Et les nominés pour la primaire de gauche sont… [Replay]

La primaire de gauche se déroulera entre neuf candidats potentiels que nous retrouverons dès après les fêtes pour trois débats télévisés qui se tiendront les 12, 15 et 19 janvier 2017. Analyse des enjeux.

Par Nathalie MP.

Et les nominés pour la primaire de gauche sont…
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Ils seront donc neuf, si la Haute autorité de la primaire de gauche valide leur participation aujourd’hui samedi 17 décembre 2016, après contrôle des parrainages et des cotisations des candidats PS.

Elle a en effet annoncé jeudi soir avoir reçu neuf candidatures « sérieuses » : Gérard Filoche, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, François de Rugy et Jean-Luc Bennahmias (écologistes proches de Hollande), Sylvia Pinel (ex-ministre du Logement, Présidente du PRG, et, il faut bien le dire, caution féminine de cette primaire après le retrait de Marie-Noëlle Lienemann), Manuel Valls et Vincent Peillon. Plus un inconnu : Fabien Verdier, conseiller municipal PS à Châteaudun. 

Une machine à fabriquer de l’unité ?

Voilà qui fait une belle brochette. Mais selon Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation nationale de François Hollande, « la primaire est une machine à fabriquer de l’unité ! » C’est du moins ce qu’il affirmait avec une certaine véhémence au début de sa déclaration de candidature sur France 2 dimanche dernier (vidéo plus bas). La preuve est jolie : regardez le rassemblement qui s’est fait à droite, expliquait-il en substance à Laurent Delahousse, regardez notre propre primaire socialiste de 2011.

Certes. Mais la situation dans laquelle se trouve la gauche aujourd’hui est complètement différente. Au pouvoir depuis 2012, elle est porteuse d’un bilan immédiat encore en train de s’écrire (non sans quelques idées folles de dernière minute) dont la tradition de la Vème République aurait voulu qu’il soit défendu par son propre artisan, François Hollande, candidat naturel d’une majorité sortante unie et fière du travail accompli.

On en est loin. Le candidat de gauche qui avait promis de terrasser la finance et mettre l’Union européenne au pas a dû composer avec une réalité beaucoup plus difficile qu’espéré, ce qui l’a amené à repousser d’année en année les promesses de retournement de la courbe du chômage, de réduction des déficits publics et de retour de la croissance, toujours entrevue, jamais obtenue. L’INSEE a justement revu hier sa prévision de croissance pour 2016 et 2017 à 1,2% au mieux, alors que Michel Sapin la voyait à 1,5%, chiffre magique au-delà duquel on peut espérer voir le chômage refluer.

Deux mesures largement remaniées

Les deux mesures qui auraient pu apporter un allègement structurel bienfaisant à notre économie, la loi Macron et la loi Travail, ont d’abord été timidement développées contre tout ce que la vraie gauche tient pour social et solidaire, et surtout contre tout ce que François Hollande avait promis à ses électeurs. Devant la bronca, elles furent l’une et l’autre prestement évidées de toute réforme véritable, puis doublées de mesures apaisantes coûteuses et clientélistes comme la garantie jeunes par exemple, pour finir adoptées par 49.3 sous les huées d’une bonne partie de la gauche et les moqueries de la droite.

Il est juste de souligner que le quinquennat de François Hollande a été assombri par des attentats islamistes meurtriers en 2015 et 2016, mais il est moins agréable de constater qu’ils furent l’occasion d’un renforcement sécuritaire inutile à travers la loi Renseignement et le maintien de l’État d’urgence, deux mesures dangereuses qui réduisent fortement le rôle du pouvoir judiciaire et renforcent celui de l’exécutif. Le projet de déchéance de la nationalité a été abandonné, mais a aussi contribué à accentuer la fracture entre une partie de la gauche et le gouvernement.

Ajoutez à cela une série de manquements graves dans les comportements du Président (virées en scooter chez Julie, les sans-dents, un Président ne devrait pas dire ça etc.), une série tout aussi grave chez des membres importants de son entourage gouvernemental proche, l’ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac par exemple, et vous avez l’image d’un quinquennat raté qui a affaibli la France, émietté la gauche et renforcé l’extrême-droite.

Aussi, la popularité de l’exécutif est rapidement tombée d’environ 55% d’avis favorables pour Hollande et son Premier ministre Ayrault en mai 2012 à 25% un an plus tard, celle de Valls dégringolant pour sa part de 46% lors de sa nomination à Matignon en mars 2014 à 30% au bout de six mois. Les deux pics enregistrés par Hollande et Valls au lendemain des attentats de 2015 ne peuvent faire oublier qu’ils se situaient à 18% et 28% respectivement il y a seulement quinze jours.

