L’école républicaine va-t-elle disparaître ?

Et si l'implosion de l'école républicaine pouvait être évitée ? Et si l’élection présidentielle de 2017, contrairement à celle de 2012, était l’occasion d’une aube nouvelle pour l’École française ?

Par Vincent Feré.
Un article de Trop Libre

L'école républicaine va-t-elle disparaître ?
By: Najat Vallaud-BelkacemCC BY 2.0

Les commentaires récurrents et prévisibles sur les résultats du baccalauréat témoignent chaque été de la crise toujours plus profonde du système d’enseignement français. Cette année la polémique a même commencé avant leur parution.

Dans un entretien publié par Figaro vox le 24 juin dernier, la philosophe Bérénice Levet a, après d’autres, établi l’acte de décès de l’enseignement français : « l’École républicaine a implosé, elle n’est plus ». Ce qu’il en reste a-t-elle ajouté « vivote, maintenu, sans conviction, dans un entre-deux crépusculaire ».

Et si le pire n’était pas toujours sûr ? Et si l’élection présidentielle de 2017, contrairement à celle de 2012, était l’occasion d’une aube nouvelle pour l’École française ?

Un constat d’échec unanime

Madame Vallaud-Belkacem a eu beau déclarer plaisamment le 13 juin dernier : « la sélection à l’université existe. Elle porte le nom de bac », plus personne n’est dupe. La droite n’est pas seule pour constater que l’examen sanctionnant la fin de l’enseignement secondaire n’atteste pas nécessairement d’un niveau suffisant pour poursuivre avec succès des études supérieures. Ainsi, dans une note d’analyse  du 9 mai 2016 — « 2017/2027, quelles priorités éducatives ? » —, France stratégie1 relève que « les enseignements tels qu’ils sont dispensés aujourd’hui préparent mal de nombreux élèves aux études supérieures et à l’insertion professionnelle ».

Et deux jours après la déclaration de la ministre, un rapport de Terra Nova — « Comment sauver le bac ? » — publiait une étude de l’inspection générale de 2011 relevant qu’en 2010 25,1% (série S) et 46,6% (série L) des bacheliers avaient obtenu leur diplôme avec une note inférieure à 10 dans deux des trois disciplines les plus caractéristiques de leur série. L’échec de l’enseignement secondaire prépare donc celui des étudiants dans le supérieur. On s’en doutait.

Sans surprise non plus, celui du secondaire trouve sa source dans le primaire. En dépit du renforcement de l’éducation prioritaire voulu par le gouvernement pour une École plus juste, le constat récent de la DEPP2 est accablant et confirme le diagnostic de l’OCDE à travers son enquête triennale PISA : le système français d’enseignement se situe parmi les plus inégalitaires : « à la fin de l’école primaire, près de 20% des élèves n’ont pas les bases suffisantes en français ; ils sont environ 30 % dans le cas des mathématiques et en science ».

Entre enfants de milieu favorisé et enfants d’origine défavorisée, c’est le grand écart 3. Au même moment une note d’analyse de France stratégie du 10 juin 2016 — « L’éducation peut-elle favoriser la croissance ? » — avance qu’avec des inégalités scolaires ramenées au niveau de celles de l’Allemagne, la France gagnerait « 11,5 milliards d’euros (bruts) en PIB annuels entre 2015 et 2050 » !

Il y a donc urgence à agir et pour cela, à droite comme à gauche, à lever certaines ambiguïtés.

Ambiguïtés politiques

Dans la perspective de l’élection présidentielle, la droite comme la gauche semblent, en matière d’École, se contenter d’un électoralisme prudent, peu à la hauteur des enjeux.

Les Républicains s’appuient sur l’hostilité du corps enseignant envers la réforme des collèges et, par l’intermédiaire de leur président, entendent réaffirmer la place des professeurs dans la transmission des connaissances et le respect dû à leur autorité. Prenant le contre-pied de la célèbre formule de Claude Allègre — « placer l’enfant au cœur du système éducatif » —, Nicolas Sarkozy écrit ainsi : « l’École de la République, c’est une École dont le professeur, le savoir qu’il dispense et l’autorité qu’il incarne forment les seuls piliers et pour tout dire le centre »4.

L’ambiguïté n’est toutefois pas levée puisque si selon Nicolas Sarkozy les enseignants du second degré « ne sont pas des éducateurs mais des professeurs et des maîtres », « leur présence dans les établissements ne peut plus se limiter aux seules heures de cours ». Ils ont donc d’autres tâches que l’enseignement, renvoyant à d’autres missions de l’École, mais le président des Républicains n’en dit rien.

Quant à la gauche, elle s’est récemment lancée dans une opération de reconquête du corps enseignant, sur fond d’augmentations de salaires. Seulement la déclinaison du protocole PPCR – parcours professionnels, carrières et rémunérations – ne s’accompagne d’aucune réforme sérieuse de pilotage du système. Et pourtant la note de France stratégie du 9 mai 2016 précise bien : « un effort pécuniaire supplémentaire pour l’éducation ne saurait améliorer nos résultats sans une évolution des contenus et des modalités de l’enseignement, tout comme de l’organisation et la gouvernance du système éducatif ».

Autre sujet sensible : l’autonomie. À droite comme à gauche, des voix plaident pour davantage de libertés dans le fonctionnement de l’École. Mais électoralisme oblige, le gouvernement entend poser des règles de contrôle plus strictes d’ouverture des écoles hors contrat, relayant une proposition de loi du député républicain Éric Ciotti.

Qui peut dire que ces ambiguïtés politiques sont au niveau des défis de l’avenir ?

En 2017, sortir de « l’entre-deux crépusculaire »

Après des années d’errements et de vaines querelles idéologiques, l’École française mérite mieux qu’une instrumentalisation électorale grossière. Qu’il faille rétablir l’autorité des professeurs, améliorer leurs rémunérations et lutter contre les foyers de radicalisation islamiste, nul n’en disconviendra. Mais l’électoralisme à courte vue ne peut être qu’une source de déconvenues pour tous les acteurs du système, et finalement pour l’ensemble des citoyens. 2012 l’a bien montré.

L’École française mérite également beaucoup mieux qu’un simple constat de décès. Elle ne peut pas non plus continuer de « vivoter dans un entre-deux crépusculaire ».  Dans le domaine de l’École, comme dans bien d’autres, la France est donc à l’heure des choix : la campagne électorale à venir doit permettre de les proposer et il appartient ensuite aux politiques de les assumer, au risque de découvrir des convergences au-delà des postures politiciennes.

Un préalable toutefois : la question du sens depuis trop longtemps oubliée. Bérénice Levet le dit fort bien : « si le mot de refondation a un sens, il implique de s’interroger sur les bases, les fondements de l’École et donc ses finalités. Il conviendrait de toute urgence d’instaurer des états généraux de l’École. Une seule question devrait aujourd’hui nous requérir : pour quoi l’École ? L’École pour quoi faire ? »

Sur le web

  1.  France stratégie est un organisme de réflexion, d’expertise et de concertation placé sous l’autorité du Premier ministre.
  2.  La DEPP est la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de l’éducation nationale.
  3.  Le Monde du 23 juin 2016.
  4. Figaro vox du 5 avril 2016.