Que cache le « discours responsable » d’Alain Juppé ?

Publié Par Jacques Garello, le dans Politique

Par Jacques Garello.

Parmi les candidats à la primaire de novembre, il en est un qui se voit déjà à l’Élysée, c’est Alain Juppé. Il n’a pas tort, puisqu’il caracole en tête de tous les sondages. C’est ce qui l’amène, dit-il, à tenir un discours qui se veut « responsable ».

Veut-il dénoncer l’irresponsabilité de concurrents réels ou potentiels ? Il est vrai que la démagogie est l’arme préférée de plusieurs candidats, déclarés ou non. Mais je penche hélas pour une autre lecture : la responsabilité, c’est l’alibi de la peur au ventre, de la sclérose politique. Je crains qu’à l’approche de 2017 d’autres candidats contractent à leur tour la même maladie. Le libéralisme risquerait alors de nous passer sous le nez.

Deux changements décisifs

Je me suis donc fait un devoir de suivre l’émission Vérité politique proposée par TF1. Comme c’était normal, le premier invité de cette première émission a été Alain Juppé, le deuxième sera en juillet Manuel Valls. Madame Agnès Verdier-Molinié, présidente de l’IFRAP, a eu le privilège d’interroger le candidat sur son programme économique. Elle l’a fait à sa manière, qui n’est pas la meilleure –elle avait été pourtant présentée par Gilles Bouleau comme libérale. Mais ses excès même ont permis de mieux mesurer la responsabilité d’Alain Juppé à propos de deux changements décisifs :

  1. La réduction de la charge fiscale des entreprises : en « faisant tourner ses ordinateurs », l’IFRAP aurait chiffré à quelques 250 milliards d’euros l’écart entre les prélèvements subis en France et en Allemagne, alors qu’Alain Juppé se limite à une réduction des dépenses publiques de 100 milliards, et veut en rester à 26 milliards d’allègements.
  2. La réduction du nombre de personnes bénéficiant du statut de la fonction publique : 4,9 millions en France contre 900.000 en Angleterre. Dans le programme Juppé, on se contenterait de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Sur le premier point, Alain Juppé s’est gentiment amusé d’une politique qui serait guidée par la seule considération de ce que diraient des « ordinateurs que l’on fait tourner » : argumentation facile. Mais la dame, sortant enfin de ses chiffres pour se référer à la logique économique, a fait remarquer qu’une baisse des prélèvements libérerait l’innovation et la croissance des entreprises et de leur produit, ce qui accroîtrait rapidement les recettes fiscales. Elle évoquait ainsi les bienfaits (incalculables !) de la dynamique de la libération.

Sur le deuxième point, la position d’Alain Juppé a été plus directe et radicale : toucher au statut de la fonction publique, c’est mettre le pays à feu et à sang. Fin de la discussion, mais aussi syndrome de la peur au ventre et électoralisme au premier degré. Le candidat s’adresse aux électeurs de droite et du centre qui refusent le saut dans l’inconnu, qu’il s’agisse du populisme ou du libéralisme (le socialisme n’étant plus dans la course pour l’instant), mais aussi aux électeurs de gauche qui craignent un chambardement de nature à menacer leurs privilèges et leurs subventions. Être responsable c’est donc rassurer tout le monde en promettant que rien ne sera réellement changé, c’est s’engager sur ce qui est possible, sans se soucier de ce qui serait souhaitable.

Deux enseignements à tirer

Juppé rené le honzecJe tire de cette première rencontre avec Alain Juppé deux enseignements. Le premier, c’est que le débat est désormais engagé entre ceux qui vont oser porter un projet novateur et ceux qui vont sauvegarder le système actuel, au prix de quelques amendements. À ce jour, d’après ce que j’ai lu et ce qui s’est dit, seuls Hervé Mariton et François Fillon ont fait dans l’innovation ; on verra l’évolution au fil des rencontres auxquelles les libéraux convient les candidats.

Le deuxième enseignement c’est qu’un programme doit se situer entre deux écueils : d’une part, celui des calculs macro-économiques, de l’illusoire pointillisme et, d’autre part, celui des grandes pétitions de principes. En évoquant la liberté, l’égalité et la fraternité, en déplorant la fracture sociale et le dynamisme des entrepreneurs et des salariés, en plaidant pour l’équilibre entre trop d’Islam et pas assez, entre trop d’Europe et pas assez, en rappelant que la nation est diversité et unité, Alain Juppé se présente comme responsable et peut séduire un public élargi. Qui ne serait pas d’accord avec lui ? Mais précisément c’est entre les deux écueils du pointillisme technocratique et du truisme grandiloquent que doit se situer un projet de société.

