Macron tue-t-il définitivement toute candidature de gauche ?

Macron peut-il être le meilleur candidat de la gauche en 2017 ?

Par Éric Verhaeghe.

Macron tue-t-il définitivement toute candidature de gauche ?
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La candidature d’Emmanuel Macron annoncée aujourd’hui diminue-t-elle de façon irrémédiable les chances que la gauche pourrait avoir de gagner ? S’il est encore beaucoup trop tôt pour imaginer à quoi pourraient ressembler les résultats du premier tour des présidentielles, certains, à gauche, peuvent légitimement redouter que la candidature de Macron ne produise les mêmes résultats que celle de Christiane Taubira en 2002…

Macron chouchou des sondages pour la gauche

Certes, la campagne n’a pas encore commencé à gauche. Le paysage politique est donc loin d’y être fixé. De façon constante, néanmoins, Macron y est décrit comme favori par plusieurs sondages. Il devance largement à la fois Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon.

Redisons-le, ni Montebourg ni Mélenchon n’ont réellement donné le plein de leur campagne. Toutefois, l’un et l’autre ne pourront complètement ignorer le candidat Macron, dont les propositions sont encore largement inconnues. Ce dernier reçoit toutefois le soutien des partisans d’une gauche libérale modernisée dont le poids électoral exact est encore méconnu. Mais il est très probable que Macron représente plusieurs points de scrutin le jour de la présidentielle, soit au moins un million de voix. Peut-être plus…

La terrible mathématique des présidentielles

Un, deux, trois millions de voix (soit environ 6% au premier tour): ces chiffres mettent la gauche en risque manifeste. À la louche, 37 millions de Français devraient voter au premier tour en 2017. Pour obtenir 25% des voix, il faut donc décrocher entre 9 et 10 millions de voix.

Au premier tour de 2012, Hollande avait obtenu 10,2 millions de voix et Sarkozy 9,7 millions de voix. Marine Le Pen, donnée en tête du premier tour l’an prochain, avait récupéré 6,4 millions de voix. Ces chiffres donnent des bornes hautes significatives: pour se qualifier au second tour, il faut décrocher entre 6 et 10 millions de voix.

L’expérience de 2002 est encore plus parlante. L’abstention avait atteint 30% au premier tour et moins de 30 millions de Français avaient voté. Jacques Chirac avait viré en tête avec 5,6 millions de voix, et Jean-Marie Le Pen en avait obtenu 4,8 millions. Jospin avait été éliminé avec 4,6 millions. Il s’agit là de bornes basses: avec moins de 5 millions de voix, le candidat est en risque d’élimination.

La physionomie de 2017

En l’état, la présidentielle de 2017 pourrait donner lieu à un scénario intermédiaire entre 2002, avec beaucoup de candidats au coude-à-coude autour de 5 millions de voix, et 2012, où deux candidats s’étaient détachés autour de 10 millions de voix dès le premier tour.

Une projection simple laisse à penser qu’avec près de 7 millions de voix, Marine Le Pen pourrait être qualifiée au second tour. Si elle « virait » en tête, cela signifierait donc que son challenge se situerait autour de 6 millions de voix. Mathématiquement, ce calcul laisse la place à deux candidatures majeures à droite : l’une issue de la primaire, et l’autre contestant les résultats de cette primaire.

Dans cet ensemble, un candidat de gauche pourra-t-il rivaliser avec un duo Le Pen-Les Républicains ? Toute la question est là : la gauche doit se trouver un candidat capable de dépasser les 6 millions de voix au premier tour.

Macron peut-il être le meilleur candidat de la gauche en 2017 ?

Face à ces chiffres, Macron, crédité (sur des échantillons non significatifs de 1.000 personnes) de 34%, peut en l’état créer une surprise. Cela suppose toutefois que ces bons scores durent par-delà la campagne de la gauche qui va commencer, et se traduisent dans les urnes.

On peut penser que la primaire de la gauche modifiera fortement la physionomie de la campagne menée par Macron. Personne ne sait, actuellement, si Hollande ou Valls seront candidats. Personne ne sait quel sera le score de Montebourg. Toutes ces inconnues pèsent fortement sur la recomposition des espérances de vote. Une primaire avec Hollande battant Montebourg ne donnerait absolument pas les mêmes chances de succès à Macron, qu’une primaire sans Hollande avec une forte victoire de Montebourg.

Dans tous les cas, un Macron obtenant 5% des voix au premier tour enlèverait à la gauche environ 2 millions de voix à son camp, ce qui est énorme.

Le fait Mélenchon incontournable

Dans ce paysage complexe, rappelons encore qu’en 2012, Mélenchon avait totalisé près de 4 millions de voix. Tout laisse à penser que son score de 2017 ne devrait pas se situer au-dessous de cette ligne de flottaison. Ses chances seront accrues si les militants communistes lui accordent leur confiance.

Une hypothèse d’un Mélenchon situé probablement entre 4 et 5 millions de voix rend particulièrement sensible la candidature Macron. Le couple Macron-Mélenchon pourrait constituer une sorte de trou noir d’au moins 7 millions de voix pour la gauche… soit près du quart du corps électoral qui se déplacera probablement aux urnes en mai 2017.

On le voit, la situation devient très compliquée pour le candidat de gauche restant. Le maintien d’une candidature écologiste, et de candidatures anti-capitalistes, n’aidera pas à passer le cap du premier tour au vu de la portion congrue qui reste.

Macron dans la durée…

L’inconnue majeure qui reste est de savoir quelle peut être la durée de vie d’un Macron. Pour l’instant, l’intéressé n’a pas dévoilé son programme et peut surfer sur le mythe de l’homme nouveau qui rompt avec le système. On peut parier que cet effet s’amoindrira, voire disparaîtra, à mesure qu’il sortira de ses ambiguïtés. On peut même compter sur ses amis de gauche pour ne lui faire aucun cadeau sur ce sujet.

Ce qui se jouera dans les prochaines semaines porte sur le manteau de voix que Macron devrait recueillir. Soit Macron parviendra à maintenir l’illusion (drolatique) qu’il n’est pas issu du système (lui, l’inspecteur général des finances enrichi dans la banque d’affaires), et il peut espérer s’approcher du second tour. Dans ce cas, il fossoiera définitivement l’ensemble de la gauche. Soit la baudruche Macron se dégonfle, et la gauche retrouve une chance de passer au deuxième tour. Plus la baudruche se dégonflera, plus grande sera cette chance.

Macron, principal ennemi de la gauche

Pour le candidat issu de la primaire à gauche, il y aura donc une urgence : tailler des croupières à Emmanuel Macron. Une certitude est acquise aujourd’hui et une seule. La campagne de la gauche sera sanglante dans ses propres rangs, et produira l’effet probable d’une implosion atomique.

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