2017 : la République remise « en marche » ?

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Emmanuel Macron crédits Ecole polytechnique Université Paris-Saclay (CC BY-SA 2.0)

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2017 : la République remise « en marche » ?

Publié le 10 juin 2017
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Par Vincent Feré.
Un article de Trop Libre

Nul ne peut nier que la recomposition politique ne soit « en marche ». Le processus ne fait certes que commencer mais déjà les analystes, conscients de l’ampleur des changements à l’œuvre, osent un parallèle avec 1958. Toutefois, la comparaison avec l’émergence de la République des républicains dans les années 1880 permet sans doute mieux d’en mesurer l’importance et peut-être d’en apercevoir les limites.

Recomposition politique

Au moment du vote des lois constitutionnelles en 1875, un jeune député venu de la gauche, Léon Gambetta, a saisi la nécessité d’une recomposition politique. Il a compris en effet qu’une entente est possible entre les républicains, pourvu qu’ils modèrent certains de leurs principes, et une fraction de la droite d’autant que celle-ci est profondément divisée entre orléanistes, légitimistes et bonapartistes. Gambetta entend ainsi attirer du côté de la République une partie de la droite orléaniste, lasse des atermoiements des monarchistes et sans grande sympathie pour leur politique d’ordre moral.

Opération réussie : la droite se scinde, des orléanistes adoptent la forme républicaine du régime et rallient le camp républicain soudé, à partir de la crise du 16 mai 1877, autour des valeurs qui vont le définir pour longtemps, la laïcité et le parlementarisme. La question sociale est oubliée et d’ailleurs selon Gambetta « il n’y a pas de question sociale », la question nationale aussi : « la Revanche, pensons-y toujours, n’en parlons jamais » disait le même Gambetta.

Le régime, socialement conservateur, saura se défendre contre l’extrême gauche socialiste et, culturellement libéral, contre la droite cléricale et nationaliste. Le socle politique et idéologique de la République est appelé à durer, la droite monarchiste est marginalisée, l’extrême gauche se rallie ou pèse peu.

Macron héritier ou fossoyeur du socialisme ?

En 2017, à l’âge de Gambetta dans les années 1870, Emmanuel Macron, héritier – ou fossoyeur ? – d’un socialisme en ruines a réussi à regrouper derrière lui et son parti la gauche réformatrice et une partie de la droite libérale autour de la construction européenne et des valeurs du libéralisme.

Macron, comme Gambetta avant lui, a compris la nécessité d’acter la disparition de certains clivages d’un autre âge. Du coup, comme dans les années 1880, la conjonction des centres est de nouveau d’actualité et la République en marche, le parti du Président, pourrait bien jouer le rôle de « parti pivot » (S. Berstein) jadis dévolu au parti radical et radical socialiste.

Au passage la Cinquième République, après six décennies de bipolarisation gauche/droite, fait une fois encore la preuve de sa faculté d’adaptation. Mais l’orléanisme étant au pouvoir la question sociale est oubliée comme sous la Troisième République, abandonnée aux extrêmes, la question identitaire aussi.

La synthèse politique macronienne n’est donc pas sans rappeler la synthèse gambettiste et comme le souligne Laurent Bigorgne, « Emmanuel Macron ne doit pas son élection à un accident » (1). Aura-t-elle pour autant la même postérité que celle de son illustre aîné ?

Recomposition sociologique

Gambetta et les républicains opportunistes en fondant la République ont, pour reprendre la thèse de François Furet, terminé la Révolution. Celle-ci, selon la célèbre formule de Prévost-Paradol avait certes « fondé une société mais elle cherchait encore sa forme de gouvernement ».

Or, la grande habileté des républicains c’est non seulement d’avoir bâti un modèle politique acceptable par les Français en mettant de côté certains de leurs dogmes, ce qui leur a valu leur surnom d’opportunistes, mais de lui avoir donné une assise sociologique solide : la France rurale, majoritaire jusqu’en 1931, bientôt protégée par les tarifs Méline et celle des classes moyennes urbaines, professions libérales ou fonctionnaires.

A ces deux France, la République promet, par l’école, l’ascension sociale et c’est en ce sens qu’il n’y a pas pour Gambetta de question sociale ; à ces deux France, la République apporte l’ordre social et la paix, non sans une solide culture patriotique, ciment de la nation.

