Parfois, il est sage de renoncer

Merci, monsieur Hollande, d’avoir renoncé une fois de plus. Vous nous épargnez le spectacle douloureux de votre bilan discuté, disputé, débattu partout autour de nous. Ou le spectacle, plus douloureux encore, de vous voir traîné dans la boue, taillé en pièces par l’opinion alors que vous insistez comme d’autres avant vous pour sortir par la petite porte.

C’est dur, quand le destin vous appelle, de dissimuler le fait qu’on n’est pas à la hauteur. C’est un masque lourd à porter. Vous l’avez porté déjà plus de quatre ans, sans sourciller. Personne n’y a vraiment cru – vous avez gardé le cap. Dans la nonchalance, votre persévérance s’illustre.

François Hollande en 2012 by Parti socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)
François Hollande en 2012 by Parti socialiste (CC BY-NC-ND 2.0)

Vous avez été un président décomplexé. Grave malgré votre impopularité, vous avez trouvé dans la tempête le temps de batifoler. Vous avez hésité longuement, décidé hâtivement, parlé trop vite. Vous avez balbutié de grands mots, et vous êtes resté là, l’air sérieux, sous la pluie, dans ce costume mal taillé de président.

Qu’allez vous devenir ? Vous pourriez prendre votre retraite dorée. Quelques conférences à l’étranger, là où vos petites blagues amusent peut-être encore, pourraient constituer un intéressant complément de retraite. Vous pourriez vivre à Tulle aussi tranquillement que vous le souhaitez.

Vous avez beaucoup donné de vous-même. Vous avez essayé, fait ce que vous avez pu, et j’ose penser que vous avez réellement souffert avec les Français. Vous n’êtes sans doute pas mauvais homme, je vous laisse le bénéfice du doute, et je suis certain que leur douleur et leur désespoir vous font de la peine. Vous aviez manifestement ce qu’il faut pour être élu, mais malheureusement pas ce qu’il faut pour diriger.

castro hollande rené le honzecVous pensez n’avoir pas eu de chance ; mais vous avez bénéficié de taux d’intérêt au plus bas et d’une énergie bon marché. Vous n’avez pas réussi à réduire la dépense publique, vous avez continué à endetter la France, mais le service de la dette était encore supportable – votre successeur n’aura sans doute pas cette chance.

Le chômage n’a pas reculé, et cette fois vous avez tenu parole : vous ne vous porterez pas candidat à la réélection. Le changement est donc pour bientôt ; il vous reste quelques mois pour préparer votre pot de départ. Vous pourrez apprécier l’élection confortablement depuis votre télévision, entre deux chefs-d’œuvre de votre compagne.

Qui vous succédera ? Vous semblez penser que ce ne pourra être que meilleur que vous, ou que vous n’avez réellement aucune chance. Espérons que votre successeur sera à la hauteur des défis que vous laisserez derrière vous.

Il lui faudra rassembler les Français, car vous n’y êtes pas parvenu. Réformer la France en profondeur, idem. Trouver un modèle français gagnant, idem. Reprendre le contrôle de la dépense publique, idem. Autant se le dire sans détours : vous ne partirez pas en pleine gloire.

Mais qu’importe : vous partirez. Je m’en réjouis, et je salue votre courage. Si vous aviez fait preuve de la même clairvoyance pendant votre mandat, nul doute que la situation eût été différente ; mais les choses parfois nous échappent. Parfois, il est sage de renoncer.