Emmanuel Macron : demandez le programme !

Emmanuel Macron by Ecole polytechnique(CC BY-SA 2.0)

Ce samedi 4 février 2017, Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche ! a, au cours de son meeting à Lyon, commencé à dévoiler son programme : il fait du neuf avec du vieux.

Par Alexandre Marraud Des Grottes.

Emmanuel Macron by Ecole polytechnique(CC BY-SA 2.0)

Ce samedi 4 février 2017, Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche ! a, au cours de son meeting à Lyon, commencé à dévoiler son programme alors que nombre de ses détracteurs lui reprochaient depuis plusieurs semaines de galvaniser les foules en brassant du vent. L’on nous avait annoncé des révélations et, s’il est vrai qu’Emmanuel Macron a lancé çà et là quelques chiffres et axes, martelés à grands renforts d’invocations du triptyque Liberté, Égalité, Fraternité, il n’en reste pas moins que ces-mêmes révélations ne peuvent décemment être considérées comme une épiphanie.

Emmanuel Macron est jeune, Emmanuel Macron est dynamique, et bon orateur, Emmanuel Macron sait électriser son auditoire et la jeunesse – la ferveur du public était, il faut bien le reconnaître, impressionnante.

Mais voilà : après une écoute attentive de son discours et une réflexion sur mes notes, il ne me semble pouvoir dire qu’Emmanuel Macron soit en marche.

Non. Il me semble plutôt qu’Emmanuel Macron tente de faire du neuf avec de l’ancien. Il me semble que, portant les étendards du Progrès, de l’Unification, de la Liberté, de l’Égalité, de la Fraternité, du Travail, de l’Innovation, de l’Europe, Emmanuel Macron n’est finalement qu’une version jeune – les gens ayant perdu confiance dans les tenants plus mûrs – du discours consensuel et balisé auquel nous sommes tant habitués.

Son intervention s’articulait ce samedi autour de trois symboles, trois combats à mener au cours du prochain quinquennat. Car dans un monde pétri d’ombre et d’obscurantisme, Emmanuel Macron se veut un porteur de lumière.

Voici, au terme de cette introduction une synthèse brute, sans commentaire – je garde ceux-ci pour la fin — des points développés par Emmanuel Macron.

La liberté dans le programme d’Emmanuel Macron

  • La sécurité

Pour Emmanuel Macron, la liberté, c’est être libre de ne plus avoir peur, de pouvoir sortir, se déplacer, sans s’abandonner à ce sentiment. Pour lui, le premier des combats à mener est celui contre le terrorisme — qui prend ses racines à l’Extérieur — par le truchement de la diplomatie et de l’armée.

Fort de ce constat, Emmanuel Macron propose d’augmenter le budget de la Défense progressivement jusqu’à atteindre 2% du PIB – sans toutefois donner d’échéance –, renforcer la défense européenne notamment par un partenariat avec l’Allemagne, et recruter 10 000 fonctionnaires de police et de gendarmerie au cours du prochain quinquennat. La protection des Français et du territoire doit être assurée, l’autorité de l’État respectée. Partout.

À cet effet, Emmanuel Macron propose de réorganiser les services de renseignement pour qu’ils soient territorialement plus efficaces et présents, de recréer une police de sécurité quotidienne au contact des Français, de continuer à renforcer la sécurité publique et la police judiciaire.

  • La laïcité

Pour le candidat, la liberté comprend également la liberté de conscience qui permet de vivre avec les autres, parmi les Français. Elle permet de débattre, d’échanger, de dialoguer, d’être tolérant, pour sortir d’un discours de haine réciproque.

Emmanuel Macron relève toutefois que la liberté de conscience ne peut être conçue comme permettant de stigmatiser certains vis-à-vis de leur religion car cela revient irrémédiablement à diviser le pays à nouveau. Que, par ailleurs, il est inacceptable que certains refusent de serrer la main d’une femme ou que le regard d’autres hommes puisse interdire à une femme de s’installer dans ou à la terrasse d’un café car, chaque fois que l’on laisse faire, nous abandonnons un bout de notre liberté. Car la laïcité est un bouclier permettant la liberté de tous.

