Primaire à droite : ce qu’il faut retenir du débat Fillon-Juppé

Le débat d’hier soir entre François Fillon et Alain Juppé n’aura rien révolutionné mais souligne l’inanité du positionnement d’Alain Juppé.

Par Alexis Vintray.

François Fillon (Crédits Rama, CC-BY-SA 2.0)

Le débat télévisé entre François Fillon et Alain Juppé s’est donc tenu hier, à 2 jours et demi du second tour de la primaire ouverte de la droite et du centre. Un duel très attendu après les attaques polémiques d’Alain Juppé envers un François Fillon grand favori. A-t-il été à la hauteur des attentes ? Tour d’horizon de ce qu’il faut retenir du débat

Deux positionnements réaffirmés lors du débat

Le débat a souligné les différences de positionnement entre les deux hommes, plus que des différences de programme. Ainsi François Fillon a clairement assumé l’ambition de son programme, dont la radicalité est nécessaire selon lui pour espérer sortir la France de l’ornière et viser en dix ans la place de première puissance européenne.

Alain Juppé a joué comme à son habitude la carte de la modération et de la raison, sur un positionnement résolument chiraquien. Il a aussi été à fond dans son rôle de technocrate, volontairement ou pas, parlant chiffres, dosage et savante alchimie de réformes. Malgré plusieurs instants de flottement, comme sur l’ISF ou sur les premières réformes qu’il mettrait en oeuvre avant le 15 août 2017 : « deux ou trois réformes de structure qui montreront que tout change ».

Pour autant, sur le fond des réformes, on est resté sur sa faim, avec un peu de flou de part et d’autre, en particulier sur le temps de travail des fonctionnaires chez François Fillon.

Fillon, patron ?

François Fillon a toutefois dominé le débat indirectement et en imposant quasi systématiquement les sujets, à chaque fois ou presque liés à ses propres prises de position : la Russie, 500 000 suppressions de postes dans la fonction publique, etc. De quoi poser le débat et se donner une longueur d’avance.

Alain Juppé n’a, il est vrai, pas été aidé par les questions des journalistes sur des sujets bien souvent au ras des pâquerettes ou des polémiques de bas étage. Polémiques qui lui ont bien souvent fait mal, en particulier quand, de façon incompréhensible, il s’est lui même enfoncé à plusieurs reprises, rappelant sa condamnation en justice, l’association qu’on lui prête avec l’islam radical (« Ali Juppé ») ou l’échec en librairie de ses livres-programmes.

La domination de François Fillon dans le choix des sujets a été renforcée par les postures physiques : un Fillon qui aura à peine regardé son adversaire et qui cherchait manifestement à renforcer sa stature présidentielle. À l’inverse, désireux probablement de remettre François Fillon à son niveau, Alain Juppé l’a systématiquement appelé par son prénom, cherchant son regard, mais a pâti de manifestations physiques qui ont énormément intrigué les internautes sur Twitter :

 

Fillon ou Juppé, qui a emporté le débat ?

Pour un regard extérieur, il n’y a eu que peu de coups d’éclats de part et d’autre, en particulier avec un François Fillon qui n’a pas pris de risques et a déroulé ses arguments pour mobiliser son électorat. Et les Français ne s’y sont pas trompés, n’accordant qu’une avance moyenne à François Fillon, jugé à 57% le plus convaincant selon Elabe/BFM dans un sondage à chaud parmi un petit millier de téléspectateurs représentatifs.

Pour les électeurs de droite, il en a probablement été très différemment, avec un Alain Juppé qui n’a que marginalement essayé de leur parler, allant jusqu’à conclure le débat par un éloge de la diversité qui semblait plus calibré pour une primaire de gauche. À l’inverse, François Fillon a tenu bon sur son programme et tenté de donner des gages à l’électorat de droite sur l’éducation, la réforme de l’État, l’identité nationale, etc. Des positions que l’on peut approuver ou non mais qui résonnaient bien davantage auprès du cœur de l’électorat qui devrait se mobiliser dimanche.

Cela s’en est ressenti dans le même sondage Elabe/BFM, puisque 71% des sympathisants de la droite et du centre ont jugé Fillon meilleur, contre 28% Juppé. De même, sur les réseaux sociaux, François Fillon accentuait son avance sur Alain Juppé :

De même, les lecteurs de Contrepoints préféraient largement François Fillon à Alain Juppé dans un sondage informel organisé pendant le débat :

Il fallait pour Alain Juppé renverser la table et gagner de manière décisive le débat ce soir, auprès des électeurs de droite. Il en a été très loin. Suffisamment pour finir à 25% des voix dimanche ? Cela reste une hypothèse sérieuse pour moi…