Pollution automobile : des CRIT’Air(s) trompeurs

pot échappement voiture

Lorsque les pouvoirs publics ont le choix entre une solution intelligente et une autre qui l’est beaucoup moins, c’est le plus souvent cette dernière qui l’emporte : un exemple avec Crit’Air !

Par Thierry Benne.
Un article de l’Iref-Europe

Pollution automobile : des CRIT’Air(s) trompeurs
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Ainsi donc notre liberté de circuler en voiture en ville va de plus en plus souvent être subordonnée à l’affichage sur nos pare-brises de macarons de couleurs variées et censés retracer fidèlement le degré de nocivité de nos véhicules, en les distinguant selon leur motorisation et leur année d’acquisition. A priori, même si elle n’est pas toujours séduisante pour les grands banlieusards oubliés des transports en commun, l’idée paraît raisonnable, si tant est que les différentes couleurs des pastilles correspondent bien pour chaque type de véhicule à des taux d’émission scientifiquement vérifiés par des laboratoires indépendants dans des conditions incontestables.

Or tant aux États-Unis qu’en Europe, le scandale Volkswagen, comme la suspicion appuyée qui pèse actuellement sur deux autres grands constructeurs, montrent à l’envi que les tests-constructeurs ne sont absolument pas fiables, puisque les contrôles effectués sur plusieurs marques ont révélé que certains tests dissimulaient plus ou moins astucieusement des dépassements allant jusqu’à 20 fois les plafonds d’émission autorisés.

C’est dire qu’un véhicule récent non électrique mais étiqueté vertueux, et dont les résultats ont été savamment trafiqués par son constructeur au vu des derniers progrès des techniques de fraude, peut être en réalité infiniment plus toxique pour l’air de la cité qu’un véhicule ancien correctement entretenu et mis en circulation à une époque où soit l’éthique individuelle, soit l’expertise technique des constructeurs en matière de falsification des mesures et d’enfumage des autorités étaient infiniment moins perverses.

Des macarons qui arrivent après la bataille

Face à cette situation connue de tous depuis plusieurs années (cela faisait très longtemps en effet que plus aucun spécialiste automobile n’ajoutait foi à des tests quasiment maison), un esprit clair et logique aurait commencé par obliger les constructeurs à se plier à bref délai à des procédures de tests fiables et parfaitement contrôlés pour connaître le degré exact de nocivité de chaque type de véhicule convenablement réglé et encore en circulation. C’est ensuite et ensuite seulement qu’auraient été définies les classes de toxicité commandant la couleur des macarons « Crit’Air » en cours de distribution et le classement définitif des véhicules concernés.

Ce n’est manifestement pas ce qui a été fait et les mensonges de votre constructeur peuvent donc et sans le moindre problème vous faire « grimper dans la couleur » selon la référence à la norme en vigueur lors de la mise en circulation, qu’elle ait été effectivement respectée ou non.

Ainsi donc l’option choisie dans la précipitation confirme malheureusement une fois de plus que trop souvent, lorsque les pouvoirs publics ont le choix entre une solution intelligente et une autre qui (soyons indulgents) l’est beaucoup moins, c’est le plus souvent cette dernière qui l’emporte (pour ceux qui doutent encore, qu’ils se rappellent le récent scandale de l’éco-taxe qui nous a coûté, et en pure perte, un bon milliard d’euros).

Mais rassurons-nous quand même pour la prochaine fois, comme nos dirigeants politiques, souvent soucieux par priorité d’humer l’air du temps, ne sont guère logiques, ni vraiment conséquents avec eux-mêmes, le pire n’est jamais sûr !

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