Djibouti : un gouvernement contre le chômage ?

Djibouti : un gouvernement contre le chômage ? By: Francisco Anzola - CC BY 2.0

Ismaïl Omar Guelleh a déclaré que le premier ennemi de son gouvernement était le chômage. Seulement, ce combat ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt d’une situation économique catastrophique.

Réinvesti pour un quatrième mandat consécutif à la tête de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) vient de former un gouvernement « de combat » dont l’ennemi numéro 1 serait le chômage. Un arbre qui cache la forêt tant la situation économique du pays est critique.

Par Paul Laroche.

Djibouti : un gouvernement contre le chômage ?
Djibouti : un gouvernement contre le chômage ? By: Francisco AnzolaCC BY 2.0

Chômage : ennemi affiché du nouveau gouvernement

Réélu à 86 % des voix, IOG entamait le 8 mai dernier son quatrième mandat consécutif. Le 11 mai, il publiait le décret de nomination du nouveau gouvernement. « C’est un gouvernement de combat, composé de techniciens plutôt que de politiciens. Ils sont jeunes et proches du terrain », affirme Abdoulkader Kamil Mohamed, qui demeure Premier ministre. L’ennemi désigné : le chômage. Malgré une croissance de près de 6 %, les deux tiers de la population sont en effet sans emploi. Une économie uniquement centrée sur les services, très dépendante de l’étranger, ainsi que les disparités géographiques y sont pour beaucoup. Djibouti se caractérise par une très forte concentration urbaine, près de 70 % de la population vivant à Djibouti ville. Or le chômage y est endémique.

Les populations demeurées dans les campagnes ne connaissent pas un meilleur sort, les pénuries alimentaires ponctuant la vie des communautés rurales. Une urgence sanitaire et sociale à laquelle peine à réagir le gouvernement dans la mesure où le pays est pauvre en ressources naturelles et dispose d’une faible force agricole. La Corne de l’Afrique traverse actuellement la pire vague de sécheresse depuis cinquante ans. Selon les Nations Unies, 19,5 millions de personnes risquent de sombrer dans une insécurité alimentaire critique. Résultat, à Djibouti, le taux de pauvreté relatif atteint 80 % de la population et un quart au moins d’entre elle vit dans une situation d’extrême pauvreté.

Djibouti bradé aux Chinois ?

La Banque africaine de développement a mis IOG en garde, à plusieurs reprises, sur le manque de diversification économique qui empêche toute une partie de la population de sortir de la pauvreté. Par ailleurs, l’endettement public atteint 83,3 % du PIB et la dépendance à l’égard de l’étranger devient de plus en plus dangereuse. Selon le FMI, la dette extérieure de Djibouti devrait atteindre 81 % du PIB en 2017-2018. Pour répondre à sa volonté de transformer son pays en petit Singapour, IOG n’a pas hésité à dépenser sans compter en finançant les projets d’infrastructure à la chaîne. Cette politique expansionniste n’a été rendue possible que grâce aux crédits chinois, à tel point que IOG a été accusé de brader Djibouti à Pékin.

Cet allié de taille n’hésite donc plus à s’immiscer dans les affaires du pays et a d’ailleurs financé une partie de la campagne d’IOG, s’assurant ainsi un nouveau levier pour faire pression sur le gouvernement, notamment après que les critiques adressées à Djibouti quant aux retards répétés dans les remboursements des crédits chinois. La dépendance à l’égard d’investisseurs étrangers n’apparaît de toute façon pas comme la solution contre le chômage. D’une part, elle fait peser le risque d’un blocage des projets en cas de ralentissement de l’économie chinoise. Par ailleurs, l’incitation à l’investissement étranger, si elle paraît à première vue judicieuse pour stimuler le marché du travail, se révèle en réalité un leurre : les créations d’emplois ont surtout bénéficié aux travailleurs expatriés.

Les vraies intentions d’IOG

Quel plan de bataille prévoit le nouveau gouvernement ? Aucune piste n’a encore été dévoilée mais le chef de l’État a affirmé sa détermination de sortir sa population du chômage. Vu l’économie chancelante du pays, c’est l’arbre qui cache la forêt. Les priorités d’IOG semblent être ailleurs. Le chef de l’État n’a pas hésité à engager 90 millions de fonds publics dans la poursuite de ses opposants. Les quatre ans de procédures acharnées contre Abdourahman Boreh n’auront mené à rien d’autre qu’à la condamnation des autorités poursuivantes djiboutiennes pour falsification de preuves dans un procès considéré par le juge britannique saisi lui-même comme étant « motivé politiquement ». Ce n’est pas un fait isolé et IOG est connu pour son autoritarisme et sa volonté de museler l’opposition.

Il a notamment sommé Facebook de lui communiquer le nom d’internautes qui l’avaient critiqué sur le réseau social. Il s’est également engagé dans une nouvelle bataille judiciaire, impliquant des millions de dollars, contre une nouvelle chaîne de télévision financée par l’opposition et établie à Londres. Un acharnement judiciaire qui laisse penser que ce quatrième mandat sera lui aussi émaillé de poursuites contre les opposants.

Alors que le pays s’enlise dans l’endettement et que des mesures de restrictions budgétaires devraient être sérieusement envisagées, le chef de l’État multiplie les dépenses en suivant son propre agenda. Le nouveau gouvernement d’IOG, pourtant prometteur, semble avoir placé ses objectifs ailleurs malgré les ambitions affichées de lutter contre le chômage.