Le libre-échange fait consensus, par-delà les idéologies

Qu’on se le dise, les bienfaits du libre-échange sont appuyés par la science et il s’agit d’un consensus au sein de la profession économique. Toute autre position découle d’un parti pris sans fondement scientifique et factuel.

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Le libre-échange fait consensus, par-delà les idéologies

Publié le 20 juillet 2016
- A +

Par Mathieu Bédard.
Un article de l’Institut économique de Montréal

Le libre échange est-il une idéologie ?
By: Lord JimCC BY 2.0

Dans un éditorial du Devoir, Antoine Robitaille parle de l’ère post-factuelle, c’est-à-dire le fait qu’on voit de plus en plus de mouvements qui refusent de croire des faits établis. Le meilleur exemple est Donald Trump, qui ment ouvertement au sujet des chiffres du chômage. Ou encore, dans le récent référendum au Royaume-Uni les deux camps ont par moment ouvertement tourné le dos aux faits pour tenir des discours purement émotifs.

L’article nous met toutefois en garde contre la tendance à abuser de l’argument d’autorité de « la science ». C’est un rappel à l’ordre utile, à une époque où trop souvent le journalisme scientifique rapporte les faits d’une seule étude au lieu de faire des recensions de nombreux rapports scientifiques, en oubliant ou en mésinterprétant par exemple les subtilités statistiques liées à l’intervalle de confiance.

Pour porter un jugement sur une théorie, il faut un débat entre scientifiques. Quand les arguments et théories qui s’opposent s’entrechoquent, sont soumis au scrutin de la communauté scientifique pendant une certaine période, il finit par émerger une vérité scientifique affranchie des opinions personnelles et autres partis pris.

Dans son éditorial, le journaliste du Devoir donne l’exemple du libre-échange, un politicien ayant récemment comparé les opposants à la mondialisation aux climato-sceptiques. Le journaliste semble y voir un exemple de cet appel à la science injustifié qui « pourrait rapidement devenir un argument rhétorique passe-partout pour diaboliser l’adversaire ». La mise en garde est tout à fait justifiée, d’autant plus que les politiciens n’ont jamais été garants de la science, mais l’exemple est bien mal choisi.

Consensus sur le libre-échange

Il existe parmi les économistes un véritable consensus au sujet des vertus du libre-échange. Un sondage mené au sein de l’American Economic Association, l’association d’économistes universitaires la plus prestigieuse au monde, réalisé en 1990, 2000 et 2011 démontre, avec respectivement 95%, 94% et 95% des répondants soutenant que le protectionnisme réduit le bien-être économique. Il y a un consensus au sujet du libre-échange et il est stable.

La réplique trop souvent donnée aux consensus en économie est un certain relativisme. « L’économie n’est pas une science », peut-on souvent lire. On en appelle à la vieille blague, comme quoi si on demande l’avis de trois économistes on obtiendra trois réponses différentes. Certains économistes ajoutent eux-mêmes à cette blague que si l’un des trois économistes interrogé est Keynes, vous obtiendriez cinq avis divergents.

Mais bien qu’il subsiste des débats sur certaines grandes questions techniques, tout comme il en reste en médecine ou en physique, les économistes sont très largement d’accord sur tout un tas de sujets fondamentaux. Le consensus sur le libre-échange en est un exemple. Milton Friedman, John Maynard Keynes et Karl Marx, par exemple, étaient tous d’accord quant aux vertus du libre-échange.

Qu’on se le dise, les bienfaits du libre-échange sont appuyés par la science et il s’agit d’un consensus au sein de la profession économique. Toute autre position découle d’un parti pris sans fondement scientifique et factuel.

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  • « Qu’on se le dise, les bienfaits du libre-échange sont appuyés par la science et il s’agit d’un consensus au sein de la profession économique. Toute autre position découle d’un parti pris sans fondement scientifique et factuel ».
    Tout est dit dans cette phrase… Une science ne peut être science que si elle peut être réfutable (Karl popper qui n’est pas marxiste!). Dire le contraire c’est déjà être dans le dogme.

    • Karl Popper ne dit pas juste qu’une théorie est scientifique parce que un quelconque pékin ou même un scientifique dit le contraire mais parce qu’on a déjà la possibilité de construire une contre argumentation.

      L’astrologie par exemple n’est pas scientifique essentiellement parce que ne présentant pas une explication de ses affirmations. L’astrologue peut dire que si Jupiter est a telle place cela va avoir tel effet mais comme il ne me dit pas pourquoi (théorie scientifique) je ne peux démonter son affirmation. Je peux dire que c’est n’importnaouak mais pas contre argumenter.

      Ce qui implique qu’une théorie scientifique peut être fausse car à un moment ou un autre contre-argumentée.
      Qu’une théorie non scientifique (astrologie) pourrait être à la limite vrai mais non scientifique car non attaquable.

