L’incompétence des députés LREM n’est pas le problème

Si l’on veut créer une société démocratique et juste, il est indispensable de garder ce principe en tête : la somme des intérêts particuliers crée l’intérêt général, et l’intérêt particulier n’est entier que dans l’individu.

Par Pierre Gineste.

Ces dernières semaines ont été émaillées de nombreuses railleries relatives à l’incompétence des députés de La République En Marche. La cause en est évidente.

En voulant donner un nouveau visage à cette institution hors d’âge qu’est l’assemblée parlementaire en changeant le profil de ses élus, E. Macron n’a fait qu’empirer la situation et n’a apporté qu’une solution de façade sans se préoccuper du problème à la racine : la crise du système parlementaire réside dans son principe même, élitiste et centralisateur, et non pas dans sa composition.

Et voilà tout le souci: un système centralisé et restreint, ne fonctionne pas sans une élite spécialement formée pour le régenter. Ce mouvement, même si maladroitement exprimé, suppose une volonté de rendre le pouvoir à l’individu et une décentralisation du pouvoir décisionnel.

Une équipe parlementaire inadaptée

La manœuvre était habile et séduisante : briser la consanguinité parlementaire et le système élitiste gangrené de l’intérieur, se suffisant à lui même pour perpétuer ses traditions des hautes sphères, complètements coupées du peuple. Ne plus faire du politique un métier, mais une vocation.

De ce fait, après les élections législatives, En Marche a pu se targuer des statistiques concernant ses élus : une moyenne d’âge de 46 ans seulement, contre 53 ans pour le groupe LR, et 54 ans pour le Parti socialiste. En outre, des 308 députés du groupe En Marche, seulement 23 exerçaient cette fonction précédemment, et 169 n’ont jamais eu de mandat.

Mais voilà, depuis la reprise des débats parlementaires, nous assistons à un spectacle véritablement pénible, tant pour l’opposition que pour les partisans de la majorité. C’était inévitable, il a fallu peu de temps pour que l’équipe de députés de Macron se rendent compte de leur manque de compétences pour le poste qui leur a été attribué. Ces derniers jours, les articles collectant les impairs de ces derniers fleurissent dans les médias, les enfonçant dans le ridicule.

Scènes déplorables, vides, pénibles. il est évident que ces derniers, soit ne maîtrisent pas leur sujet, soit sont incapables de proférer un discours intelligible devant une assemblée, comme ils sont supposés le faire.

Jean-Baptiste-Djebbari, député EM!, le 12 juillet.

Les exemples de ce désordre ne manquent pas. Et pour cause : de par la nature du système parlementaire, y loger des membres ordinaires de la société civile est incompatible avec son fonctionnement.

Le vrai cœur du problème : un système parlementaire élitiste et centralisateur

On entend régulièrement des plaintes de tous bords concernant la prolifération des élites dans la vie politique française, créant un fossé de plus en plus grand entre la réalité de la vie quotidienne et ses ordonnateurs.

Ce phénomène n’est pas nouveau : dès le 18è siècle, dans son fameux ouvrage Du contrat social, Rousseau évoquait le fait que de par la grandeur du territoire à administrer en un pouvoir si restreint, « Les chefs accablés d’affaires ne voient rien par eux-mêmes, des commis gouvernent l’État. » (Du contrat social, Livre II, Chapitre IX)

En clair, c’est ici la professionnalisation de la vie politique qui est remise en cause :

Mais cette professionnalisation est le corollaire à la condensation des pouvoirs.

En effet, il est évident et naturel que plus le gouvernement d’un État repose sur le principe de la délégation, allant de pair avec centralisation et concentration des pouvoirs dans un nombre réduit de fonctionnaires, plus le savoir de ces derniers doit être grand.

C’est en cela qu’une école comme l’ENA est un préalable au fonctionnement du système parlementaire, et ce dernier l’une des raisons de la perpétuation de l’ENA.

C’est aussi pourquoi il est quasiment impossible aux parlementaires d’exercer leur métier en parallèle. « Si on veut faire son travail de député, on n’a pas le temps matériel de travailler » Confiait Eva Sas, ancienne députée EELV de l’Essonne à France Info en 2013.

Une des conséquences les plus importantes du parlementarisme est la création de conflits d’intérêts. Plus un système est centralisé, moins l’intérêt général est représenté, et plus l’intérêt particulier prend sa place.

Se créent par exemple des débats qui ne devraient pas avoir lieu d’être dans une véritable démocratie : peut-on être à la fois avocat et voter les lois qui régissent la nation ?

La réponse est simple, ces problèmes d’éthique ne se poseraient pas si tous les citoyens étaient impliqués dans le processus décisionnel.

La solution : rendre le pouvoir à l’individu

Si l’on veut créer une société démocratique et juste, il est indispensable de garder ce principe en tête : la somme des intérêts particuliers conduit à l’intérêt général, l’intérêt particulier n’est entier que dans l’individu. L’intérêt général ne peut en aucun cas être représenté par une personne : sa seule forme concrète est impalpable et seulement conceptuelle, et se fait lors du processus décisionnel.

De plus, déléguer notre parole à des fonctionnaires ne pouvant nous représenter chacun parfaitement dans notre diversité est une insulte à l’individu. Le système parlementaire ôte le pouvoir à l’homme et remet sa volonté entre les mains d’une personne supposée mieux le défendre que lui même.

La volonté et le pouvoir de l’individu ne peuvent être exercés que partiellement dans une démocratie parlementaire. En Marche, en renouvelant le profil des députés au lieu d’éradiquer le problème à la racine, ne fait que tenter de tuer l’âne à coups de figues.

Si le but est de ne plus faire de la politique une profession mais une vocation, de supprimer la prolifération des élites, d’empêcher les conflits d’intérêt, redonner le pouvoir au citoyen, il faut réformer le système qui est la cause de ces maux : supprimer le système parlementaire pour mettre en place une démocratie directe, ou du moins ce qui s’en rapproche. En clair, rendre le pouvoir à l’individu, au lieu de créer une illusion en le confiant à de fausses élites incompétentes.