Le sacre de l’amateur : sociologie des passions ordinaires à l’ère numérique

Aussi imparfaite soit-elle, la société de l’amateur portée par la révolution numérique permet au plus grand nombre de cultiver sa passion, de perfectionner ses savoirs et de s’ouvrir à de nouveaux champs de la participation démocratique.

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Le sacre de l’amateur : sociologie des passions ordinaires à l’ère numérique

Publié le 24 février 2017
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Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

Le sacre de l’amateur : sociologie des passions ordinaires à l’ère numérique
By: Reynosa BlogsCC BY 2.0

La révolution silencieuse du numérique consacre un entrepreneur d’un nouveau genre : autodidacte, audacieux, improvisé et spontané. « La montée en puissance des amateurs, ces passionnés qui ne sont ni des novices, ni des professionnels mais de brillants touche-à-tout.

Grâce à l’informatique et au web participatif, ils ont investi tous les aspects de la culture contemporaine. Foisonnantes, souvent pionnières, leurs pratiques ont bouleversé la manière de produire de la connaissance, de diffuser l’information, de créer des œuvres, de militer ».

Démocratisation et ouverture des compétences 

Il existe plus de 100 millions de blogs à travers le monde, 100 millions de vidéos visibles sur YouTube, un million d’articles sur le site français de Wikipédia et selon une étude TNS Sofres, près d’un quart des internautes ont déjà signé une pétition en ligne. « Ces quelques chiffres illustrent un phénomène essentiel : le web contemporain est devenu le royaume de l’amateur », affirme Patrice Flichy, professeur de sociologie et auteur du Sacre de l’amateur.

Sans compétence précise, ni diplôme particulier, la parole des « amateurs » et devenue aussi omniprésente qu’indispensable sur internet. Au delà du simple effet de mode du web 3.0, cette révolution s’inscrit dans près de deux siècles d’une double démocratisation politique et scolaire.

Mais le sacre de l’amateur ne marque pas la fin des intermédiaires : les internautes développent eux-mêmes une forme d’expertise « on ne doit donc pas parler d’abolition de la médiation, mais plutôt de transformation : elle s’appuie désormais sur l’outil numérique et les médiateurs ont toujours une activité de sélection, mais outillée par l’informatique.

Les journaux en ligne par exemple, doivent sélectionner et vérifier les informations qu’ils reçoivent. Le métier de journalisme demeure, mais son activité se transforme. C’est donc naturellement que l’amateur a trouvé sa place, un espace libre entre le profane et le spécialiste, porté et légitimé par la démocratisation des connaissances.

Le « user generated content »

Les contributions et les modes d’expression varient, mais l’artiste amateur ou confirmé voire le fan, déposent leurs contenus et leurs productions sur les mêmes plateformes comme YouTube ou Dailymotion, espaces cruciaux dans la diffusion et l’accès du contenu culturel.

En France, 5% des internautes ont déposé une vidéo sur l’un de ces sites de partage (source Médiamétrie 2009). « En 2007, YouTube, premier site mondial proposait cent millions de vidéos de moins de dix minutes. Chaque jour, 65 000 nouvelles vidéos sont déposées sur le site. On estime que 80% des contenus ont été créés par les internautes. Il s’agit majoritairement de home vidéos, et pour 15% d’entre eux, de remix ou de remake ». Un contenu qui entre en conflit avec les productions officielles des médias traditionnels qui essaient d’imposer leurs programmes et leurs codes à des amateurs qui s’affirment dans l’originalité et la prise de distance de ces formats institutionnels. Mais de façon plus globale, les frontières s’estompent peu à peu entre professionnels et amateurs, de la même façon qu’une vidéo destinée au cercle privé d’un groupe d’amis peut aujourd’hui devenir virale et traverser les frontières.

Mutations de l’espace et du débat public : les amateurs créent une nouvelle citoyenneté

À l’instar des pratiques culturelles, la pratique de la politique s’ouvre également à l’amateurisme. Les blogs et les forums constituent une nouvelle agora, théâtre 3.0 de la production des opinions et d’une participation d’un nouveau genre. « L’amateur de la chose publique est un citoyen qui veut s’informer par lui-même, exprimer ouvertement son opinion, développer de nouveaux modes d’engagements.

Il se méfie des experts spécialistes et n’accorde pas toujours sa confiance aux représentants qu’il a contribué à élire. On est ici au cœur de la démocratie d’interaction. Une nouvelle forme de participation révélatrice d’un contexte instable, d’une participation ponctuelle. Un monde stable et bien structuré a cédé la place à la dynamique des mouvements sociaux et des grandes campagnes électorales.

Au pouvoir centralisé des représentants politiques et des médias s’oppose dorénavant le contrôle partagé des citoyens facilité par internet. D’où l’avènement d’une démocratie réticulaire, qui prend deux formes « dans certains cas, elle est un aiguillon qui oblige les élus à tenir compte des citoyens en dehors des temps forts électoraux, elle force les journalistes à s’intéresser à d’autres évènements, moins évidents et moins visibles. En ce sens, elle est un contre-pouvoir ».

Les trois évolutions majeures de l’amateurisme contemporain : l’individualisme, la diffusion et l’élargissement des savoirs et des compétences, et une société démocratique des « parcelles de connaissance »

Axes de développement commun et transversal dans l’apparente diversité des pratiques, qu’il s’agisse de culture, de participation politique, ou des modes d’actions, l’individualisme, la diffusion des savoirs et la démocratisation du partage des connaissances. L’amateurisme va de pair avec un individualisme affirmé, dans une société où construire son identité, l’affirmer et assumer sa quête de bonheur personnel est devenu un devoir. La montée en puissance de l’amateurisme s’inscrit également dans un mouvement de diffusion et d’élargissement des savoirs et des compétences.

La richesse de ce nouveau partage réside aussi dans le fait que les connaissances concernées ne se limitent plus aux champs classiques des connaissances académiques mais également à des secteurs jusqu’alors exclus tels que la culturel populaire, les savoirs pratiques, le bricolage ou même la contestation politique.

La société de l’amateur est enfin une société plus démocratique « c’est une société où l’on considère que chaque individu possède une ou des parcelles de compétences, et que ces éléments peuvent être associés à travers des dispositifs coopératifs. Par ailleurs, les individus ne s’en remettent plus aveuglément aux experts-spécialistes que sont les critiques, les ingénieurs, les savants, les médecins ou les hommes politiques ».

Aussi imparfaite soit-elle, la société de l’amateur permet au plus grand nombre de cultiver sa passion, de perfectionner ses savoirs et de s’ouvrir à de nouveaux champs de la participation démocratique. « L’amateur n’est donc ni un intrus ni un succédané de l’expert, il est l’acteur grâce auquel notre société devient plus démocratique et plus respectueuse de chacun ».

Pour aller plus loin :

–        « Internet, chance ou danger pour le savoir», La Croix.

–        « L’amateur de l’ère numérique », Dossier du Digital Society Forum Orange.

–        « Des rubricards aux blogueurs, quand les consommateurs créent l’information », Ina Global.

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  • Les journaux en ligne ne vérifient pas leurs informations. Wikipédia est bourrée d’erreur dans certains articles. Je ne vois pas comment des gens ignorants peuvent donner leur avis sur des questions dont ils ignorent tout. Le web est un florilège de délires, parmi lesquels ressort de temps en temps un site sérieux!

  • Les commentaires sont fermés.

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