Législatives : une majorité Macron, pour quoi faire ?

assemblée nationale credits parti socialiste (licence creative commons)

Après la victoire de La République en Marche aux législatives, quelle perspective pour une droite et une gauche en miettes ?

Par Nathalie MP.

Quel suspense, ce dimanche ! Porsche, Toyota ou l’outsider ? Si les 24 heures du Mans se sont finalement terminées sans surprise par une 19ème victoire de Porsche, notre course législative a connu une résolution inverse. Aucun suspense, à tel point que l’abstention a battu un record de plus, nous valant quand même une petite surprise à l’arrivée. 

Alors que toutes les projections des sondeurs voyaient bien La République en Marche (LREM) et son allié Modem dépasser les 400 députés, ce sont « seulement » 350 sièges qui lui reviennent. Les 227 postes restants vont à l’opposition, ou plutôt à des oppositions multiples et quelque peu sonnées, voire grisées pour certaines, par les turbulences électorales de l’année.

Large victoire LREM et opposition sonnée

• Du côté de la majorité présidentielle, je pense qu’Emmanuel Macron ne pouvait pas rêver d’un meilleur score. Un groupe de 400 députés ou plus, c’était trop. Trop sur le plan pratique d’abord, car arriver à faire fonctionner ensemble tant de personnes, pour la plupart nouvelles en politique, sans véritable culture commune, ce n’était pas gagné d’avance.

Le risque de pagaille était élevé ; celui, a contrario, de devoir tenir d’une poigne de fer un ensemble de députés purement godillots, l’était aussi.

Avec des députés moins nombreux, Macron ne réduira sans doute  pas complètement ces risques organisationnels, mais sur le plan politique, cela lui permet d’écarter l’objection gênante de monopoliser tous les pouvoirs avec un parti quasi unique écrasant une opposition réduite à peau de chagrin, objection qui avait commencé à fleurir non sans quelques bonnes raisons dans les médias et l’opinion entre les deux tours des législatives, face aux projections spectaculairement élevées des sondeurs en sa faveur.

Une majorité de cette ampleur, 350 députés sur 577 soit 60 %, ça s’est déjà vu et ce ne fut en rien le signe précurseur d’un passage à une dictature en bonne et due forme.

L’esprit de la Ve république

C’est même plutôt le résultat direct de nos institutions « présidentielles » voulues telles par le Général de Gaulle pour en finir avec l’instabilité politique de la IVème République.

Depuis l’instauration du quinquennat, c’est encore plus vrai. Les législatives se déroulent dans la foulée de l’élection présidentielle et tendent à devenir une sorte de formalité : la bataille politique, celle qui passionne et continue à mobiliser les Français, a déjà eu lieu ; il ne reste plus qu’à donner au nouveau Président la majorité parlementaire nécessaire pour qu’il puisse mettre sa politique en oeuvre.

Quand on y pense, en ce qui concerne spécifiquement LREM, 350 est presque un minimum. Si l’on retire les 42 députés du Modem de François Bayrou, il reste 308 députés propres au mouvement du Président, soit un excédent de 19 pour la majorité absolue. Rien d’exorbitant.

Encombrant François Bayrou ?

Or d’après ce que l’on sait de la personnalité colérique et changeante de François Bayrou, d’après ce que l’on sait de ses premiers éclats dans la majorité présidentielle – sur le nombre de sièges de députés promis, sur ses ennuis judiciaires liés à des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen, sur ses interventions en ce domaine auprès de journalistes, puis sur sa façon de riposter au Premier ministre qui vient de le recadrer – d’après tout ceci, personne n’est en mesure d’assurer qu’il ne quittera pas soudain la majorité avec fracas ou que Macron ne sera pas obligé, et bien content, de se débarrasser de lui.

Le gouvernement se retrouve ainsi avec une majorité idéale. Ou qui le serait s’il n’y avait pas ce petit problème d’abstention. 57 %, c’est un record pour ce type d’élection (voir en fin d’article), d’autant que les blancs et nuls sont passés de 1 % à 4 % des inscrits entre les deux tours. Dès son élection présidentielle, Emmanuel Macron fut confronté à une faible adhésion populaire qui tranche nettement sur la macron-mania qui se dégage si l’on ne considère que les votes exprimés.

L’abstention fragilise tout le monde

• Quelles que soient les raisons de cette désaffection du vote – perte d’intérêt après la présidentielle, perte de confiance plus générale dans l’action politique, sentiment que rien ne changera, sentiment que tout est déjà plié … – il n’en demeure pas moins que si elle fragilise Macron, elle fragilise forcément encore plus tous les partis qui ont moins bien réussi que LREM, c’est-à-dire tous ces partis qui forment aujourd’hui l’opposition à Emmanuel Macron.