  • Le travail

Pour Emmanuel Macron, la liberté est trahie quand trop de normes empêchent de s’élever par le travail notamment, de créer, d’innover. Il proclame avec les marcheurs (les adhérents de son mouvement) : « Nous serons les défenseurs du travail. » Il s’oppose à ce que certains puissent vivre dignement dans une oisiveté subie ou choisie et rapproche le revenu universel et le RSA.

Il propose la suppression du RSI et la simplification du droit du travail pour favoriser les accords d’entreprises et de branches pour négocier des règles plus équilibrées en matière de liberté et de protection. Il propose également d’alléger les charges patronales jusqu’à 2,5 SMIC et à 10 points au niveau du SMIC.

Il souhaite également alléger les cotisations payées par les salariés, revoir le financement du chômage et de la santé, pour qu’à terme tous les travailleurs gagnent en pouvoir d’achat – 100€ de pouvoir d’achat supplémentaire pour une personne au SMIC.

« Je ne veux plus entendre dans notre pays qu’il est plus intéressant de faire autre chose que de travailler. »

Emmanuel Macron propose de plus, concernant les agriculteurs, de compenser la volatilité des prix mondiaux et des cycles pour que les paysans puissent vivre convenablement de leur travail en en ayant le bon prix.

Le candidat annonce qu’avec l’ère d’innovation dans laquelle nous entrons, il s’agit de la libérer en France, par des aides, des politiques pluriannuelles pour les chercheurs car « nous devons être une terre de réussite pour l’innovation ».

Qu’aussi, fatalement, les métiers évolueront, et certains disparaîtront comme naguère les porteurs d’eau. Il faudra protéger les individus, les accompagner dans leur reconversion. Emmanuel Macron finit par lancer un appel à tous les entrepreneurs, les scientifiques – œuvrant dans les secteurs de l’écologie, des perturbateurs endocriniens, des énergies renouvelables – faisant face à l’obscurantisme aux États-Unis : « Vous aurez, à partir de mai prochain, une terre patrie et ce sera la France. »

  • Les frontières : oui et non ?

Qu’enfin, face au repli sur soi qui tente certains, la fermeture des frontières est inefficace – comme l’a montrée la ligne Maginot –, car n’empêche pas les gens de passer. Que toutefois les frontières extérieures et intérieures de l’Europe nous sécurisent.

L’égalité du programme d’Emmanuel Macron

  • Égalité homme-femme

Pour Emmanuel Macron, la liberté sans égalité entraîne l’application de la loi du plus fort. Il promet l’égalité de traitement entre travailleurs hommes/femmes ainsi qu’à l’embauche, quelle que soit l’origine du candidat. Car chacun, faisant fi des statuts, doit avoir la chance de pouvoir réussir dans toutes les étapes de sa vie, d’où qu’il vienne. Il souhaite renforcer la pratique du testing pour lutter contre la discrimination.

Le candidat propose l’écriture d’une charte des droits et des devoirs pour donner du contenu à cette notion d’égalité, définitivement différente de l’égalitarisme. « L’égalité nous met face à des droits et des devoirs. » Emmanuel Macron propose d’instaurer une vraie égalité des chances qui consiste à faire plus pour ceux qui ont moins.

  • Égalité des chances

C’est pourquoi il souhaite diviser par deux le nombre d’élèves dans les classes, et de payer beaucoup plus les enseignants de CP et CE1 évoluant dans des ZEP, leur laissant plus de liberté pour conduire leurs projets. Il veut une sécurité professionnelle universelle, que les chômeurs aient le devoir d’accepter un emploi décent proposé compte tenu de leurs qualifications, et une formation de six mois à deux ans pour ceux qui en ont besoin pour retrouver du travail. Qu’ainsi dans ce domaine, l’État devienne stratège, par le biais des entreprises, des partenaires sociaux, des universités.

