Présidentielle 2017 : un débat pitoyable

Ainsi donc, je me suis cogné une partie du débat d’entre deux tours qui a très vite tourné à un pugilat entre Jackie du Bar de la Marine et Jean-Eudes de l’École de Commerce, reproduction presque touchante d’une rixe caricaturale entre deux villes moyennes du Pas-de-Calais, Hénin-Beaumont et Le Touquet.

C’était mauvais, très mauvais et si Macron semblait meilleur que Marine Le Pen, c’était surtout parce que cette dernière a placé la barre extrêmement bas en choisissant l’invective systématique au détriment de la présentation de ses idées. Cela a permis de donner, par contraste, de la substance aux bricolages et autres nuages de fumée de notre frétillant énarque, qui, il faut le reconnaître, présente suffisamment bien pour faire passer quelques gimmicks simples pour un programme architecturé.

En fait, rien n’aura été épargné au téléspectateur : hommes de paille sauvagement détruits, adhominem, hors sujets consternants, invectives, généralisations, exemples tirés par les cheveux, et tout le reste de la panoplie de Schopenhauer auront été appelés à la rescousse des deux débatteurs pour tenter de montrer leur statut de présidentiable. Le résultat est tout simplement consternant.

À voir les stratégies déployées, on se demande même si Marine Le Pen n’a pas choisi délibérément de soigneusement s’éloigner du poste présidentiel pour mieux assurer la survie de sa PME. Là où son père faisait preuve de culture et d’une certaine finesse de tribun, elle a surtout montré une agressivité à laquelle répondait une défensive souvent brouillonne de Macron. Dans ce cadre, la première est apparue vindicative et très en dessous de ce qu’on est en droit d’attendre d’un président de la République, et le second a surtout montré que les attaques, pourtant sans aucune subtilité, le déstabilisaient émotionnellement, à tel point qu’on a pu regretter plusieurs fois qu’il s’essaye à y répondre. On se demande avec un peu d’inquiétude ce que notre petit homme fera lorsqu’il devra répondre à des attaques à la fois beaucoup plus subtiles et violentes d’adversaires politiques solides, expérimentés et déterminés.

Dans l’opération, Le Pen a définitivement perdu toute prétention d’une envergure politique suffisante pour diriger un pays. Par contraste, Macron a probablement fait quelques bons pas vers une majorité présidentielle à l’Assemblée nationale, ce qui était loin d’être gagné (et qui restera, si elle advient, un patchwork presque comique de vieux briscards archi-vus de la politique traditionnelle et de jeunes loups inexpérimentés). Ce n’est même pas marginalement rassurant.

Dans quelques jours, la France va devoir faire avec l’un de ces deux personnages. Dans quelques jours, les grandes orientations économiques, politiques et sociales du pays jusqu’à la valise nucléaire seront entre les mains de Marine Le Pen ou d’Emmanuel Macron.

Forcément, ça va bien se passer.


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