Mieux, Léon Gambetta lui-même, dans son discours de Grenoble en 1872, annonce l’arrivée au pouvoir de « couches sociales nouvelles » – il était fils d’épicier – et la Troisième République a été celle des avocats avant d’être celle des professeurs.

Quelles couches sociales nouvelles pour le macronisme ?

L’élite dirigeante est le miroir de la base sociologique du régime. Le « modèle républicain » de la Troisième République analysé par Serge Berstein, c’est donc la rencontre cohérente d’un système politique et d’une société.

Or, en 2017, si l’on voit bien l’habileté politique et l’opportunisme d’Emmanuel Macron, on ne voit guère en revanche, pour l’instant, l’arrivée de « couches sociales nouvelles » au pouvoir ; plutôt le maintien en place d’une élite technocratique, un monde fermé et peu représentatif de la « France dans ses profondeurs » (de Gaulle).

On ne voit pas davantage où se situe la base sociologique du régime ou plutôt la France qui joue ce rôle semble circonscrite à celle des métropoles ; la « France périphérique » (C. Guilluy), laissée de côté, ne s’y retrouve guère.

Plus grave, l’orléanisme au pouvoir théorise même parfois son abandon – en 2011, un rapport de Terra Nova, un think tank proche du Président, préconisait l’oubli par la gauche de gouvernement des classes populaires -.

Une chose est sûre, la « Révolution » promise par le président de la République a peu de chances d’être pérenne si elle n’entraîne par la majorité du peuple dans son sillage. Remettre les institutions en marche n’a en effet pas grand sens si la majorité des citoyens ne s’y reconnaissent pas.

Pour retourner la formule de Prévost-Paradol, la France macronienne a peut-être trouvé sa forme de gouvernement, il lui reste à fonder une société nouvelle qui concilie modernité et solidarité. Une tâche sans doute autrement plus ardue.

