Le spectre du «négationnisme économique» hante-t-il la France ?

Pierre Cahuc et André Zylberberg condamnent les dérives « négationnistes » consistant à relativiser ou dénigrer les conclusions établies par la science économique.

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Le spectre du «négationnisme économique» hante-t-il la France ?

Publié le 5 décembre 2016
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Par Syar Ahmady.
Un article de Trop Libre

004430910« Le Négationnisme économique » est un pamphlet dirigé contre les idéologues dont les arguments, qui ne reposent sur aucune démarche scientifique valable, visent à disqualifier la science économique.

Pierre Cahuc et André Zylberberg condamnent les dérives « négationnistes » consistant à relativiser ou dénigrer les conclusions établies par la science économique.

Une science économique devenue expérimentale

L’économie contemporaine est devenue une science « enracinée dans les faits » qui cherche « à mettre en évidence des liens de cause à effet ». Pour cela, Pierre Cahuc et André Zylberberg insistent sur l’utilisation, par la science économique contemporaine, des méthodes d’analyses expérimentales basées sur « des protocoles scientifiques » rigoureux. Les travaux, à l’instar de la recherche médicale, s’appuient sur un examen méticuleux des groupes « tests » et des groupes « contrôles ». Les résultats de l’analyse économique sont vérifiés par des spécialistes et les publications sont soumises à l’évaluation par les pairs.

Ainsi, les études empiriques consacrées aux effets de l’immigration sur les salaires et le chômage « contredisent formellement l’idée que l’accroissement de la population en âge de travailler ferait systématiquement baisser les salaires et créerait du chômage ».

De même, Pierre Cahuc et André Zylberberg mettent en lumière l’existence de résultats économiques indiscutables en matière de fiscalité ou encore des dépenses publiques. Pour ces dernières, les auteurs soulignent que les remèdes keynésiens sont souvent prescrits car ils évitent de « s’interroger sur les effets du coût du travail, de la législation sur le licenciement ou sur la meilleure manière de gérer l’assurance chômage et la formation professionnelle ».

Ainsi, le traitement statistique d’études de terrain, l’expérimentation en double aveugle et la vérification académique consolident la pertinence des conclusions de la science économique contemporaine.

Le schéma « négationniste » à l’œuvre contre la science économique

Au-delà de l’utilisation provocante du terme « négationnisme », faisant référence au déni de l’entreprise génocidaire nazie au cours de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Cahuc et André Zylberberg expriment leur inquiétude quant au primat de l’idéologie sur la connaissance rationnelle.

Les auteurs dénoncent le « négationnisme économique » qui repose sur trois piliers. D’une part, le négationniste usera de l’éthos en mettant en avant la figure de « l’intellectuel engagé » ou du « grand patron » comme argument d’autorité sensé légitimer ab initio le rejet des conclusions de la science économique. D’autre part il mobilisera le pathos en désignant des « boucs émissaires » tels que la finance ou l’immigration afin que l’émotionnel prenne le pas sur le rationnel. Enfin, le négationniste s’appuiera sur le logos ayant l’apparence d’un raisonnement logique mais, qui en réalité, est construit sur un présupposé idéologique (autrefois marxiste, aujourd’hui keynésien ou malthusien).

Le schéma « négationniste » se retrouve dans la rhétorique des industriels du tabac et des climato-sceptiques qui souvent financent des programmes d’études, présentent des rapports ou participent à des campagnes médiatiques visant à jeter un doute sur les consensus solidement établis par la science économique. Par conséquent, le négationnisme économique, présenté comme un fléau, aurait des conséquences dévastatrices car il nierait les éléments factuels des processus économiques.

Les stratégies négationnistes de disqualification de la science économique

L’ouvrage présente le rôle néfaste, dans la production ou la propagation du négationnisme économique, des « économistes atterrés », de certains philosophes ou politiciens, des revues comme Alternatives économiques ou encore des sociétés savantes alternatives telle l’Association française d’économie politique (AFEP).

Ces acteurs de la vie publique et scientifique insistent par exemple sur la nécessité de réduire le temps de travail. Or, Pierre Cahuc et André Zylberberg estiment qu’on est ici en face d’un « négationnisme économique » car « toutes les évaluations crédibles montrent que des politiques bien ciblées de baisse du coût du travail créent des emplois alors que la réduction du temps de travail n’en crée pas ».

Les auteurs fustigent également le rôle de certains grands patrons qui « coulent la France » en produisant des rapports justifiant l’octroi de subventions ou d’allègements fiscaux à des entreprises en difficulté ou en situation de forte concurrence. Or, les auteurs regrettent « l’intervention des pouvoirs publics via la subvention et la sélection de projets spécifiques » qui n’améliore guère les performances des entreprises.

De plus, il arrive que les discours de certains grands patrons soient appuyés par les think tanks qui promeuvent, par une rhétorique négationniste, « les intérêts du secteur industriel ».