Fin avril, alors que sa probabilité de succès face à Marine Le Pen était très élevée, je m’interrogeais déjà sur la qualité de l’opposition qui se formerait contre lui. Non pas que j’avais anticipé à l’époque qu’il obtiendrait une large majorité nécessitant contre-pouvoir, mais chacun pouvait constater avec incrédulité que les résultats des présidentielles avaient placé dans le quarteron de tête deux candidats extrêmes et extrêmement étatistes, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui totalisaient à eux deux 41 % des voix. En ajoutant NDA, Poutou, Arthaud et Hamon on arrivait à 53 %.

Deux grandes gueules à l’assemblée

Aujourd’hui, tant Mélenchon que Le Pen sont entrés en personne à l’Assemblée. On peut compter sur ces deux grandes gueules de la politique française pour apporter leur lot de rock’n roll à la XVème législature – encore que la longueur du discours de Mélenchon dimanche soir dernier (7′ 30″, une éternité) ne fasse craindre une dérive verbale suprêmement ennuyeuse à la Fidel Castro.

Dans les faits cependant, leurs deux partis sont revenus à des pourcentages en voix beaucoup plus modestes lors du premier tour des législatives (13 % pour le FN et 11 % pour la FI) et le résultat en députés est à peine plus affriolant : 8 pour le FN (qui quadruple son score) et 17 pour la France insoumise qui était à 10.

Le PS étant réduit à 30 députés, et se trouvant de plus devoir faire face à des difficultés financières par manque d’élus et des difficultés sociales par nécessité de licencier, le seul ensemble qui fait encore à peu près figure de parti à l’Assemblée est celui formé par Les Républicains et l’UDI, soit 136 députés. Si une opposition pas trop étato-centrée peut voir le jour, on se dit que c’est plutôt de ce côté-là qu’il faudrait chercher.

Revoir le programme à droite

Si la droite et le centre avaient le bon goût de repenser aux lignes directrices du programme économique initial de François Fillon, programme qui avait réussi à attirer un nombre inédit de votants à la primaire de droite, ce serait un bon début pour une reconstruction.

Hier je me suis donc plongée avec grand intérêt dans un article de l’Opinion signé de Laurence Sailliet, membre du bureau politique Les Républicainsdont le titre commençait précisément par « La reconstruction de LR ». J’ai perdu un peu d’enthousiasme en lisant ensuite « doit se faire avec les candidats aux législatives ».

Mme Sailliet recommande à la droite de regarder vers l’avenir et l’adjure de ne pas tomber dans le piège des habitudes, elle invite LR à se rénover profondément et à redéfinir sa ligne d’action. Ce sont ses propres mots. Avouez que c’est d’un creux ! J’ai peine à voir le début d’une proposition concrète dans sa tribune. Seule idée : « Organisons des débats avec les acteurs de terrain dans chaque circonscription. »

Quelle force de proposition à droite ?

Il est bien évident que l’expérience des élus (ou non élus) de terrain est précieuse, mais un parti ne doit-il pas, aussi, être une force de proposition ? La plupart des gens savent très bien dire ce dont ils ne veulent plus, d’où le dégagisme qui a joué à plein en cette année 2017, mais ils savent moins bien dire ce qu’ils souhaitent. Ou plutôt, ils disent assez largement, mais confusément, qu’ils veulent que les choses changent, message  peu spécifique capté 5/5 par LREM.

On pourra toujours trouver de savantes raisons à l’abstention et au dégagisme, on pourra toujours tenter d’incriminer je ne sais quelle perte de repères ou je ne sais quel déclin culturel ou quel abaissement des mœurs ou quel agent destructeur niché au cœur de la société de consommation.

Mais il me semble que si quelqu’un parvenait, vraiment, à faire baisser le chômage, rétablir les comptes publics, rétablir l’autorité de l’État pour les domaines qui le concernent, notamment la petite délinquance qui pourrit la vie des gens au jour le jour, redonner à l’école primaire sa pleine mission d’enseignement des savoirs fondamentaux, rétablir la vérité des prix en matière de mouvements migratoires en réduisant notre État providence, et si en même temps toutes les administrations confondues arrêtaient d’emmerder les Français (comme le disait déjà Pompidou à Chirac en 1966 !), ce quelqu’un ferait un pas immense dans le sens du redressement du pays et dans le rétablissement de la confiance des Français.

Tout ceci suppose d’aborder la gouvernance du pays avec un état d’esprit libéral. Qui le fera ? Celui qui, malgré certains débuts inquiétants sur l’État d’urgence, dispose aujourd’hui d’une majorité idéale pour gouverner ; ou ceux qui, pas encore complètement en morceaux, ont cinq ans devant eux pour se reconstruire et faire des propositions aux Français ; ou encore un brillant outsider qui pourrait se révéler pendant ces cinq ans ? Les paris sont ouverts.

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