Les leçons d’un des pères du libéralisme à la française

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Flat-tax, monopoles, spéculation… Et si on relisait Boisguilbert, considéré comme le précurseur du libéralisme économique en France ?

Par Erwann Tison.

Le mot « libéralisme », ce terme devenu grossier, revêt souvent une connotation péjorative. Sa caricature et sa mauvaise utilisation ont vidé de toute son essence un concept dont la paternité est attribuée à un économiste français : Pierre Le Pesant, sieur de Boisguilbert (1646-1714).

Contemporain de Louis XIV, Pierre Pesant de Boisguilbert n’était ni un noble au sens strict ni un érudit. Grâce à son intuition et par la simple observation de son environnement, il va élaborer certains des plus grands concepts économiques. Que ce soit Keynes, Friedman, Smith, Hayek ou même Marx, tous se sont nourris de ses intuitions pour construire leurs grandes théories. Des intuitions que nous serions bien inspirés de lui emprunter.

La spéculation, pratique contre-nature

Le libéral Boisguilbert était contre l’accumulation de monnaie et de biens à titre spéculatif. Pour lui, la véritable richesse réside dans le triptyque suivant : des vêtements, un logement et une éducation.

La richesse se situe dans l’économie réelle, et non dans la sphère monétaire. Si la nature ne peut fournir que trois unités d’un bien, il est inutile d’en vendre cinq par avance pour chercher à augmenter son profit. Pour lui, c’est de ce genre d’acte contre nature que naît la violence entre individus, issue de l’exploitation des uns par les autres.

La spéculation va nuire également à la nature elle-même. Une des premières règles libérales est « on ne peut prendre à la terre plus que ce qu’elle nous donne », et lorsque l’on sait que le 8 août 2016, l’humanité avait déjà consommé ce que la Terre est capable de générer en une année, on se dit que l’on a besoin de plus de libéralisme.

La financiarisation outrancière que nous connaissons n’a donc rien de libéral et doit être encadrée pour laisser place au réel. Il n’y a qu’à voir les effets de l’éclatement d’une bulle spéculative sur l’immobilier il y a 10 ans pour se convaincre que la titrisation sauvage a une influence néfaste sur l’économie réelle.

L’interventionnisme de l’État, un frein à la prospérité

Boisguilbert s’oppose au Colbertisme. C’est du libre-échange entre les individus que va naître la richesse nécessaire à la prospérité. Le boulanger sait que pour que le comédien vienne lui acheter son pain tous les matins, il doit se rendre au théâtre le soir pour lui en donner les moyens, et vice versa.

Ce n’est donc pas à l’État de fixer, par la subvention ou la règle, le nombre de représentations que le boulanger doit voir par semaine. Toutes les professions forment un équilibre harmonieux que l’intervention publique, méconnaissant ce qui est bon pour un boulanger ou un comédien, viendrait casser.

Un principe que l’on peut mettre en lumière avec la volonté publique d’imposer la requalification en salariés de certains micro-entrepreneurs « uberisés », nouvelle forme de travail issue de la volonté d’échapper aux contraintes du salariat, ou encore celle de vouloir conserver un Code du travail unique s’appliquant de manière uniforme dans toutes les entreprises.

Pour Pierre Le Pesant de Boisguilbert, les missions de l’État devaient se résumer à protéger physiquement les individus, leur garantir l’égalité, les instruire et leur assurer des conditions de vie dignes. Tout autre interventionnisme étant à prohiber pour garantir la prospérité. Autrement dit  : le roi devait régner et ne surtout pas gouverner

Une leçon dont nous devrions nous inspirer face à un État qui dépense chaque année 57 % de la richesse produite et pratique une inflation normative et réglementaire exponentielle pour façonner l’économie selon les désirs des dirigeants.

La liberté de commerce, rempart aux monopoles et aux corporatismes

L’existence d’un monopole est, pour lui, contre nature. Si on laisse les individus commercer de manière libre, sans que la spéculation soit possible, on empêche la création de monopoles qui viendront, de facto, nuire au marché.

Il en est de même pour les corporatismes dont l’intérêt premier est la défense de leurs privilèges. Cette réflexion du 18e siècle se manifeste aujourd’hui par les perfusions de l’État à destination de certaines professions réglementées en position de monopole, dans une logique anti-darwiniste, pour échapper à la révolution numérique.

Ou encore par la volonté de certains syndicats de vouloir d’abord défendre leur monopole en restant les acteurs uniques du dialogue social plutôt que de laisser les salariés fixer leurs propres conditions de travail directement au sein de leur entreprise.

Un impôt unique et universel, une mesure juste et juteuse

Autre idée forte de Boisguilbert méritant d’être étudiée, la mise en place d’une « flat-tax » sur les revenus, payée par tous. Additionner le nombre de taxes, redevances et d’impôts est nuisible pour une économie. Prélever principalement l’impôt sur un petit nombre d’individus fait fuir l’investissement.

On ne peut qu’approuver lorsque l’on observe que seulement la moitié des Français paient l’impôt sur le revenu, dont 50 % des recettes sont prélevées sur seulement 2 % des contribuables. Mettre en place un impôt unique et universel, permettrait de rétablir la justice sociale, d’augmenter les recettes publiques et donc de permettre une plus grande efficacité de notre politique fiscale.

Un programme économique libéral pour 2017 ?

La vision libérale est une philosophie complète, qu’il ne faut pas amalgamer avec la vision capitaliste qui correspond à la privatisation des moyens de production et encore moins avec la vision patronale, exclusivement tournée vers l’entrepreneur.

Les idées libérales du regretté Boisguilbert mériteraient d’être déterrées. Elles constitueraient un programme économique ambitieux et équilibré pour cette élection présidentielle, en proposant un projet de rupture et de bienveillance qui semble s’imposer à notre pays.

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