  • Égalité de l’accès aux soins, égalité des générations devant la dette

Emmanuel Macron propose enfin de lutter pour la Santé, contre les déserts médicaux, pour favoriser l’égalité d’accès aux soins. Il veut une égalité entre les générations, que celles à naître ne croulent pas sous le poids de la dette que leur transmettent les générations anciennes. Il s’agit alors de respecter les engagements pris en finances publiques, de ne pas promettre de tout cesser, de déchirer ce qui a été écrit, « car ce sont cela nos engagements européens ».

Emmanuel Macron présentera à la fin du mois de février sa stratégie pour diminuer les dépenses publiques sur cinq ans. En tout état de cause, les politiques d’investissement doivent favoriser les grandes priorités que sont le numériques, les énergies renouvelables, la modernisation de l’État, et la formation des jeunes. Car « nous ne sommes pas un pays fait d’individus, nous sommes un peuple uni par une institution invisible dont nous devons retrouver le sel. C’est la Fraternité. »

La fraternité dans le programme d’Emmanuel Macron

« La fraternité n’est jamais donnée, elle est toujours à construire, à préserver, à renouveler. C’est ce qu’on a en commun, qui nous tient ensemble, ce que nous avons à défendre. C’est ce qui n’appartient à aucun génération : c’est l’eau, c’est l’air, c’est la nature. »

  • L’écologie, un moyen de fraternité

Ainsi, pour Emmanuel Macron, l’écologisme n’est pas un frein au progrès et est un moyen de fraternité avec nos semblables.

« Notre génération veut créer un modèle économique durable pour que les générations suivantes aient les mêmes chances. Nous croyons dans cette fraternité donc nous préférons une gestion des ressources plutôt que leur exploitation. »

Car pour le candidat, nous sommes écologistes par responsabilité, par devoir. Qu’à ce titre, il faut poursuivre la politique menée de transitions énergétique et environnementale pour développer de nouveaux secteurs, de nouvelles richesses, de nouveaux territoires, de nouvelles start-up. Poursuivre la rénovation thermique des bâtiments, la convergence accrue entre le diesel et l’essence.

  • La fraternité passe par la culture

« La Fraternité c’est ce qui nous fait, et nous tient, c’est notre culture, notre langue, nos références communes, nos émotions partagées […] et notre culture ne peut être une assignation à résidence : il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France. Diverse, multiple. »

Pour favoriser la diffusion de la culture et un accès plus facile à celle-ci, Emmanuel Macron propose l’ouverture des bibliothèques les soirs et le week-end, un pass-culture de 500€ donné à chaque jeune pour ses 18 ans, financé par les géants du numérique. Il propose la défense de la francophonie et de la langue.

Emmanuel Macron promeut la fraternité entre les territoires de la République, la réconciliation de la France métropolitaine, rurale, des quartiers, des villes moyennes, en luttant contre les déserts médicaux, pour les transports publics, l’accès au numérique sur tout le territoire.

  • La fraternité européenne

Enfin, Emmanuel Macron met en avant son combat pour l’Europe. Car, là où

« la plupart des dirigeants français sont souvent fidèles à l’Europe, nous, nous le serons totalement car l’Europe a été créée pour la paix, la prospérité et le progrès. »

La Liberté, l’Égalité et la Fraternité ne sont pas, pour Emmanuel Macron, des mots usés mais des mots contemporains :

« Nos combats pour la France, l’Europe qui a besoin de ce triptyque pour se battre contre les injustices en son sein, contre les différences, pour rapprocher les pays, contre l’optimisation fiscale. Car l’Europe a besoin, comme la France, de fraternité. »

Face à la défiance qui s’installe vis-à-vis de la politique et ceux qui la pratiquent, Emmanuel Macron veut porter cette trinité républicaine et exiger transparence, bienveillance et probité comme hygiène démocratique permettant le rassemblement car, « la politique n’est pas un métier, c’est une mission ».

