Oubliez Donald Trump, le problème c’est aussi Hillary Clinton [Replay]

Hillary Clinton en campagne pour les primaires démocrates de 2016 (Crédits : Peter Stevens, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Girouette aux positions jamais sincères, Hillary Clinton est, comme Donald Trump, un danger pour les États-Unis.

Par Nick Gillespie.
Un article de Reason.

Hillary Clinton en campagne pour les primaires démocrates de 2016 (Crédits : Peter Stevens, licence CC-BY 2.0), via Flickr.
Hillary Clinton en campagne pour les primaires démocrates de 2016 (Crédits : Peter Stevens, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Le moment le plus frappant du dernier débat entre les candidats à la primaire démocrate a été quand Hillary Clinton, la candidate probable du parti, est revenue tardivement sur le plateau après une interruption publicitaire. Alors que le modérateur du débat avait déjà commencé à poser à Bernie Sanders une question, la foule a éclaté en applaudissement, rendant inaudible la question. Hillary Clinton a fait ainsi une nouvelle fois preuve de sa maîtrise, réussissant à voler l’attention qui était sur son rival. Que son retard ait été calculé ou non, c’était du grand art.

Organisés par l’establishment du parti démocrate pour que leur impact soit aussi minime que possible, ces débats ne sont pas en mesure de donner aux votants potentiels une bonne idée des orientations ou des mesures prônées par chaque candidat. L’objectif de ces débats est de tester sa candidature, de prétendre qu’elle aura mérité sa nomination, et de neutraliser les nombreux avis négatifs que les Américains ont sur elle tout en lui laissant affiner la position idéologique idéale pour l’élection.

Malgré une présence au premier plan de la politique américaine depuis 25 ans, Hillary Clinton a travaillé dur pour non seulement se représenter aux électeurs (via des visites étranges chez Chipotle) mais surtout pour modifier ses prises de position en absorbant les revendications les plus populaires de Bernie Sanders.

Ainsi, alors qu’elle était farouchement opposée au mariage gay, elle a tourné casaque quand il s’est avéré qu’une telle position était intenable dans les États-Unis d’aujourd’hui. Un retournement clairement politique, de façon encore plus visible que Barack Obama lors de la période électorale de 2012. De même, autrefois libre-échangiste et épouse d’un président qui valida l’ALENA, Clinton s’est mise à critiquer farouchement l’accord de partenariat transpacifique pour lequel elle avait pourtant fait du lobbying en tant que Secretary of State (NdT : ministre des Affaires étrangères). Elle a pris un temps suspicieusement long à se décider sur sa position concernant le projet d’oléoduc Keystone XL, ce qui souligne à quel point tout est calculé chez elle. En 1996, dans It Takes a Village, Clinton était en faveur des charter schools et du libre choix des parents de l’école de leur enfant. Sentant le besoin de gagner le soutien des syndicats, elle a changé de refrain ces derniers jours.

Alors qu’elle était virulente dans ses attaques contre les immigrés illégaux, allant jusqu’à vouloir les priver de permis de conduire, elle est maintenant en faveur d’une amnistie complète là où le parti républicain est lui passé en mode 100% restrictif. Alors qu’elle défendait farouchement le programme TARP et les plans de sauvetage de Wall Street, la voici partisane de laisser les banques faire faillite. Elle essaie dans le même temps de faire oublier son propre bilan d’interventionnisme militaire en politique étrangère tout en exprimant des différences négligeables avec la politique étrangère de Barack Obama.

Comme les présidents Bush (père et fils) et Obama, Clinton ne peut imaginer un monde dans lequel les États-Unis ne jouent pas le rôle de gendarme planétaire. « Si les États-Unis ne dirigent pas, personne n’est là pour s’en charger. C’est un vide sidéral », a-t-elle ainsi déclaré lors d’une discussion sur l’État islamique, la Syrie et l’Irak. Petite question, pour madame Clinton comme pour tous les candidats républicains à l’exception de Rand Paul : les conflits du Moyen-Orient sont-ils vraiment surtout dus à un manque d’implication des États-Unis dans la région depuis 10, 20 ou 30 ans ?

