Par Johan Rivalland.Â
J’ai apprécié les traits d’esprit de l’auteur, Guillaume Jest, à travers cette nouvelle, qui fait entrer le lecteur dans le dialogue de manière agréable et détendue.
Les deux personnages, non sans une pointe d’humour, sont campés dans leur position, l’un de militaire, l’autre d’homme d’affaires, semblant adopter le point de vue qui les identifie a priori.
Une critique amusée sur les politiques d’aujourd’hui
Observant de là -haut les attitudes que prennent les politiques à leur égard, voici ce que l’auteur imagine nos deux protagonistes dire :
Monnet : J’ai constaté que les hommes politiques ont souvent peu d’imagination. Se prétendre l’héritier de la pensée de Jean Monnet ou de celle du général de Gaulle leur donne une stature à bon compte. Cela leur permet d’être quelqu’un sans avoir à réaliser quelque chose.
Une ironie qui vaut aussi au sujet de la rédaction des mémoires de ces politiques pour arranger leur histoire :
De Gaulle : Quand nous sommes aux responsabilités, les professionnels de la politique ne cessent de nous invectiver, ils nous traitent de dictateur, nous accusent de commettre des forfaitures. Le lendemain, sitôt que nous quittons nos fonctions, on voit ceux qui nous harcelaient revenir sur le devant de la scène, brandissant fièrement notre effigie afin de justifier leurs actions, même les plus malheureuses.
L’occasion aussi, au passage, de réhabiliter Churchill, de Gaulle le présentant à Monnet comme étant le véritable « Père de l’Europe ».
Divergences de vues sur la construction européenne
Mais Guillaume Jest entend surtout mettre en lumière les convergences de vues entre De Gaulle, au-delà de ce sur quoi on les a opposés. Avant d’évoquer les différences de vues qu’ils ont pu avoir au sujet de la construction européenne.
L’occasion, surtout, de nous remémorer les débuts de celle-ci, puis d’opposer l’Europe des Nations, plus proche de la vision gaullienne, à l’Etat européen, dont Monnet est l’un des initiateurs.
Avec, de la part de l’auteur, à travers la voix du Général de Gaulle, une critique sous-jacente de ce que cette dernière est devenue, de l’euro à la perte d’indépendance nationale, en passant par les perversions du système bureaucratique et les rentes de situation qui y sont associées (ce que l’on pourrait appeler le capitalisme de connivence) ou encore les institutions supranationales, l’enfer fiscal et la « perversion du modèle de liberté des hommes et des capitaux ».
Une nouvelle originale et intéressante, à l’heure où les questions sur l’avenir de la construction européenne sont, plus que jamais, d’actualité.
- Guillaume Jest, Le coq au vin,Les Editions du Panthéon, décembre 2013, 64 pages.
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