Dans ces conditions, le Parti socialiste a vu émerger sur sa gauche dès l’automne 2012 un certain nombre de députés et sénateurs frondeurs qui n’ont pas voulu soutenir le gouvernement dans ses entreprises « ultra-libérales » de casse de notre modèle social. Rappelons que dès 2013, Manuel Valls lui-même intriguait avec Arnaud Montebourg et Benoît Hamon pour obtenir le départ de Jean-Marc Ayrault jugé inapte à dynamiser le gouvernement. Il se présente maintenant contre eux.

Après la défaite de la gauche aux élections municipales de mars 2014, son arrivée à Matignon, marquée par l’utilisation extensive du 49.3 et une politique sécuritaire intense, n’a cependant rien arrangé, ni pour la France, ni pour lui, ni pour François Hollande. En décembre 2015, le parti socialiste connaît une nouvelle défaite électorale lors des régionales.

Demande d’une primaire à gauche

Et en janvier 2016, pavé dans la mare : plusieurs personnalités de gauche dont Thomas Piketty et Daniel Cohn-Bendit signent une tribune dans Libération pour demander une primaire à gauche.

Autant dire que l’idée n’a pas suscité l’enthousiasme du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. Selon sa rhétorique bien connue, il s’y est certes déclaré favorable, mais avec tant de restrictions (Mélenchon a dit qu’il n’y serait pas, le Président est le candidat naturel, on voit mal le Président aller de meeting en meeting alors qu’il doit continuer à gouverner… ) qu’on pouvait se demander si cette primaire verrait le jour. Car dans son idée, la primaire était un formidable outil de rassemblement, à condition qu’elle fasse gagner François Hollande :

« Si cette primaire sans préalable, ni préjugé permet de sélectionner le meilleur candidat de la gauche, c’est une bonne idée, et il faut l’organiser. (…) Je n’ai aucun souci, le candidat le plus crédible par temps de crise est François Hollande. »

Le PS se hâta donc lentement d’organiser la chose en créant en avril dernier La belle alliance populaire ou BAP, entité à la tonalité vieillotte censée rassembler la gauche pour l’occasion, mais qui, en fait de partenaires, comprend le PS et à peu près rien d’autre. On ne s’étonnera pas d’apprendre qu’elle se donne pour objectif « d’élaborer une alternative au libéralisme ambiant et au nationalisme montant ». Parallèlement, Cambadélis et plusieurs ministres (Vallaud-Belkacem, Le Foll, Touraine, Cosse…) s’occupent de monter des argumentaires pour défendre le bilan de Hollande avec Hé oh la gauche !

Manuel Valls, « fier » de l’action du gouvernement, déclare à la presse qu’il « encourage les initiatives comme celle-ci ». Mais il apparaît maintenant qu’il ne comptait pas jouer les faire-valoir de Hollande plus longtemps. Ayant été jusqu’à révéler « Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus » et le harcelant tous les jours sur sa candidature, il a fini par obtenir le retrait inattendu du Président, ce qui lui a permis de se porter lui-même candidat à la primaire de gauche quelques jours plus tard.

Se présentant comme « révolté » que la gauche puisse perdre le pouvoir, il s’attelle immédiatement à réparer les pots cassés en proposant jeudi… de supprimer le 49.3 (sauf questions budgétaires), lui qui en fut un utilisateur récent et fervent ! Ah, l’éthique politique de Manuel Valls ! Voir vidéo, 25″ :


Champion du 49.3, Manuel Valls propose (sans… par LePoint

Le camp du Président n’a pas tardé à lui lancer dans les pattes un adversaire redoutable en la personne de Vincent Peillon, jusqu’alors paisiblement expatrié en Suisse comme professeur d’université.

Celui-ci assure avoir pris sa décision tout seul et en conscience, c’est la formule consacrée, mais Le Canard enchaîné du 7 décembre croit savoir qu’il a reçu quelques encouragements anti-Valls. Il bénéficie en tout cas du soutien de Martine Aubry et d’Anne Hidalgo, cette dernière, proche des frondeurs via son mari le député Jean-Marc Germain, appréciant à n’en point douter son sectarisme anti-catholique si particulier.

Comme indiqué en ouverture, cette primaire de gauche se déroulera donc entre neuf candidats potentiels que nous retrouverons dès après les fêtes pour trois débats télévisés qui se tiendront les 12, 15 et 19 janvier 2017, puis un débat entre les deux finalistes le 25 janvier. Les deux tours de scrutin se dérouleront les dimanches 22 et 29 janvier 2017.

Bien que Gérard Filoche figure au nombre des candidatures jugées sérieuses, il n’est pas absolument certain qu’il se présentera. D’après lui, « juridiquement rien ne tient » dans cette Belle alliance populaire et Cambadélis y fait la pluie et le beau temps sans règles ni statuts (vidéo, 02′ 42″) :


Primaire : même si Filoche a ses parrainages… par LeLab_E1

Averti par le refus de Cambadélis d’accepter Pierre Larrouturou de Nouvelle Donne et Bastien Faudot du MRC, au motif que « la primaire à gauche ce n’est pas open bar », alors que dans le même temps il fait les yeux doux à Mélenchon et Macron qui constituent une sorte de rivalité « off » de la primaire, comme dans les meilleurs festivals artistiques, Filoche est convaincu que sa candidature n’est pas souhaitée et que ses parrainages seront épluchés à dessein. Il se réserve donc la possibilité de se retirer en faveur de Hamon ou Montebourg pour battre Manuel Valls qu’il ambitionne de réduire à 5% des voix ! On sent l’unité dont nous parlait Peillon !