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  • Occasion manquée.
    Sur les étals de notre fameux « Modèle social, sociétal et économique », la France dite d’en haut et progressiste, bien sûr, cette France qui va bien ou pas trop mal , y fait son marché et continuera de le faire en fonction de sa situation professionnelle et privée, de ses besoins ,de ses envies, de son réseau et, en général, elle y trouve et trouvera encore son compte et bien son compte.
    Malheureusement, beaucoup trop de français, une grande majorité, ne sont invités qu’en fin de marché.
    Ces invités de fin de marché, ce sont avant tout ces classes populaires, ces classes moyennes et intermédiaires, ces paysans, ouvriers, employés, petits retraités, tous peu ou pas diplômées et tant d’autres encore. Sans oublier, bien sûr, les quelques millions de sans-emploi et notamment ces jeunes inactifs sans qualification et tous ceux qui vivent ou survivent d’emplois précaires, CDD, aides sociales ou étudient avec quelques bourses dans d’anonymes universités….
    Des Populistes comme les qualifie aujourd’hui « toute cette France dite d’en haut ».
    Cette France de l’ombre, celle qu’en haut, on ne voit pas ou plutôt qu’on ne veut pas voir ni entendre.
    Cette France de l’abnégation, de la résignation, devenue fataliste et de plus en plus dans la révolte avec un sentiment d’injustice très profond ancré en Elle. Imaginer qu’elle pourrait avoir une alternative à son existence actuelle relèverait presque de l’utopie.
    Qu’ils travaillent et habitent en ville, en banlieue ou à la campagne, peu importe, ces français sont les Oubliés de la Nation. Depuis de nombreuses années, ils voient passer les trains du progrès…et restent sur le quai.
    Perdus et déboussolés, abandonnés à leur sort, ils sont tombés et continuent de tomber comme un fruit mur, dans tous les partis de l’extrême de droite comme de l’extrême gauche et malheureusement, certains choisissent d’autres directions mortifères.
    Et cette population de français est devenue, au fil du temps, pratiquement majoritaire sans compter une grosse partie des abstentionnistes. Nolens, volens …
    En choisissant cette option, par défaut bien sûr, ils pensent encore qu’ils sont dans une issue de secours, voient ces partis et notamment à travers leurs leaders et tribuns comme des planches de salut mais peu voient qu’ils sont dans une impasse, une voie sans issue. Ils ne sont que « le fond de commerce » de ces partis politiques.
    Pour toutes réponses à leurs problèmes, à leur angoisse, à leurs peurs, à leur situation quotidienne et pire encore lorsqu’ils osent regarder leur avenir ou celui de leurs enfants, qu’entendent-ils ? Que leur propose t-on ?
    Et bien, en respect pour ces gens là, je ne rappellerai pas les propositions ubuesques et indécentes qui leur sont présentées de manière récurrente par toute la classe politique dans son ensemble et sans exception.
    Aujourd’hui, par exemple, ont-ils besoin dans l’immédiat, d’une loi sur la moralisation politique (et on ne rit pas.) D’une loi travail (on peut rêver) d’une loi sur la fiscalité de l’ISF (et on ne rit pas une seconde fois) d’une loi sur le nombre de députés et de sénateurs (et là, on arrête de rire) une « Task force » quelques euros de plus en fin de mois pour les uns et peut être, la suppression de leur taxe d’habitation….
    Et pour d’autres, une petite baisse de la fiscalité sur leur revenu ….plus ou moins de souveraineté, je pourrais continuer …
    Ces propositions ne font que leur apporter une humiliation supplémentaire et encore plus de déclassement alors qu’ils auraient besoin d’entendre comment ils vont redresser la tête, comment retrouver leur fierté, leur dignité de citoyen à part entière, leur place et surtout une véritable espérance, comment construire un véritable projet de vie pour eux et leur famille.
    Même si certains de ces français là, ont quelque part fait le deuil d’une amélioration de leur existence actuelle, une très grande majorité ne veut plus, ne supporte plus la reconduction de ce modèle pour leur famille, leurs enfants ou petits enfants. Comme on peut les comprendre au regard « des affaires » récentes et encore actuelles.
    C’est bien mal connaître le peuple français que de lui proposer Assistanat, illusions et démagogie.
    Le courage ne lui manque pas.
    Oui, comment les faire revenir à l’ouverture du marché ?
    Revenir aux principes fondamentaux de ce qui fait l’unité, la solidarité et la fraternité d’une Nation, Voilà bien l’enjeu maintenant. L’élection présidentielle a tout escamoté et neutralisé comme un somnifère très puissant les enjeux cruciaux de notre société. Celles à venir, les législatives, ne feront qu’accentuer l’écart déjà très grand « entre ces deux France »et repousser encore une échéance dont la nation toute entière ne pourra faire l’économie.
    Qui y répondra, quand et comment à ces fondamentaux ? Voilà la question.
    La réponse ? Et bien nous l’avons. Cette très grande coalition d’aujourd’hui et de demain, dite progressiste (mais minoritaire) continuera d’agiter le chiffon rouge extrémiste comme cela se pratique si bien depuis 2002… On peut même se demander si les différents gouvernements passés ont su faire autre chose….
    Bref, Ils ne voient pas qu’une formidable opportunité se présente. Proposer à tous ces « Oubliés de la Nation » un véritable Contrat social, un New Deal, un plan Marshall, que sais-je, pour leur permettre de retrouver cette confiance indispensable dans l’avenir, leur donner les moyens effectifs de prendre en mains leur destin personnel, professionnel et familial, déjà pour les cinq années à venir et après, évidemment.
    Il y aurait tant d’exemples à donner.
    Il y a pourtant des solutions et sans démagogie aucune, les moyens financiers, nous les avons sans creuser encore et encore les comptes publics. Commençons par cela avant de mettre en place d’autres mesures évoquées par beaucoup, certes nécessaires mais non prioritaires actuellement pour eux.
    On ne peut progresser que lorsque l’on voit grand, on ne peut avancer que lorsque l’on regarde loin et ensemble.
    Mais n’est-il déjà pas trop tard et le veut-on réellement ?
    « Ce ne sont pas les occasions qui manquent, ce sont Nous qui manquons aux occasions »
    Jean-Louis Michelet

    • Une loi travail? impérativement s’ils veulent trouver du travail. Pour que le chômage et la précarité disparaissent, il faut que l’économie redémarre, que les entreprises gagnent de l’argent afin de pouvoir payer leurs employés et embaucher. Ce n’est qu’à cette condition que le sort des défavorisé sera amélioré!

  • « une partie de la droite libérale »
    Quelle droite libérale? il n’y en jamais eu en France. Ou alors c’est encore un anglicisme américain?

  • Depuis quand les énarques font des révolutions? C’est un pur produit du système, grande gueule mais rien derrière!

  • Les commentaires sont fermés.

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