Le « négationnisme économique », une fatalité ?

Contre les « pseudo-scientifiques », les auteurs insistent sur la nécessité de faire preuve de précaution, notamment en vérifiant la réputation académique des économistes et les classements des revues. Les auteurs reconnaissent que « la production scientifique n’est pas parfaite », mais ils estiment que seule la démarche scientifique peut nous éloigner du négationnisme économique.

Enfin, il nous faut prendre conscience que la démarche scientifique nécessite l’examen seulement par les « plus compétents ». De surcroît, les sujets complexes de la science économique ne peuvent faire l’objet que d’une évaluation scientifique rigoureuse afin de « contrer toute tentative d’ériger un mensonge en vérité ».

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  • Je ne comprends pas la référence aux climato-sceptiques, qui seraient en contradiction avec la science économique. Que vient faire la science économique dans le débat sur le climat ?

    • Bonjour Traderidera

      « « Le Négationnisme économique » est un pamphlet dirigé contre les idéologues dont les arguments, qui ne reposent sur aucune démarche scientifique valable, visent à disqualifier la science économique. »

      De même qu’il existe un négationnisme économique, il existe un négationnisme climatique qui ne repose sur aucune démarche scientifique, il ne faut pas le nier.

      • « Qui ne repose sur aucune démarche scientifique ». Vous avez vérifié?
        Regardez le cv des prétendus négationistes. Lisez leurs écrits, consultez les données scientifiques et pas seulement l’instrumentalisation de données partielles, étudiez le fonctionnement du GIEC, réfléchissez sur les conséquences des politiques menées, considérez les enjeux géostratégiques du monde actuel…

      • Outre le fait qu’employer le mot négationnisme est une faute morale, je vous invite à faire une légère recherche sur l’état de la science climatique. Vous apprendrez à votre grande étonnement et honte que les climato-réalistes (ou climato sceptiques), s’appuient sur des démarches scientifiques rigoureuses (si vous n’êtes pas capable de trouver des publications en peer-review, c’est que vous êtes un menteur) et basés plus sur les observations que sur des simulations par ordinateurs, contrairement aux « réchauffistes ».
        J’attends avec hâte votre réponse…

        • Bonjour Marco40

          Je me permet juste de noter que certains climato-sceptique n’ont pas un argumentaire scientifique, par exemple Trump prend comme argument que le RCA est un complot des chinois contre les USA…

          Paille-poutre, toussa :).

          • Certains climato-crédules n’ont pas non plus d’argument scientifique!
            Au-delà de M. Trump, les Républicains se sont fait leur opinion en auditionnant de grands scientifiques américains.

          • Reductio ad hominem. Comme si j’argumentais en vous disant que Hollande a dit que le réchauffement climatique provoquait des tsunamis et des tremblements de terre (véridique !!).

            • C’est justement le probleme, d’un coté il y a les scientifiques et de l’autre les politiques et les média qui disent n’importe quoi.

              L’honnête homme n’a pas la compétence pour discuter sur le fond du RCA, mais il voit bien que le RCA est devenu un enjeu politique et on entends des deux cotés bien des âneries.

              Je m’en tiens au fait et je ne vois pas dans l’évolution des températures rien d’alarmant.

          • @gillib: Vous prenez « juste » un cas d’exemple, qui concerne plutôt l’économie que le climat et en faites une généralité ?
            Niez vous les impacts que représentent les contraintes de la transition énergétique pour certains pays, alors que d’autres (la Chine en passant, bénéficie d’1/, des commandes de PV (terres rares, production à bas prix… et 2/ des avantages de souplesses sur sa propre production de CO2 comme pays « pauvre ») en profitent ? Enfin, quand je dis en profitent, je pense surtout à la pointe de la pyramide.

            Les autres pays en développement sont les premiers touchés de ne pas pouvoir profiter d’énergie bon marché.

            Je pense qu’il est raisonnable d’évaluer vraiment les conséquences négatives avant de choisir des solutions basées sur les pires prédictions remontant à plusieurs décennies et dont la réalité est de moins en moins avérée, càd, l’invention d’un CO2 qui serait le « bouton de réglage du climat ».

            Il y a bien d’autres problèmes sur lesquels il faut mobiliser les milliards perdus pour faire de l’électricité par les moins efficients moyens.

            • C’est ma position, critiquons les politiques décidés à la COP 21 plutôt que de se lancer dans des discussions sans fins sur les fréquences d’absorptions du CO2 dans l’atmosphère.
              Restons dans notre domaine de compétence, laissons les scientifiques dans leur labo (et qu’ils y restent).