Le projet libéral représente encore, aux yeux de beaucoup de Français, un véritable séisme. Certes la rupture avec le socialisme et l’étatisme serait soudaine et totale. Mais elle n’est pas utopique, puisque d’autres pays, d’autres gouvernants l’ont réussie. En revanche, pour avoir choisi la modération et la responsabilité, les libéraux français grands vainqueurs des élections de 1986, ont gaspillé la chance de mettre la France à l’heure de Reagan et Thatcher, et les socialistes sont revenus au pouvoir en 1988. Même chose en 1995, avec la victoire de Chirac soutenu par les libéraux d’Idées Action. Les socialistes sont revenus au pouvoir en 1997. De gauche ou de droite ils n’ont cessé d’y être.

Sur le web

  1. Merci à Jacques GARELLO pour son analyse lucide du programme d’Alain Juppé.
    En fait il s’agirait d’une forme de Hollandisme édulcoré.
    L’objectif n’est pas de redresser la France mais simplement d’accéder au pouvoir.

    1. Entièrement d’accord avec vous. Juppé ou Hollande c’est la même chose avec peut être une islamisationencore plus rapide avec le premier compte tenu de ses « amitiés » avec l’Imam Oubrou.

    2. Oui, Mr F. Dubois, nous concordons dans nos constats.
      Seule ambition jupitérienne : accéder au pouvoir « suprême » (ego+ , ensuite bénéficier des avantages légaux qui s’y associent, une fois basculé dans la retraite dorée des chefs d’Etats et/ou de hauts fonctionnaires).
      Soit des inconciliables avec une véritable INNOVATION ORGANISATIONNELLE qui s’appliquerait aux privilèges exorbitants d’une « fonction administrativo-publique » sclérosée et pesante sur toute la sphère économique.

      Agnès Verdier-Molinié (qu’il m’arriva de suivre en débats sur La Cdansl’air) dispose de nombre d’arguments chiffrés pour revendiquer un tassement des dépenses publiques inconsidérées. Débats TV TF1 ? Trop « policés » que pour pouvoir s’exprimer Mr Garello !

      La Cour des Comptes ne cesse d’ailleurs de dénoncer las abus fonctionnels qui s’y rattachent. Peut-être Juppé autant que d’autres parlementaires renient-ils à explorer ces rapports qui leur parviennent, trop accaparés par le paraitre médiatique ?

  2. Réformer les statuts? Les régimes spéciaux?Wahahahaha!
    Obligé de présenter la réforme des statuts avec Madelin, il n’a pas été fâché d’y renoncer en son temps…
    C’est même l’un des principaux coupable de la léthargie économique du pays et de la domination d’une élite statutaire en France.

    Les statuts c’est sa raison de vivre!….

    Vice champion du monde avec Hollande et Ayrault de la gamelle des régimes spéciaux présents et à venir, vous imaginez ce type y changer quoi que ce soit?
    C’est un fake la question?

    Comme parlementaire statutaire issu de la fonction publique, il l’a liquidée à 50 ans pleine et complète…
    Avec 2 mandats à 55 ans il a eu la retraite de député.
    Sans compter celle d’adjoint de mairie….
    Sans compter celle de maire de grande ville…..
    Sans compter celle de secrétaire de parti politique…..
    Sans compter celle de chef de groupe à l’assemblée…..
    Sans compter son régime par capitalisation de son passage au Canada….
    Sans compter celles de fauteuils ministériels multiple et variés….
    Sans compter celle de président de société d’économie mixte….
    Sans compter celle de vacataire prof à la Sorbonne ou science Po….
    Sans compter sa Préfon en franchise d’impot….
    Sans compter celles qu’on sait pas…..

    Rappelons qu’un salarié ordinaire s’il cumule 2 jobs, n’a droit qu’a une retraite sécu, qui est limité par le seuil sécu….
    Le privilège des « non statutaires »….

    Il cumule le plus d’années de retraites encaissées que de travail de n’importe quel Français.

    1. Les indemnités d’élus ne peuvent toutes se cumuler : ca limite du meme coup les pensions. Restez sur terre. Un juppé gagne une fraction de ce que gagne un trader.

      1. Vous voulez dire que tant que les politiques qui ont mis la France en faillite gagnent moins qu’un trader il n’y a aucun problème au fait qu’ils se votent des avantages et piochent dans la caisse pour arroser leurs clientèle électorale ?

      2. Les revenus de Juppé sont à charge de la collectivité, pas ceux du Trader, si hauts soient-ils.
        Les revenus de Juppé sont des rentes de situation statutaires, ceux du trader sont celle d’une rémunération aux résultats.

        Ce n’est pas une question d’inégalité mais de sources éthiques des revenus…

        Le trader gagne sur l’argent sur la marge qu’il a généré.
        Ce n’est pas une rente ou une retraite à charge sur VOUS ou LES AUTRES ou MOI.

