Rentrée 2016 : Macron dans les starting blocks !

Emmanuel Macron au forum de Davos en janvier 2016 (Crédits : World Economic Forum, CC-BY-NC-SA 2.0)

Tout semble indiquer qu’Emmanuel Macron va se présenter aux élections présidentielles. Seulement, est-il prêt à proposer un programme foncièrement différent de ses concurrents à gauche ?

Par Nathalie MP.

Rentrée 2016 : Macron dans les starting blocks !
Emmanuel Macron au forum de Davos en janvier 2016 (Crédits : World Economic Forum, CC-BY-NC-SA 2.0)

Nos chers enfants reprennent l’école. Mais pour une Lilloise comme moi, la rentrée, la vraie, celle où l’on sent que maintenant on arrête de parler des vacances et on se met au travail, eh bien cette rentrée a toujours lieu après le week-end de la Braderie avec un B majuscule : 2,5 millions de visiteurs et 500 t de moules, qui dit mieux ? Mais bien que programmée pour les 3 et 4 septembre prochains, elle a été annulée pour cause de menace terroriste. Cette année, la Braderie n’aura pas lieu1. Quelle perte de repères ! 

La petite bombe Macron

Mais avant-hier, la léthargie du mois d’août a soudainement pris fin avec la matérialisation d’une petite bombe potentielle qu’on avait un peu oubliée et dont on ne sait comment notre exécutif compte la circonvenir ou l’entretenir : Emmanuel Macron, électron plus ou moins libre et clairement irritant du gouvernement, a fini par démissionner de son poste de ministre de l’Économie. La rentrée 2016 a bien eu lieu et c’est Emmanuel Macron qui a sifflé la fin des vacances !

J’ai parlé de bombe. Notre désormais ancien ministre de l’Économie a-t-il annoncé sa candidature à la présidence de la République ? A-t-il déclaré se présenter aux primaires de la gauche ou, plus audacieux, aux primaires de la droite ? Pas du tout.

À l’entendre, il démissionne par pur dévouement à l’engagement politique qu’il a formalisé en avril dernier en créant le mouvement « En marche ! » (rappel : même initiales qu’Emmanuel Macron). Il veut s’y consacrer entièrement et réserve toutes ses ambitions et toutes ses idées à l’avenir de la France :

« Je souhaite aujourd’hui continuer mon combat et construire un projet qui serve uniquement l’intérêt général. (…) Dès le mois de septembre, je présenterai le diagnostic de la France. »

Il appelle à nouveau toutes les personnes de bonne volonté à le rejoindre quelle que soit leur sensibilité politique. Il tient beaucoup à passer pour un homme d’ouverture, se disant « de gauche » tout en se disant « de droite », mais « de gauche » quand même :

DE GAUCHE : « Pour ma part, je suis (..) d’une gauche qui se confronte au réel, qui veut réformer le pays, qui croit dans la liberté précisément parce qu’elle construit la véritable égalité de tous. »

DE DROITE : « J’ai éprouvé sur le terrain que mes convictions étaient parfois (plus proches) d’une droite qui croit en l’Europe, au changement, au progressisme ».

S’il est fier de son travail accompli comme ministre et s’il affirme assumer sa présence à l’Élysée puis sa participation au gouvernement, il s’empresse cependant de s’en désolidariser en disant avoir « touché du doigt les limites de notre système politique qui pousse aux compromis et aux peurs. » Les compromis de Hollande, homme de la synthèse schizophrène, et les peurs de Valls, homme des interdits démocratiques ? C’est assez plausible. Toujours est-il que si l’on a des critiques à formuler à l’égard de son passage au gouvernement, si l’on trouve que son action est restée extrêmement timide, il tient à faire savoir qu’il n’est pas en cause. Il a été bridé et démissionne pour retrouver sa faculté d’agir sans limitation. Vidéo (02′ 07″) de sa conférence de presse :

Lors de son intervention télévisée au 20 h de TF1, le journaliste a essayé de tirer une indication sur une future candidature, mais n’a abouti à rien. Emmanuel Macron nous a servi le couplet bien connu sur les Français qui attendent des propositions, pas des noms :

« Les principales préoccupations des gens ne sont pas de savoir qui va se présenter ou à quelle couleur politique il appartient, mais ils se préoccupent surtout du contenu, des propositions. »

Emmanuel Macron n’est donc candidat à rien. Ses déclarations n’ajoutent rien à ce qu’on savait déjà sur lui (l’homme qui a peu fait et qui dit qu’il n’a pas dit ce qu’il a dit) ou sur son mouvement (bâtir un projet trans-partisan moderne et progressiste pour mettre la France en marche). Elles n’en sont que la répétition.

