Trump/Clinton : l’argument du nombre de voix ne tient pas

"I Voted" Stickers By: Joe Hall - CC BY 2.0

La victoire de Donald Trump serait remise en cause parce qu’il a obtenu moins de voix que Hillary Clinton ? Un argument qui ne tient pas.

Par Benoît Rittaud.

argument du nombre de voix
« I Voted » Stickers By: Joe HallCC BY 2.0

Moins de voix = moins de validité ?

Parmi les explications proposées à la victoire inattendue de Trump sur Clinton, il en est une en forme de baume au cœur : le nouveau président ayant totalisé moins de voix que son adversaire, la réalité de sa victoire en serait amoindrie (c’est ce qu’a glissé en douce Laurent Joffrin avant-hier, par exemple). Pas besoin d’apprécier Trump pour reconnaître que l’argument ne tient pas.

Alors que vous vous apprêtez à traverser la rue, vous constatez que le feu piéton est vert. Vous vous avancez donc sur la chaussée pour gagner le trottoir opposé. Qui ira vous dire que votre attitude vous aurait valu un accident si le feu avait été rouge ? Personne, bien sûr, car il est bien évident pour tout le monde que, dans cette autre hypothèse, vous n’auriez pas traversé.

Winner takes all

On peut trouver des défauts au système américain du « winner takes all » (le fait que le candidat arrivé en tête dans un État rafle tous les grands électeurs de cet État), toujours est-il que c’est dans ce système que l’élection s’est tenue, ce qui a logiquement orienté la manière de chaque candidat de faire campagne. En particulier, dans certains États, l’écart entre les intentions de vote était tel qu’il n’était pas nécessaire de s’y déplacer, contrairement aux fameux swing states qui ont été l’objet de toutes les attentions.

Si le système électoral avait été différent, la campagne elle-même aurait nécessairement été différente, et donc avec des résultats différents. Nul ne peut dire lequel des candidats, dans une élection majoritaire, aurait le mieux su en profiter. C’est d’autant moins possible que, en pourcentage, les résultats de l’élection sont particulièrement serrés : 47,41% contre 47,72%.

Des grands électeurs à Paris aussi !

En passant, on aimerait être certain que ceux qui se lamentent qu’une candidate soit battue tout en ayant le plus de voix ont bien eu la même réaction lors de situations similaires qui ont à l’époque profité à Anne Hidalgo à Paris en 2014, à Bertrand Delanoë à Paris en 2001 ou encore, la même année, à Gérard Collomb à Lyon, villes qui élisent également leurs maires par un système de « grands électeurs » (les conseillers d’arrondissement).

Le système électoral de ces deux villes (ainsi que de Marseille) a toutefois ceci de distinctif que ceux qui élisent le maire sont eux-mêmes des élus (alors que les grands électeurs du système américain ne servent qu’à désigner le président), ce qui permet que la campagne ait bien lieu partout, car les « grands électeurs » potentiels ont un intérêt personnel direct à être désignés. Voilà peut-être ce qui pourrait constituer un début de piste pour réformer en douceur un système qui en a peut-être effectivement besoin.

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