        Le trader on s’en fou c’est l’argent de la banque ou des investisseurs. Pas celui de la collectivité.
        On est pas obligé de tous participer à ses revenus comme celui de Juppé.

  3. Juppé, candidat de droite socialo-compatible, c’est pour cette raison qu’on est allé le chercher à grand renfort de « sondages ».

  4. En 1995 il a tout abandonné devant les grévistes en promettant d’inscrire les services publique à la française dans la constitution. Juppé n’est pas crédible comme aucun des candidats déclarés.

  5. en gros , tout ces pantins qui rêvent pouvoir , argent , et avantages ne sont ni plus ni moins que des cloones ; aucune originalité , le vide sidéral ….de fait , on n’est pas sorti du sable ….

  6. JUPPÉ le meilleur… des impayables Thrombonnards®—sauf avec l’argent du Contribuable—qui sévissent dans les fromages du Pays de l’escargot lancé au galop contre le mur économique !
    Comme leur bilan : lamentables !

    Responsable pour partie de l’état du Pays car… le bien qu’il fit, il le fit mal, le mal qu’il fit, il le fit bien.
    Pour donner des leçons, il se pose là !

    1995 ses arrangements locatifs pour lui et son Fils à la Mairie de PARIS ; sa capitulation devant les Ponctionnaires.
    1996 sa maîtrise économique : Thomson un franc symbolique ; ses augmentations d’impôts sans réformes.
    1997 sa dissolution de la Chambre.
    1999 sa mise en examen pour « abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêt ».
    2002 retraité de la Fonction Publique à 57 ans avec ±15 000€ mensuels. Soit 3 600 000€ placés à 5% par an… sans payer l’ISF, comme tout bon Thrombonnard® !
    2004 sa condamnation en 1ère instance à 18 mois de prison avec sursis et à 10 ans d’inéligibilité, réduite en appel à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité.
    2007 et suivantes, sa politique économique bordelaise « panem et circenses » ; ses déclarations de ne briguer que le Mandat de Maire!?
    2011 sa décision d’aller en guerre en LYBIE pour le résultat que nous connaissons.
    2013 ses 794€/hab. d’impôts locaux bordelais, +36,7% depuis 2001.
    2014 son projet bordelais de Centre islamiste de 12 000m2 ; son refus de livrer les Mistral, Contrat signé en 2011… par lui-même!?
    2014 ses dépenses courantes bordelaises 1.417€/hab. ; ses embouteillages bordelais 23mn/h. de conduite sauf pour lui en voiture de Fonction.
    2015 son augmentation de 5% des impôts locaux bordelais ; son epic fail des accès au nouveau stade.
    2017 Président à 72 ans après 15 ans de retraite?

    Cherchez l’erreur, place aux Jeunes !
    Sans compter qu’il n’a jamais créé un seul Emploi avec ses deniers, sauf peut-être un Emploi ménager ; son ambition exclusivement pour lui-même… et non le Pays !
    Un homme n’est pas malheureux parce qu’il a de l’ambition, mais parce qu’il en est dévoré.—Charles-Louis de SECONDAT

    Encore un « responsable mais pas coupable », et encore moins redevable de ses actes.
    Nous Citoyens, limitons les Mandats à deux pour que la Politique soit au Service du Bien commun et non un Métier. Et destituons les condamnés de leur/s Mandat/s avec remboursement des sommes perçues à ce/s titre/s.

    Et avec un tel palmarès, voudrait-il réformer le Mammouth…?!
    Auraient-elles repoussées depuis 1995?
    🙂

    Pour voir JUPPÉ Retraité de la Ponction Publique à 57 ans … se faire moucher par un Communiste pragmatique, c’ÉTAIT par ici: http://www.dreuz.info/2014/09/23/video-alain-juppe-se-prend-une-lecon-de-morale-de-lambassadeur-de-chine/#sthash.cxmu3ltA.dpbs.
    Mais, ça c’était avant: l’actif Retraité—qui œuvre à son intérêt—aurait-il jugé ne pas y être à son électoraliste avantage?
    Comme disait Monsieur CYCLOPÈDE: « étonnant, non? ».
    Forcément ça va bien se passer!

  7. Juppe a deja ete premier ministre et a fait une carrière politique de 50 ans. Donc tout le monde sait ce qu il vaut et ce qu il va faire …
    C est d ailleurs pour ca qu il sera elu: son slogan pourrait etre « un retraté au service des retraités » (car ce sont surtout les retraités actuels qui ont interet au statut quo quitte a que tout s effondre dans 15 ans (ils seront mort))

    Par contre je crais que l auteur se berce d illusion pour Fillon. Lui aussi a ete premier ministre (5 ans). S il aurait voulu faire une autre politique que celle de Bismuth, il aurait demissionné bien avant !

Les commentaires sont fermés.