Mieux comprendre les théories économiques

Les théories économiques nécessitent toujours de prendre en compte le comportement humain.

Par Vladimir Vodarevski.

L’École autrichienne définit l’économie comme l’étude des interactions et de la coordination des actions et des individus, et non des relations entre des données chiffrées. Au premier abord, cela peut ne pas être évident. En effet, en économie, dans notre quotidien, les chiffres sont omniprésents. Cependant, en économie, même les théories mathématiques font appel à une réflexion sur le comportement humain, à des degrés divers.

Le calcul monétaire

Ludwig von Mises, dans L’action humaine, souligne que le calcul monétaire est omniprésent dans notre quotidien. C’est sur la base de ce calcul que nous prenons nos décisions. Ainsi, dans une économie communiste, sans prix, le calcul monétaire n’est pas possible. Et la coordination entre les comportements non plus. D’où, entre autre, l’impasse du communisme.

Nous prenons nos décisions sur la base de données chiffrées. Nous mesurons les valeurs avec des chiffres. Nous faisons des prévisions chiffrées. D’une manière générale, la gestion d’un budget, d’une entreprise, ce sont des chiffres. C’est la comptabilité.

On s’attend à diriger une économie nationale de la même façon. Ou, plutôt, on s’attend à ce que l’économie soit expliquée de la même façon : des relations entre des grandeurs chiffrées. Notamment pour faire des prévisions. Ou encore, pour contrôler l’économie. On veut pouvoir agir sur la croissance, l’emploi, simplement en agissant sur une grandeur numérique.

Cependant, à ses débuts, l’économie est une science humaine. En recherchant l’origine de La richesse des nations, Adam Smith constate que celle-ci se développe avec la liberté. Puis, avec Jean-Baptiste Say et James Mill se précise l’idée que l’économie c’est l’échange librement consenti, qui aboutit à ce que nous appelons aujourd’hui un échange à somme positive. Enfin, l’explication de la valeur marginale est littéraire, même si elle aboutit, avec Walras et Jevons, à la mathématisation de l’économie.

Cette mathématisation est d’aileurs d’abord une mathématisation du comportement de l’individu. Jevons d’ailleurs encense Jean-Baptiste Say. Avec Jevons, Marshall et Walras, l’École néoclassique succède à l’École classique qui traitait l’économie comme une science humaine. Les néoclassiques développent la mathématisation de l’économie. Ils créent une abstraction, « l’homo œconomicus ». Ils étudient son comportement : ce qu’il fait quand un prix augmente par exemple. Ce qu’il fait quand les salaires diminuent. On crée des courbes qui modélisent le comportement économique, et on en tire des conclusions. L’économie part ainsi toujours du comportement.

Hypothèses comportementales

Après les néoclassiques, la macroéconomie s’est imposée. Elle représente une avancée de plus vers la mathématisation de l’économie. Elle utilise des grandeurs agrégées : demande globale, offre globale, importation, exportation, etc. Elle étudie les relations entre ces grandeurs, notamment à l’aide d’outils statistiques. On peut penser alors que la macroéconomie n’étudie que les relations entre des données chiffrées. Mais ce n’est pas si simple.

Ainsi, il y a plusieurs théories macroéconomiques. Pour schématiser, il y a d’un côté la macroéconomie keynésienne, de l’autre la nouvelle macroéconomie classique. Et entre les deux, différentes variantes. De nombreuses variantes. Le keynésianisme s’inspire des hypothèses comportementales de Keynes. Par exemple, le fait qu’une hausse des prix entraîne une hausse de la consommation, car les gens se dépêchent d’acheter avant que les prix n’augmentent encore. La demande augmente, ce qui provoque une augmentation de la production, donc des embauches, dons des revenus supplémentaires, donc une demande supplémentaire, et ainsi de suite.

La macroéconomie classique va reposer sur d’autres hypothèses. Par exemple, Milton Friedman a développé la théorie du revenu permanent. C’est-à-dire que les dépenses de chacun ne varient pas si les revenus augmentent ou baissent, il y a un temps de latence.

Les divergences en macroéconomie reposent donc sur des hypothèses comportementales différentes. Chaque école cherche bien sûr à tester ses hypothèses de manière statistique. Il n’en reste pas moins qu’elles sont élaborées et expliquées de manière littéraire.

Ainsi, si les chiffres sont suffisants en comptabilité, la théorie économique nécessite toujours de prendre en compte le comportement humain. Même les théories qui semblent ne reposer que sur des relations entre des grandeurs numériques comportent des hypothèses comportementales. Seule la théorie autrichienne considère l’économie exclusivement comme la coordination de comportements humains (quoiqu’il existe une école qui introduit les mathématiques dans la théorie autrichienne). Mais toutes les écoles doivent prendre en considération les comportements. Au-delà des chiffres, il y a l’humain.

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