300 millions € de scandale à l’Éducation Nationale

Computer Keyboard By: Marcie Casas - CC BY 2.0

La Cour des Comptes vient de lever un fameux lièvre : depuis 2008, l’éducation nationale s’est permis d’engloutir 300 millions € dans un projet informatique qui ne marche pas.

Par Éric Verhaeghe.

Il paraît que l’Éducation nationale n’a pas d’argent… et qu’elle s’en plaint beaucoup. Pourtant, la Cour des comptes vient de lever un fameux lièvre : depuis 2008, ce ministère si pauvre s’est permis d’engloutir 300 millions € dans un projet informatique qui ne marche pas. On remarquera au passage que l’incompétence de la technostructure qui sévit dans ce ministère n’est pas liée aux majorités parlementaires : elle reste constante sous la gauche comme sous la droite.

L’Éducation nationale cède-t-elle trop aux SIRHEN ?

L’idée initiale était en soi absurde : alors que Bercy mettait en place un système informatique pour gérer les ressources humaines de tous les ministères, l’Éducation nationale a décidé de faire bande à part en se lançant dans le Système Informatique des Ressources Humaines de l’Éducation Nationale (le SIRHEN). Le programme initial devait coûter environ 60 millions €.

Patatras ! Comme l’indique le référé du premier président de la Cour, Didier Migaud, près de dix ans plus tard, le système ne fonctionne toujours pas et plus de 300 millions seront finalement engloutis dans le projet. Les prestataires informatiques doivent se frotter les mains.

Voici le texte du référé :

Quelle transparence pour les achats informatiques de l’Éducation nationale ?

Ce n’est pas la première fois que les achats informatiques de l’Éducation nationale posent problème. Ce ministère n’a pas d’argent, mais il adore enrichir les grands prestataires informatiques. Dans le cas de SIRHEN, c’est Capgemini qui bénéficie des largesses du mammouth. Il serait quand même intéressant qu’au titre de la transparence prévue par notre bloc de constitutionnalité, l’Éducation nationale fasse la lumière sur sa politique d’achat informatique. Car on se demande quand même comment de telles dérives peuvent intervenir sans que le contribuable (et les parents d’élèves) ne soient informés de l’usage qui est fait de leur argent par des fonctionnaires qui semblent avoir le goût du secret.

En tout cas, depuis dix ans, personne n’a entendu parler de sanctions qui auraient été prises pour réparer ce gâchis.

On notera ce commentaire général de la Cour :

Le programme Sirhen a pour objet le remplacement des systèmes d’information et de gestion des ressources humaines du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Engagé en 2007 sans cadrage technique et financier précis, le projet a rencontré des difficultés mal maîtrisées qui ont entravé son bon déroulement jusqu’à provoquer un quintuplement du coût final (de 60 M€ à 323 M€), un étirement jusqu’en 2023 du calendrier global et un blocage du programme, le prestataire ne parvenant pas à livrer une version de l’outil d’une qualité apte à la prise en charge des premiers agents. La Cour constate des améliorations récentes mais insuffisantes pour redresser le projet et insiste sur l’absolue nécessité de sécuriser la conduite du programme pour atteindre un déploiement complet en 2020 dans un cadre financier strict. Elle formule trois recommandations.

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