Le danger Macron sur l’échiquier politique

Et pourtant, sa démission, qui lui donne une nouvelle disponibilité, parait beaucoup plus significative, beaucoup plus troublante, beaucoup plus menaçante pour tout l’échiquier politique français, que les lancements présidentiels très officiels des Hamon, Montebourg ou Sarkozy réunis. La menace est inarticulée, et c’est justement cela qui en fait une menace : que compte faire Emmanuel Macron ? Personne n’en sait rien et tout le monde le redoute.

Dans le doute, les centristes de l’UDI, qui n’ont certainement rien à perdre, lui font déjà les yeux doux. Mais dans l’ensemble, cette nouvelle étape de la carrière d’Emmanuel Macron a été plutôt froidement accueillie au PS comme à droite. Il est taxé de déloyauté à l’égard de Hollande qui l’a intronisé en politique, ou au contraire d’être un rabatteur pour lui dans le but d’affaiblir la droite ; on lui reproche de copiner avec le Medef et de déserter le gouvernement au sein duquel il tenait un poste-clef ; pour Mélenchon, toujours en verve, sa démission est la preuve que « Hollande ne produit que des monstres politiques. »

Et on lui prédit des lendemains qui vont déchanter car il manque de tout ce qui permet de se faire élire et de gouverner : appareil politique ancré dans toute la France, vrai projet, financements, soutiens locaux, parrainages et 577 candidats députés sérieux pour avoir une majorité à l’Assemblée.

On ne peut pas dire non plus qu’il soit totalement nu, mais ses réseaux appartiennent essentiellement au monde des affaires estampillé à gauche et aux cercles rocardiens de la deuxième gauche. Si Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne, plutôt à droite, est en première ligne pour l’élaboration du programme, l’économiste Philippe Aghion qui avait soutenu François Hollande en 2012 fait aussi partie de son cercle rapproché.

Macron toujours social-démocrate

On en vient alors à se demander quelle peut bien être la nouveauté de son projet tant Emmanuel Macron se calque sur la social-démocratie la plus éculée. Et la plus conforme à la politique de François Hollande : ce dernier oscille en effet perpétuellement entre l’égalitarisation par la dépense publique d’un côté et la libéralisation par quelques petites tentatives législatives adoptées par 49.3 de l’autre, dont précisément la loi Macron sur les autocars et les auto-écoles. Or c’est exactement ce que revendique Emmanuel Macron quand il se dit d’une gauche « qui croit dans la liberté précisément parce qu’elle construit la véritable égalité de tous. » On pressent que les compromis qu’il reproche à Hollande seront aussi son lot.

Verdict final de Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État aux relations avec le Parlement :

« Emmanuel est un phénomène politique. Il est brillant et singulier, mais il a aussi un côté enfantin et arrogant qui peut le rendre imprudent. (…) (Il s’est laissé) griser par la bulle médiatique autour de lui. »

Le fait est qu’Emmanuel Macron n’a rien négligé du côté des médias qui « romancent » l’actualité et qui placent le débat politique au niveau de jolies photos souriantes sur fond de familles heureuses, épouses élégantes, manoirs rassurants et jardins bien arrosés, critères évidemment essentiels pour se décider à voter en faveur de tel ou tel.

Tous ceux qui auraient négligemment feuilleté un Paris Match pendant les vacances, celui du 11 août 2016 pour être précis, n’ont pu éviter de voir qu’il faisait à nouveau la couverture de cette publication rutilante en compagnie de sa femme.

Encore une idée de cette dernière ? On se rappellera qu’au moment du lancement de son mouvement, le couple Macron apparaissait déjà en Une de ce magazine, dans la plus classique tradition des hommes politiques soucieux de se faire connaître aux Français sous leur meilleur profil.