Il veut une exigence de renouvellement, pour qu’au moins la moitié des candidats du mouvement En Marche ! soit des femmes, et que soient présentés 50% de nouveaux candidats pour que soit reconnue la vitalité de la société qui puisse gouverner et légiférer comme elle est.

Pour Emmanuel Macron, « certains prétendent parler au nom du peuple mais ce ne sont que des ventriloques ». Ils promettent aux Français des valeurs qui ne sont pas les leurs. Alors, ils trahissent la liberté en restreignant le champ des possibles, trahissent l’égalité en décrétant que certains sont plus égaux que d’autres et trahissent la fraternité en n’aimant pas ceux qui ne leur ressemblent pas. Quand lui, ne prétend pas parler au nom du peuple, mais faire avec le peuple, pour le peuple.

Bilan : rien de novateur

Au terme de cette synthèse, quelques points me semblent importants à souligner en complément du propos introductif.

Le premier est qu’in fine Macron ne se sera que peu dévoilé et que la plupart des axes développés ne sont que des marottes présidentielles et un patchwork de projets et lignes idéologiques, politiques suivies par les différents partis de référence de l’échiquier français. Qu’indubitablement, Emmanuel Macron n’est pas anti-système car il ne propose rien d’autre que ce qui n’existe déjà ; rien de transgressif, rien de novateur.

Par ailleurs, il est à noter qu’Emmanuel Macron ne mentionne jamais l’Union européenne mais parle d’Europe, uniquement. La distinction me parait primordiale car elle ouvre deux interprétations possibles, deux conceptions : l’une souverainiste, partagée par un François Asselineau selon lequel chaque pays doit être souverain sans que cela n’empêche les échanges et les transactions en bonne intelligence avec ses voisins ; l’autre européiste, et c’est, il me semble celle de Macron, selon laquelle l’Union européenne n’est qu’un moyen de parvenir à une Europe fédérale, dilution des pays et peuples dans un magma européen. Il l’a dit lui-même, il sera « totalement fidèle à l’Europe ».

Comme l’a fait remarquer Emmanuel Macron en introduisant son sujet, dans l’Histoire de France – récente, vu ses exemples –, les clivages gauche-droite se sont toujours effacés devant la nécessité : la loi de 1905, la défense du Capitaine Dreyfus, l’appel du 18 juin, la loi pour l’IVG. Qu’aujourd’hui, il faut laisser derrière nous une gauche poussant l’égalité à l’égalitarisme, une droite pour laquelle la liberté seule serait la boussole, et rempoter cette fraternité que nous avons laissé faner…

Mais posons-nous les bonnes questions. Comment en sommes-nous arrivés là ? Que propose ce candidat de si différent ? N’est-il pas désormais temps de reconnaître la mort de ce système républicain tel que nous le connaissons et d’envisager autre chose ? Car il n’est plus lieu d’applaudir tous les cinq ans en ayant eu à choisir entre des hommes qui n’ont plus rien à proposer, emprisonnés qu’ils sont d’un système qu’ils ont eux-mêmes façonné.

Emmanuel Macron me fait penser à un chevalier errant, dont nous ne savons finalement rien, qui aurait élu domicile dans telle contrée et qui, revêtu d’une armure neuve et luisante, entrechoquerait son épée et son bouclier pour éblouir et assourdir son adversaire avant la joute.

Alors, vantardise ou stratégie, le fait est qu’En Marche ! rassemble un nombre impressionnant d’adhérents et à au moins le mérite d’intéresser une jeunesse à la politique. Mais a-t-elle misé sur un combattant ou un troubadour ? Nous verrons bientôt si l’ouverture d’Emmanuel Macron est un coup dans l’eau avec le plat de l’épée. En Garde !