Alors qu’elle a entre 20 et 30% d’avance sur ses rivaux dans la primaire démocrate, Hillary Clinton a, avec sagesse, passé la majeure partie des débats, non pas à répondre à Bernie Sanders ou à Martin O’Malley, mais à souligner ses différences avec les candidats républicains. De manière ciblée et répétée, c’est à Donald Trump, en tête dans la primaire républicaine, qu’elle s’en est pris. Dans son discours d’ouverture, elle a déclaré : « à mon avis, il faut empêcher les républicains de faire machine arrière sur les progrès que nous avons accomplis. Ils veulent annuler l’Affordable Care Act (NdT : Obamacare) et non pas l’améliorer. Ils veulent baisser les impôts des super-riches et des entreprises, pas ceux de la classe moyenne. Et, malgré leurs grands discours sur le terrorisme, ils veulent laisser les personnes en no-fly list acheter des armes. »

Certaines de ses propositions sont plus populaires que d’autres mais elles visent toutes une base d’électeurs démocrates qui a bien réagi aux propositions populistes d’un Bernie Sanders. En s’attaquant directement à Donald Trump, Hillary Clinton résume le camp républicain à celui-ci et pose l’élection présidentielle comme un choix entre des réactionnaires rétrogrades qui divisent et attaquent (eux) et une progressiste modérée armée de décennies d’expérience (elle). « M. Trump est très fort pour utiliser les fanfaronnades et la bigoterie pour exciter les gens et faire croire qu’il y a des réponses simples à des questions complexes », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter qu’elle s’inquiète « grandement de la rhétorique des Républicains, en particulier celle de Donald Trump. »

dessin politique125 - Hillary Clinton Donald TrumpLes sondages aussi tôt dans l’élection ne servent quasiment à rien, mais il est intéressant de souligner que Trump est l’un des seuls Républicains qui aurait de mauvais résultats face à Hillary Clinton dans l’hypothèse d’un duel. Personne ne l’a compris mieux que Clinton et, si elle n’arrive pas à l’avoir en opposant, elle veut assurément que les électeurs soient convaincus que le Parti Républicain est sous son influence idéologique.

Mais cela pourrait ne pas suffire à la faire gagner, même en l’absence de candidat sérieux en face. 60% des Américains estiment qu’elle n’est pas « honnête et de confiance », et ses changements d’avis des derniers mois en direction de Bernie Sanders ne vont pas l’aider sur ce plan.

De même que ses postures comme sa conclusion théâtrale du dernier débat : « Que la force soit avec vous », a-t-elle déclaré. Venant de quelqu’un qui ne semble pas avoir le début du commencement d’un lien avec la culture pop américaine et encore moins avec la réalité du quotidien (souvenez-vous quand elle avait déclaré être « complètement fauchée » lorsqu’elle avait quitté la Maison Blanche avec Bill Clinton), cela ressemble à une blague de grand-mère particulièrement mal calibrée.

D’un point de vue libéral, Hillary Clinton est une mauvaise candidate, pas uniquement pour cette élection mais pour n’importe quelle élection. Comme Secretary of State, elle est responsable d’échecs de politique étrangère particulièrement horribles, et refuse de céder dans sa volonté de restreindre le 1er amendement sur la liberté d’expression. Nonobstant ses nouvelles pirouettes sur le sujet, elle a de manière quasi systématique soutenu les grandes banques de Wall Street au lieu de laisser le marché séparer gagnants et perdants. Elle n’a jamais été l’amie des libertés individuelles, soutenant la surveillance étatique des citoyens et l’excès de pouvoir au service de la guerre contre le terrorisme, contre la drogue, etc.

Il est probable que la présidentielle de 2016 soit un choix entre la peste et le choléra pour les électeurs, choix dans lequel les militants tenteront de convaincre les votants que leur candidat est moins pire. C’est au moins ça de gagné que le résultat des primaires démocrates soit acquis d’avance : il faudra du temps pour réussir à trouver le moins mauvais des candidats pour le bureau ovale…

Sur le web – Traduction Alexis Vintray