Traiter Trump de populiste élude la démagogie

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

L’utilisation à tort et à travers du terme populiste, pour disqualifier l’adversaire, fait oublier que la démagogie reste le fléau majeur en démocratie.

Par Marc Crapez.

Traiter Trump de populiste élude la démagogie
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

Nous n’avons pas été nombreux à prendre Trump au sérieux. À éclairer la logique à l’œuvre dans son électorat. À rectifier une partie des griefs dont il était accablé. À tout prendre, nous préférions sa victoire à celle d’Hillary Clinton, encore plus « démago ».

Contrairement aux clichés clientélistes destinés à effrayer, une notable proportion de Latinos (30%) et une certaine proportion de Noirs (plus d’hommes qu’à l’accoutumée) ont voté Trump. Parce qu’ils sont sensibles aux valeurs d’effort et à l’esprit américain. Parce que certains d’entre eux ont mis du temps à se faire accepter et trouvent anormal que les clandestins d’aujourd’hui bénéficient de passe-droits.

La propagande anti-Trump a ciblé les Latinos et les femmes, supposés voter nécessairement Démocrate. Trump n’a guère été accusé de démagogie, de contradictions, de raccourcis, de propos péremptoires, de chiffres erronés, d’insincérité, etc. Pour la bonne et simple raison que ces critiques eussent pu, tout aussi bien, rejaillir sur Hillary Clinton. C’est donc l’avantage comparatif de celle-ci, censée plaire aux Latinos et aux femmes, qui a été exploité.

La démagogie, problème démocratique numéro 1

On a ainsi éludé la question de la démagogie, qui reste le grand problème. La focalisation sur la notion de populisme fait oublier que la démagogie est une corruption majeure de l’idéal démocratique. Le fait que les spin-docteurs puissent faire avaler des couleuvres au bon peuple contribue, d’ailleurs, à dévaloriser l’image de celui-ci auprès des élites. Autrement dit, c’est la réussite de la démagogie qui conduit les élites à mépriser le peuple, à le juger « frileux », étroit d’esprit et populiste. Et cette invocation indue du populisme dissimule, en retour, la démagogie.

Ce mot n’appartient pas au langage de la philosophie politique classique. Il est absent des encyclopédies du XIXe siècle, époque de l’expansion démocratique. Y figuraient, inversement, des vocables qui nous sont devenus totalement étrangers, tels que « anti-patriote » ou « antipopulaire » ! À cette époque en outre, nul n’aurait osé employer le terme « pédagogue » au lieu de « didactique », comme on l’entend couramment de nos jours pour désigner le discours public chargé d’éduquer les citoyens qui « votent mal ». Dire qu’il faut faire de la pédagogie, c’est juger le peuple infantile.

L’utilisation inconsidérée du terme populiste, pour désigner ce que l’on appelait jadis « fonction tribunicienne » ou « vote contestataire », traduit une confiscation oligarchique de l’idéal démocratique. Le référendum est perçu comme une folie. Un commentateur exposait doctement que seuls certains sujets doivent être considérés comme « éligibles » à référendum. Terme emprunté à l’univers de la démocratie censitaire, c’est-à-dire à la Préhistoire du règne de la vox populi.