Pour quelqu’un qui prétendait faire de la politique autrement, c’était curieusement imaginé. Peut-être conscient que ce pas médiatique avait dévoilé beaucoup trop de choses sur ses intentions profondes, il avait admis une erreur dont il avait cherché à se dédouaner en attribuant galamment l’opération à l’activisme de sa femme.

Penser qu’il se serait fait avoir une seconde fois est complètement exclu. Tout ceci est parfaitement calculé et indique selon moi sans l’ombre d’un doute que c’est bien une élection présidentielle qui est visée. De ce fait, toutes les déclarations rapportées plus haut sur le mode « ce n’est pas moi qui importe, mais un vrai projet pour la France » me paraissent taillées dans un beau tissu d’hypocrisie cousu de fils bien voyants.

Paris Match nous montre donc Emmanuel Macron les pieds dans l’eau mais le torse couvert d’un polo tandis que sa femme est en maillot de bain. Que vient faire le polo dans cette partie de bain ? Il vient présidentialiser notre homme, tandis que la présence de sa femme épaule contre épaule avec lui sert à l’humaniser et à le créditer de sentiments humains durables particulièrement appréciés dans les chaumières.

Le titre associé à la photo reprend la même double idée tout en donnant du mouvement et de la décision à l’ensemble : « Vacances en amoureux avant l’offensive. » Macron n’est pas seulement un humain, il n’est pas seulement amoureux et en vacances, il s’organise en vue d’un combat dont il aura l’initiative.

On a tendance à considérer d’un œil distrait toutes ces gazettes people qui traquent perpétuellement les rich & famous pour nous tenir au courant des développements de leur vie amoureuse, mais il arrive que sous le sirop complaisamment répandu, les journalistes nous livrent parfois aussi quelques beaux indices. Volontairement ou non, mais sans avoir l’air d’y toucher, Paris Match nous informait dès le 11 août de la bombe qui s’annonçait et à laquelle personne ne voulait croire tant cette démission a été souvent annoncée et toujours démentie. Jusqu’à mardi dernier, où elle est devenue effective.

Il est difficile de savoir comment les choses vont tourner pour Emmanuel Macron. L’appartenance au gouvernement constituait clairement une entrave pour quelqu’un qui prétendait vouloir faire les choses différemment. Maintenant libre, il gagne en crédibilité et sa prise de risque peut lui valoir un retour d’estime. Mais on pourrait aussi analyser son départ comme la nécessité moins héroïque de s’éloigner de Hollande, celui qui lui a donné sa chance politique, mais qui sombre tous les jours un peu plus dans les sondages.

Se trouvant maintenant sans mandat ni pouvoir précis, il ne lui reste plus qu’à faire grandir son mouvement. Le fait qu’il n’ait pas annoncé de candidature peut laisser supposer qu’il entend tester son pouvoir de persuasion et voir dans quelle mesure il est capable de mobiliser des soutiens et des financements sans le titre de ministre.

Mais il me semble qu’après la création de son mouvement, après tout le soin médiatique qu’il met à l’entretenir et après sa démission du gouvernement, une non-candidature constituerait une reculade en rase campagne qui éteindrait pour toujours ses possibilités d’atteindre l’Élysée. L’offensive dont parlait Match ne peut être qu’une course présidentielle. Elle va se commencer en 2017, et lui fournira peut-être l’occasion, non pas d’être élu Président2 mais de devenir député. Puis elle se poursuivra et se réalisera peut-être en 2022 ou en 2027. Après tout, il n’a que 38 ans.

S’il réussit, il se sera montré à la fois plus pragmatique et plus coureur de fond que les libéraux au moins sur un point : il a décidé d’arriver au pouvoir, il se met en ordre de marche pour y arriver, et 10 ans, 20 ans après, ça arrivera peut-être, en tout cas avec une probabilité bien supérieure à celle de voir un candidat libéral y arriver en France.

Sur le web

  1. En fait, si, un petit peu quand même !
  2.  Le politologue Thomas Guénolé, qui le classe bien trop rapidement dans la famille libérale, lui accorde 5 % comme Madelin en 2002 (lequel avait réalisé un score de 4 %).