2016, pourquoi tant de célébrités meurent ?

La vague de décès parmi les gens célèbres en 2016 est un signe de croissance économique et de progrès humain. Explications.

Par Steven Horwitz, depuis les États-Unis

Prince – Crédit : Ann Althouse (CC BY-NC 2.0)

2016 semble avoir été marqué par un nombre inhabituel de morts de célébrités, qu’il s’agisse de musiciens comme David Bowie et Prince ou d’acteurs et actrices comme Carrie Fisher ; le plus surprenant étant peut-être que Keith Richards ne soit pas sur la liste.

Deux remarques valent la peine d’être faites sur cette tendance. La première est que ce n’est pas une surprise ou, du moins, ce ne devrait pas l’être. La seconde est qu’il s’agit d’un signe de croissance économique et de progrès humain, un hommage aux institutions du marché les rendant possibles.

La vague de décès de célébrités cette année est une chose à laquelle nous allons devoir nous habituer, et je prédis que les années qui viennent en verront au moins autant.

La raison est assez évidente : il y a simplement davantage de gens célèbres, et en proportion, sur une année donnée, leur décès ne devrait donc pas constituer une surprise.

Pourquoi sont-elles plus nombreuses ? La réponse est dans la croissance de la culture populaire ainsi que d’autres formes de divertissement, comme les sports, au cours du XXème siècle. La génération actuelle est la première à être confrontée au vieillissement et à la mort de stars de la télé et du cinéma, devenues célèbres dans la période de l’après-guerre.

C’est particulièrement vrai des stars de la télé, lesquelles n’existaient pas de façon significative avant les années 50. Les acteurs de télévision devenus célèbres à 20 ou 30 ans dans les années 50 ou 60, ont maintenant atteint un âge supérieur à 70 ans. Ils sont aujourd’hui dans la dernière période de leur vie.

La culture populaire croît

Si nous y ajoutons l’explosion de la musique populaire des années 50, 60 et 70, autant que l’expansion des équipes de sports professionnels plus ou moins au même moment, nous nous retrouvons soudainement avec un bien plus grand nombre de célébrités, les façons et les opportunités de le devenir étant de formes et d’origines plus variées. Les musiciens populaires des années 60 sont maintenant septuagénaires ; et sachant que les stars du rock ne sont pas connues pour faire des choix propices à de longues vies, il n’est pas surprenant qu’un plus grand nombre d’entre elles semblent mourir chaque année.

Bien sûr, l’industrie du cinéma a crû ces dernières décennies, la télévision par câble et les plateformes en ligne tel Netflix ont remis en valeur les vieux films, de manières qui n’auraient pas été possibles avant. Tout cela a rendu davantage de célébrités visibles par un plus grand nombre d’entre nous qui les connait et les aime plus qu’à aucun autre moment de l’histoire de l’humanité.

D’un pur point de vue statistique, davantage de célébrités signifie davantage de décès remarquables. En ce sens, 2016 n’est pas une année exceptionnelle, mais plutôt le début d’un phénomène qui va se prolonger.

Les communications font les célébrités

Aussi triste qu’il soit de voir s’éteindre nos vedettes préférées, nous devrions placer ces événements dans un contexte historique plus vaste. La croissance explosive des différentes modalités pour atteindre la notoriété, pré-existantes déjà depuis longtemps, et son élargissement grâce à la révolution des communications, sont des signes de la richesse étonnante que l’économie de marché a produite depuis un siècle ou deux.

Le progrès humain se réalise quand nos institutions économiques et nos initiatives sur l’activité économique libèrent les femmes et les hommes de façon à produire ce que nous désirons le plus, avec le moins possible de labeur humain. Les investissements en capital, qu’il s’agisse d’une charrue tirée par des bœufs ou d’une chaîne d’assemblage automobile, ou d’un ordinateur portable, remplissent tous la même fonction : celle de nous permettre d’atteindre nos objectifs en fournissant moins de travail que précédemment.

Parfois, cette croissance se matérialise par une augmentation des moyens visant un même objectif, comme les avancées faites en matière d’outillage et techniques agricoles, ayant permis de produire davantage de nourriture pour une quantité de travail moindre. Le labeur ainsi libéré peut optionnellement être utilisé à produire de façon totalement innovantes : d’anciens ouvriers agricoles deviennent disponibles pour travailler en usines, des ouvriers de l’industrie s’orientent vers les services, ou les industries de la connaissance.

De la nécessité au luxe

Notre capacité récente à consacrer tant de ressources, en capital et en travail, à des activités comme le sport ou le divertissement, reflète l’incroyable succès de l’humanité à nourrir, vêtir et loger le plus grand nombre avec de moins en moins de ressources de travail. Grâce aux institutions du marché, nous avons repoussé la rareté, et davantage de sociétés ont gravi la hiérarchie des besoins de Maslow, en matière de déploiement des ressources économiques.

Nous pouvons de plus en plus nous permettre d’utiliser des ressources rares pour nous divertir quand nous avons libéré des ressources pour suppléer à nos besoins fondamentaux. Bien sûr, les sociétés les plus riches n’y parviennent pas parfaitement ; donner plus de champ aux institutions du marché et plus de respect au commerce et à l’entrepreneuriat améliorerait encore les choses de ce point de vue.

Néanmoins, le fait que l’occidental moyen vive dans un confort inimaginable pour nos ancêtres d’il y a 300 ans ou 3000 ans alors que tant de nos ressources sont consacrées au « simple » divertissement est un reflet du triomphe des marchés.

Comprendre l’inflation du nombre de célébrités et sa résultante, l’augmentation du nombre d’entre elles disparaissant ainsi chaque année, nous aide aussi à désamorcer la crainte de nous trouver à court d’emplois lorsque les machines produiront de plus en plus les biens et services de base.

Tant qu’existent des façons de nous divertir les uns les autres, ou de fournir des services personnels ne pouvant pas être dupliqués exactement par des machines, il y aura des jobs pour les humains. Tant que des désirs restent insatisfaits, le travail humain aura un rôle dans l’économie.

Même dans le monde de science-fiction de Star Trek, où des réplicateurs peuvent produire presque tout à partir d’énergie et de matière pures, les humains s’efforcent d’explorer, et ils apprécient toujours un quatuor de Mozart joué par des humains, et pas juste par un robot ou un ordinateur.

La célébrité et le grand enrichissement

Le nombre accru de vies et de morts de célébrités est une autre élément de preuve de ce que Deidre McKloskey nomme Le Grand Enrichissement. Oui, nous devrions certainement faire le deuil de ceux qui nous ont diverti sur les terrains de sport, à l’écran ou sur scène, mais nous devrions aussi prendre parfois le temps de célébrer les institutions sociales et économiques ayant rendu possible à nombre d’entre nous de vivre si bien, tandis que d’autres deviennent célèbres.

Sur le web. Traduction Contrepoints.