Vincent Peillon candidat du rassemblement ?

De son côté, ce dernier nous assure que non seulement « la primaire, c’est l’unité », mais que lui, Vincent, est le candidat du rassemblement. Avec l’extrême-droite « qui a déshonoré notre pays » et la droite « qui est en train d’affirmer des choses d’une dureté incroyable », des suppressions de postes de fonctionnaires parmi lesquels des professeurs1, pour parler concrètement, il n’y a pas d’échappatoire possible, « la gauche doit gagner ». Pour Peillon, le bilan du quinquennat est excellent, le Président a bien gouverné, il a même recruté des fonctionnaires ! Mais attention, M. Delahousse :

« Je suis le candidat d’une éthique politique car je suis parti avant ceux qui peut-être n’ont pas l’air de vouloir soutenir leur propre bilan. » 

Et bim pour Valls. Quant à Mélenchon, c’est un ancien socialiste, bien sûr que je pourrais travailler avec lui. Tout comme avec Emmanuel Macron. C’est un ancien ministre de Hollande qui est resté bien plus longtemps que moi au gouvernement et qui ne parle plus de supprimer les 35 h. Bien sûr que je pourrais travailler avec lui aussi. Je vous le répète, M. Delahousse, je suis le candidat du rassemblement (vidéo 06′ 36″) :

Entre la primaire officielle et son double « off », où en est-on aujourd’hui en matière d’intentions de vote pour 2017 ? À l’intérieur de la primaire, aucun sondage n’a été réalisé à partir de la liste des 9 candidats effectifs révélés jeudi. Un sondage antérieur, c’est-à-dire sans Peillon, donnait de l’avance à Valls au premier tour, mais le mettait au coude à coude avec Montebourg au second.

Au niveau national, sur l’ensemble des candidats prévisibles pour l’élection présidentielle, une enquête réalisée du 2 au 7 décembre 2016 auprès de plus de 18 000 personnes montre que François Fillon est pour l’instant en tête du match dans tous les cas de figure avec 26 à 29% des intentions de vote. Il est suivi par Marine Le Pen qui perd un peu de terrain en se situant aujourd’hui entre 24 et 25% contre une fourchette de 27 à 30% préalablement. Manuel Valls est à 11 ou 12% et Montebourg entre 6 et 7%. À gauche hors primaire, Mélenchon est stable à 13% tandis que Macron grignote des points, passant de 10% à une fourchette de 13 à 15%, et même jusqu’à 18% si le candidat de la primaire de gauche est Montebourg.

Des chances de victoire à gauche très faibles

On voit d’après ces chiffres que si le candidat qui sortira de la primaire socialiste n’est pas capable d’avoir un effet d’entraînement sur le reste de la gauche, soit en pactisant avec Mélenchon, soit en pactisant avec Macron, les chances de la gauche de l’emporter sont extrêmement faibles, quels que soient les positionnements politiques des uns et des autres, plutôt frondeurs comme Hamon, Montebourg et Filoche ou plutôt orthodoxes comme Valls, et curieusement Peillon qui, bien que lancé contre Valls, trouve le bilan si excellent.

Or Emmanuel Macron pense que le PS n’a aucune chance pour 2017. Il n’y a donc aucune raison qu’il envisage un désistement ou une réintégration dans la primaire, pour aboutir de toute façon à un échec. Il est de beaucoup préférable pour lui et ses ambitions pour 2022 ou 2027 de continuer la course de fond qu’il a lancée à titre personnel avec son mouvement En Marche ! afin de créer sa place et prendre date. Dans ce cas, un éventuel rapprochement du PS avec Mélenchon ne pourra que lui donner encore plus de poids dès l’élection présidentielle de 2017.

Au vu cependant de toutes les surprises que l’on a déjà eues dans cette élection complètement « dingue » (comme dirait Yannick Jadot), gardons l’esprit ouvert, ne méprisons pas le jeu de la politique et du hasard, et réjouissons-nous par avance de voir comment le bilan de Hollande, tellement bon qu’il ne se représente pas, sera défendu ou attaqué par ses propres ex-ministres.

Sur le web

  1. M. Peillon est un socialiste typique qui croit que tout va se résoudre par plus de moyens, plus de fonctionnaires. Or toutes les études tendent à montrer qu’une « dépense publique élevée dans le domaine de l’éducation n’implique pas de meilleurs résultats, bien au contraire ».