, au minimum, son meilleur encadrement, serait évidemment bienvenu.

Le Brésil vient de montrer la voie. Le gouvernement du Québec devrait en prendre bonne note.

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  • Si les salariés n’ont pas le choix, le syndicat « maison » disposant de l’exclusivité, la cotisation obligatoire peut se comprendre. Mais s’il y a un choix, la cotisation est nécessaire, se serait-ce que pour donner une base saine au financement su syndicat.
    Nous n’avons pas un bon exemple à donner. La cotisation au syndicat n’est pas obligatoire, et les résultats obtenus par un seul sont applicables à tous les salariés de l’entreprise. Pourquoi ne pas en profiter?

    • ??? La seule absence de choix, c’est quand il n’y a aucun syndicat. Dans ce cas, il n’y a pas à verser de cotisation. Dès qu’il y a un syndicat (même s’il est le seul), il y a un choix: celui d’adhérer ou pas. Pourquoi la cotisation se devrait-elle d’être obligatoire? Si la préoccupation principale d’un syndicat est de défendre ses adhérents, il recrutera. Si ce n’est pas là sa préoccupation, il aura peu d’adhérents et cherchera à imposer des cotisations à tous.
      La concurrence est bénéfique pour l’entreprise et l’économie, pourquoi ne le serait-elle pas pour les syndicats?

      • @ cyde
        Je crois qu’on ne peut pas comprendre le syndicalisme, en France où la syndicalisation de salariés (8 ou 11%) dont le gros paquet vient des fonctionnaires. Et le financement d’autres origines que les cotisations.

        Et la plupart de vos syndicats sont « d’opposition » au patron, par principe!

        Là où le syndicat a plus d’affiliés payants, il y a de vrais représentants, plus « représentatifs » que le président de la république n’est le premier choix d’une majorité de Français!

        Ces syndicats, surtout « en front commun », arrivent à la négociation avec le binôme patron et éventuellement état (ou son médiateur), dans ce qu’on appelle « dialogue social » mais dans lequel les syndicats représentent, ensemble, plus de 50 % de salariés adhérents payant! Et ils ne demandent pas la mort du patron! Au contraire, ils ne veulent que trouver un compromis permettant leurs « revendications » au moins partielle mais bien sûr, la survie de leur entreprise et une embauche éventuelle possible!

        Technique « win-win »!

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