« Jambon dodu », d’Olivier Sillig

« Jambon dodu » est un polar très drôle, truffé de calembours.

Par Francis Richard.

jambon dodu« Le calembour, bon ou mauvais, est la lie de l’esprit. » Olivier Sillig écrit cela dans le dernier chapitre de son roman Jambon dodu, qui en est l’épilogue. Même s’il a bon goût, le lecteur ne sera pas forcément d’accord avec une telle assertion et en laissera la pleine et entière paternité à son auteur, saisi sans doute par un excès de modestie.

Car Olivier Sillig excelle dans le calembour et son roman policier en est truffé de la première à la dernière page : si le lecteur n’a pas lu d’autres livres de l’auteur, il peut même se demander à bon droit s’il est capable d’écrire quoi que ce soit sans y avoir recours. Qu’il soit rassuré, il peut… et même très bien.

Quoi qu’il en soit le calembour est dans ce polar l’ingrédient indispensable à sa truculence. La tuerie qu’est cette lecture commence dès le titre et se poursuit tout du long avec les patronymes donnés aux personnages et les nombreuses intertextualités, qui sont autant de mots de passe pour ceux qui savent.

Pour ceux qui ne savent pas, à la fin de l’ouvrage, l’auteur remercie nommément celles et ceux qui y ont participé de manière innocente et purement littéraire. Le lecteur attentif pourra constater quelques oublis involontaires dans ces remerciements : Corneille, Hergé, Claude Loursais, Sartre ou Térence…

Jean, dit Jambon, et Eve Dodu ont été retrouvés la gorge tranchée dans une tranchée, rue des Abattoirs. Adèle Hache, une pute, est retrouvée décapitée peu après. Et c’est le commissaire Confit, Valentin de son prénom, qui est chargé de résoudre ces deux boucheries où il appert que les découpes sont liées.

Confit peut compter sur les inspecteurs Rognon, Braisé et Lévi, les brigadiers Desglion et De Théâtre, le légiste Livingstone, la secrétaire Raymonde, dite Zézette, pour l’aider à mener à bien cette enquête et découvrir par qui, pourquoi et dans quelles circonstances ces crimes ont été commis dans un quartier de viande.

Mais, pour cela, il devra surtout comprendre pourquoi un étrange sandwich, emballé dans du papier gris, lui a été remis par un gamin en culottes courtes alors qu’il buvait son crème à la terrasse d’un café en y trempant son pain : Entre deux grosses tranches de jambon cuit bien gras, une liasse de billets de cent.

L’enquête prend d’étranges détours avant d’être résolue : un conte sur les oiseaux d’Ispahan, le timbre du ministère de l’Intérieur et sa devise latine (De omni re scibili et quibusdam aliis), l’infiltration de l’indic Ferdinand Dupont, l’interrogatoire d’un Polonais, l’attente interminable dans un bar à putes, et les rêves.

L’affaire de Jambon dodu se termine par un dernier quiproquo. Autant les précédents, dans les dialogues entre policiers, donnaient un côté assez farce à l’histoire, autant celui-ci, surgissant du passé, lui apporte une note finale tragique. Alors, pour ne pas rester sur une triste impression, faisons juste une courte citation, pour la route : « Dis-moi où tu vas, je choisirai qui je tue. »

  • Olivier Silling, Jambon dodu, Hélice Hélas Editeur, 375 pages, juin 2016.

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