La tyrannie de l’impudeur, d’Ivan Rioufol

Un essai d’Ivan Rioufol salutaire, plein d’une profondeur rafraîchissante, qui nous sort d’une médiocrité ambiante à laquelle on finit par s’accoutumer si on n’y prend garde.

Après La dictature de la transparence, présenté ici il y a quelques jours, et un peu sur le même thème, un petit essai intéressant de 2000 d’Ivan Rioufol, sur la tyrannie de l’impudeur, tout à fait dans le ton de notre époque.

 Par Johan Rivalland.

En cette époque caractérisée parfois par le paraître, l’affichage sans limite de sa vie privée et un certain manque de pudeur, voici un petit livre qui mérite de ressortir de l’oubli dans lequel il est sans doute tombé.

Le règne des apparences et de la spontanéité glorifiée

La tyrannie de l'impudeur ivan rioufolUn petit ouvrage court, mais puissant. Un cri de révolte contre la tyrannie de l’impudeur sous toutes ses formes.

De l’exhibition à l’amour exagéré de soi-même et au besoin de paraître, en passant par le manque de discrétion, voire de modestie, sous toutes leurs formes, l’auteur passe en revue les multiples occasions de s’insurger contre des dérives qui se retrouvent aujourd’hui à tous les échelons de la société, allant jusqu’à imposer leurs lois.

La société actuelle souffre ainsi des affres du manque de retenue, de l’insolence, de l’impatience ou du manque d’humilité, pour préférer le règne des apparences, de la médiacratie, de la spontanéité et de l’outrance.

C’est ainsi que la légèreté, la grossièreté, la provocation et le superficiel remplacent la retenue, l’humilité, l’interrogation et la réflexion pour préférer la recherche du plaisir immédiat, l’excès, le culte du corps et en définitive… l’imposture.

Plus de place au doute, à la modestie et au désintéressement. L’anecdotique, l’égocentrique et le prétentieux règnent en maître. Le minimalisme est promu au rang de création dans le domaine des arts, même s’il ne met en avant que des éléments qui pourraient être jugés futiles, voire vulgaires.

Et Ivan Roufiol passe en revue l’ensemble des causes qui, de l’école à la vie de tous les jours, ont fondé, depuis le tournant de 1968, le culte du «Tout se vaut » et celui de la transparence, au mépris de la profondeur, une société où fausse pudeur et désinvolture se renforcent mutuellement pour combiner leurs effets ravageurs et contribuer ainsi à décrédibiliser toujours davantage la recherche de la vérité, en relativisant tout. Effets d’annonce, égalitarisme et sur-dimensionnement de l’ego encensent la médiocrité et découragent la créativité.

Le besoin de sens

Cependant, dans la troisième et dernière partie de l’ouvrage, l’auteur lance un message d’espoir, affirmant que le manque de repères, de modèles et de vision induisent un besoin de sens, d’explication, que la redécouverte des valeurs, du respect, de la modestie et de l’effort jusque là décriés devraient permettre de retrouver. Un éloge de la lenteur, de l’attente, de la patience, de la morale et des convictions, que les intellectuels sont de plus en plus nombreux à tenter de réhabiliter, devant la révolte qui se prépare contre le jeunisme, le spectacle permanent et toutes les superficialités qui prédominent à l’excès.

Un essai salutaire, nullement « réactionnaire », au sens que lui donnent les bien-pensants. Au contraire, plein d’une profondeur rafraîchissante, qui nous sort d’une médiocrité ambiante à laquelle on finit par s’accoutumer si l’on n’y prend garde.