      • Et pourtant, il y a une réelle controverse scientifique, à commencer par plus de 1350 papiers peer reviewed qui vont à l’encontre de la théorie réchauffiste (1350 !!!) :
        http://www.populartechnology.net/2009/10/peer-reviewed-papers-supporting.html

        Si vous voulez vous y initier, je vous conseille de regarder ces quelques documents présentations :

        Présentation de Istvan Marko, chimiste à l’Université Catholique de Louvain (même université que l’ex président du GIEC Jean Pascal Van Ypersele, qui a voulu le faire licencier par cette même université, quel esprit d’ouverture !!!!) :
        https://www.youtube.com/watch?v=BZOvN3pwbIY
        Avec la présentation à suivre en parallèle :
        http://fr.scribd.com/doc/147583071/Marko-Diaporama

        Présentation de Benoît Rittaud, statisticien :
        https://www.youtube.com/watch?v=BisEbFRV0mw
        Avec la présentation à suivre en parallèle :
        https://docs.google.com/presentation/d/1WF8wIuBVRR3FUsM6i8BaEyyUlLViLlo2PaHtKqnwC1I/edit

        Présentation de François Gervais, physicien, professeur émérite à l’université François Rabelais, de Tours :
        https://www.youtube.com/watch?v=6XDdfCLY3TI

        Un document très complet de la société de calcul mathématique :
        http://www.scmsa.eu/archives/SCM_RC_2015_08.pdf

        Un document qui explique assez bien l’effet de serre :
        http://climat-sceptiques.org/wp-content/uploads/2016/01/Comprendre-l-effet-de-serre-V5.pdf

  • Les économistes n’ont que ce qu’ils méritent. Si leurs traveaux sont aujourd’hui compétement dénigrés, c’est que depuis 50 ans, ils racontent tous et son contraire. Comment voulez vous que le grand public puisse avoir foi en eux?

    • Liam ,

      Pour ma part , je n’ai que peu compris cette polémique ( Victor) entre négationnistes économiques et tenant de la vraie orthodoxie économique…pour moi , c’st de l’enculage de mouche…

    • @ Liam
      Il y a moyen d’être plus nuancé: la plupart de économistes tentent d’expliquer des faits passés, avec une certaine réussite: ils expliquent comment une cascade d’événements peut créer un résultat économique et si cette cascade se répète, d’en tirer une sorte d’équation.

      De là à dire que les mêmes éléments donneront lieu au même résultat, il y a un pas que je ne franchirais pas! Du point de vue prédictif, les économistes sont fiables à 50% soit à un pile ou face! Suivant les éléments pris en compte, d’une part et suivant la réaction imprévisible des acteurs, d’autre part.

      Dans mon job, on dit : »un cas n’est pas l’autre! ». Mais si mon job est basé sur la science la plus aigüe (mais même dans ces conditions, la vérité n’est que statistique, à X % ou plutôt entre x et y % observés, d’après les études) il reste un job, ou un « art » (même sens qu’artisan).

      Non l’économie n’est pas une science « pure et dure », elle reste une « science humaine », à côté des « sciences politiques » ou de la sociologie!, pleine de surprises, prévues ou non!

  • J’ai beau être en profond désaccord avec les zozos d’Alt Eco , les keynésiens et tout ce qui s’ensuit. Je dois avouer que je trouve l’initiative de ce livre et cette cabale assez mal venue. On ne se montre pas au dessus d’un adversaire en le placardant d’ad hominem ou en souhaitant qu’il soit banni.

  • « L’économie contemporaine est devenue une science « enracinée dans les faits » »
    Cet article me semble surréaliste. S’il est vrai que des économistes font un bon travail scientifique, il semble que ce soit une infime minorité. Presque tout ce qui est enseigné dans les universités françaises et d’ailleurs fait référence à l’économie néoclassique qui est le modèle d’une économie « hors-sol » ne faisant jamais appel à une quelconque vérification. Ainsi des théories comme la neutralité de la monnaie date de l’étalon Or et ne peut plus être d’actualité lorsque la dette est la contrepartie à la circulation monétaire. La loi du marché est également contredite par les faits. Les courbes d’offre et de demande sont la plupart du temps parfaitement indéterminées et peuvent se croiser en plusieurs points.
    Si les économistes veulent faire un travail scientifique, ils doivent au minimum maîtriser les équations différentielles.
    Je conseille la lecture du livre de l’économiste australien Steve Keen : « l’imposture économique » pour aller plus loin.

  • Vous parlez de « jugement des pairs » (peer review) et de réserver le verdict aux « plus compétents ».
    Mais qu’est ce qui vous faire croire que les plus compétents sont désignés par le jugement des pairs?
    Mon expérience scientifique, très extérieure il est vrai à la science économique, me convaincrait plutôt que les plus compétents s’avèrent a posteriori être justement ceux que le jugement des pairs a rejetés. La vérité émerge plus souvent de la dissidence que du consensus.

  • Déjà dire que l’économie est une science me semble saugrenu. Il est possible de justifier une chose et son contraire et il est impossible de reproduire les resultats.

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