      • En fait, Karl Popper ne dit pas ça… Il dit qu’une théorie est scientifique si elle est falsifiable, c’est-à-dire si un fait (empirique) peut potentiellement l’invalider. Une théorie est scientifique si elle produit des énoncés qui peuvent se soumettre à un test empirique. Si le test est conforme à la théorie, alors celle-ci n’est que corroborée (elle n’est pas prouvée, on ne pourra jamais prouver une théorie), et sinon cela signifie que la théorie est fausse et doit donc être remplacée par une autre.

        Mais cela n’a rien à voir avec l’explication des affirmations de la théorie. Popper s’inscrit dans un courant de pensée dans lequel le but de la science n’est pas d’expliquer (d’ailleurs, quel sens donner à ce mot ? en quoi l’attraction gravitationnelle explique la chute des corps ? ne faudrait-il pas aussi expliquer l’attraction gravitationnelle ? et expliquer l’explication de l’attraction gravitationnelle ? etc.) mais d’être confrontée à l’expérience.

        On pourrait même dire que l’astrologie fournit de très bonnes explications (elle lie les phénomènes de la vie quotidienne avec la position des planètes), le véritable problème est qu’elle n’est pas falsifiable. Car si la prédiction d’un astrologue est démentie par les faits, un poppérien strict dirait qu’il faut simplement abandonner l’astrologie, tandis que l’astrologue va invoquer d’autres raisons, d’autres explications (qui possèdent une certaine cohérence) pour faire coïncider a posteriori son discours aux faits.

        En conséquent, je rejoins la position de tigrou777 : si l’on s’en tient aux idées de Popper, ce n’est pas par un quelconque consensus des économistes que l’on devrait défendre le libre-échange (il doit d’ailleurs y avoir un consensus des astrologues sur le fait que leur savoir-faire est efficace), ni en assénant que toute autre position est sans fondement scientifique. Au contraire, on devrait produire des énoncés qui, s’ils s’avéraient contraire aux faits, conduiraient à l’abandon du libre-échange : c’est au seul prix de cette prise de risque que la supériorité du libre-échange obtiendrait, selon Popper, l’étiquette de la scientificité que l’auteur de l’article revendique.

        • Au delà du concept de science, affirmer cette non-refutabilité pose un autre problème : le principal attrait du libéralisme, c’est qu’il laisse place à toutes les idées, tous les échanges, politiques, économiques… C’est difficile à défendre si on part du principe qu’UNE seule conception de l’échange est supérieure à toute autre.

  • oui c est pour cela que l on s approche a grands pas d une 3 eme WW..

  • Le libre échange n’est que la modalité la plus réussie, dans la période actuelle , d’établissement de la confiance; réel moteur irrationnel de la pseudo-science économique.
    Au Xeme siècle, c’était bâtir des cathédrales…

  • Commencez par définir le libre-échange, qu’est ce qui est le libre-échange et et qu’est ce qui n’est pas le libre-échange. Est ce encore du libre-échange s’il faut un traité pour l’encadrer. Peut on encore parler de Libre-échange quand les produits échangés sont largement subventionnés…
    Là où l’on nous montre du Libre-Echange, en réalité c’est autre-chose, reste à le définir correctement.

    • En fait le libre-échange est simplement le libre échange. Vous pouvez acheter et vendre des services et des biens de votre choix à des gens de votre choix. On ne vous impose pas un acheteur (l’Etat par exemple), on ne vous interdit pas de vendre, ni directement ni indirectement par des tarifs douaniers prohibitifs ou des réglementations absconses.
      Par ailleurs, le libre-échange n’est pas l’absence de normes. Il nécessite que soit garanti et protégé le droit de propriété. Dans le monde réel, il est aussi renforcé par des traités par lesquels les Etats s’engagent essentiellement à s’abstenir d’actions qui empêchent ou rendent plus difficile le libre-échange de biens et de services. Donc oui, même s’il y a des traités c’est encore du libre-échange.
      Quant aux subventions, elles ont effectivement un effet délétère sur le libre-échange, semblable aux tarifs douaniers (plutôt que de désavantager X en le taxant on avantage Y en le subventionnant, ce qui a grosso modo les mêmes effets).

  • The science is settled !

  • A quoi sert ce genre d’article au juste?

  • le libre échange…on le demande lorsque des lois empêchent de gagner du pognon, c’est comme interdire la bombe quand on veut attaquer un pays ou continuer a dominer…
    le libre échange…est toujours demandé lorsque l’on domine quelque soit les moyens utilisés pour dominer…rien de libéral la dedans….normal qu ‘un pays comme les USA le demande, normal qu’on lui refuse ce « droit » !

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En 2003, Julien Sanchez écrivait :

"Les partisans du libre-échange sont piégés dans une version de politique publique du Jour de la marmotte, obligés de réfuter les mêmes arguments fallacieux encore et encore, décennie après décennie."

Une autre décennie s'est écoulée depuis, et le point de vue de Sanchez est tout aussi pertinent.

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