Les États-Unis au bord du gouffre ?

Publié Par Emploi 2017, le dans Amérique du Nord

Par Dominique Mercier.
Un article d’Emploi2017

Uncle sam

uncle sam By: bixentroCC BY 2.0

Comme l’explique un article1 du Wall Street Journal que nous résumons dans les paragraphes qui suivent – si nos pays paraissent plus riches qu’avant, c’est parce qu’ils ont massivement emprunté, au détriment des générations futures. Ces différents prélèvements ont entraîné une augmentation de la dette et un ralentissement de la croissance, bloquant de plus en plus l’ascenseur social et expliquant une certaine agitation politique.

Surtout, cette montée de la dépense publique américaine paraît impossible à soutenir dans le futur. Dans un rapport récent publié par le Cato Institute et réalisé par un économiste de Harvard, on constate que dans trois quarts de siècle, si l’on suit la tendance, la valeur actuelle du déficit américain serait de 118 mille milliards. Ainsi l’ancien président du Cato constate qu’entre les promesses du gouvernement et sa possibilité de les honorer, la différence atteint près de 7 fois le PIB.

Une évolution aussi spectaculaire s’explique par la progression constante de ce que l’on appelle des entitlements, c’est-à-dire tous les versements auxquels l’État s’est implicitement engagé et qui progressent mécaniquement avec l’évolution de la population : les retraites du système public, Medicare, Medicaid, Obamacare, etc. Sur ces postes de dépenses, à moins d’une réforme, l’État n’a pas de prise : il en est prisonnier.

C’est ce qui explique la hausse fulgurante des dépenses sociales telles que nous les donne l’OCDE2, passées de moins de 13% à près de 20% du PIB depuis 1980 :

Dépenses sociales aux États-Unis en % du PIB

Dépenses sociales aux Etats-Unis en % du PIB

Source : OCDE

Cette proportion d’entitlements a grossi d’autant plus que durant la récession de 2009 le PIB a fortement diminué aux États-Unis. À partir de la crise, et ce jusqu’en 2012, cela a donc entraîné un déficit fédéral de 1.000 milliards de dollars par an. La reprise économique et les efforts du Congrès ont ensuite permis de le maintenir en dessous de 500 milliards de dollars mais le Congressional Budget Office prévoit une nouvelle augmentation. Tous ces éléments expliquent que la dette nationale des États-Unis ait doublé en seulement 7 ans, atteignant aujourd’hui le chiffre faramineux de 19.000 milliards de dollars, soit plus de 100% du PIB annuel.

Faible création d’emplois

Cette évolution est d’autant plus inquiétante que l’on constate que l’emploi ne repart pas comme on s’y attendait aux États-Unis. Les prévisions annonçaient en effet une création de 160.000 emplois en mai, or l’économie américaine n’en aura créé au final que 38.000, soit le chiffre le plus faible enregistré depuis six ans.

Ces chiffres montrent bien par ailleurs que la corrélation entre création d’emplois et chômage est loin d’être évidente puisque le taux de chômage américain est descendu sous le seuil symbolique de 5%, retrouvant ainsi son faible niveau d’avant la crise. En apparence la situation est donc excellente :

Taux de chômage aux États-Unis

Taux de chômage aux Etats-Unis

Source : Bureau of Labor Statistics ; http://data.bls.gov/timeseries/LNS14000000

Cependant si l’on observe dans le détail, ce taux est trompeur : si l’on regarde le taux d’emploi des personnes de plus de 15 ans, on constate que les États-Unis sont encore loin d’avoir retrouvé leur niveau de 2006 :

Taux d’emploi aux États-Unis

Taux d'emploi aux Etats-Unis

Source : Bureau of Labor Statistics ; http://data.bls.gov/timeseries/LNS11300000

En effet un grand nombre de chômeurs sont tout simplement sortis des statistiques…

Le cas de la France

Si l’on remonte au constat de départ, à savoir la hausse fulgurante des dépenses sociales, on est frappé par le parallélisme avec la France :

Dépenses sociales en France en % du PIB

Dépenses sociales en France en % du PIB

Source : OCDE

La même faillite programmée nous menacerait-elle également… ?

  1. George Melloan, Inattention-to-the-Deficit Disorder, Wall Street Journal page A13, 31 mai 2016.
  2. « Les dépenses sociales couvrent les prestations en espèces, les biens et services fournis directement et les allègements fiscaux à visées sociales. Les prestations peuvent être ciblées sur les ménages à faible revenu, les personnes âgées, les handicapés, les personnes malades, les chômeurs ou les jeunes.Un programme social se caractérise par une redistribution des ressources entre les ménages ou une participation obligatoire. Les prestations sociales sont qualifiées de publiques lorsque les administrations publiques (administrations centrale et locales, administrations d’États fédérés et de sécurité sociale) contrôlent les flux financiers correspondants. Toutes les prestations sociales non fournies par les administrations publiques sont considérées comme privées. Les transferts privés entre ménages ne sont pas considérés comme sociaux et ne sont pas inclus ici.
  1. Mais non, tout va très bien madame la marquise, jp chevallier vous dit que les fondamentaux sont bons + un graphique des rendements du Bund et du schatz pour nous dire que l’Europe coule.

  2. au 31 mai 2016 , 102.144 millions d’américains sont sans travail ; http://www.businessbourse.com/2016/06/03/états-unis-nouveau-record-au-31-n maintenant , je pense que ce n’est pas le seul pays à être au bord du gouffre…si vous voyez ce que je veux dire….

    1. Un « détail » : il s’agit d’Etatsunisiens (et pas le grégaire illogique étatsuniens) ou d’habitants légaux ou non des USA ?’

  3. Je n’imagine même pas ce que cela donne en comparant le deficit par rapport aux recettes (et non par rapport au PIB).
    Après tout, en tant que particulier, on doit comparer nos dettes/deficits par rapport à notre salaire et non la richesse créée par tout le quartier.
    Après je suis une bille en économie mais j’ai l’impression que la comparaison avec le PIB est une vaste fumisterie, d’autant qu’on comptabilise dans ce dernier la partie non marchande (salaire des fonctionnaires…).

    1. Une différence majeure entre les USA et la France est quand même que les prélèvements y sont nettement plus faible (10 points de PIB je crois). Il faut en tenir compte car cela veut dire que si nécessaire, ils ont de la marge sur les recettes pour combler le déficit. Ce n’est plus le cas chez nous, où les prélèvements ont atteint un tel niveau que la moindre hausse des recettes ou baisse des dépenses fait chuter fortement l’économie.

      1. En France, nous avons dans les faits un budget de guerre (dépense et déficit au maximum) alors que nous sommes en paix … Ceux qui prétendent qu’une « bonne guerre » relancerait la machine se trompent car nous sommes déjà dans cette configuration économique.

  4. Le PIB est un indice débile qui n’indique rien, sinon le niveau d’intelligence de ceux qui l’utilisent.

    La tirade de Bob Kennedy à ce sujet était explicite. Vous connaissez, je présume ?

    Et l’IDH n’est pas mieux puisqu’il inclut toujours l’incalculable pseudo PIB

  5. On attend avec impatience les commentaires de l’expert Libertarien.

  6. La dette est le seul moyen qui reste aujourd’hui pour faire circuler la monnaie et comme il manque à peu près la moitié de la monnaie pour rembourser ces dettes, il ne peut y avoir de solution sans modifier le fonctionnement de la monnaie. Pour chaque € ou $ sur votre compte bancaire, il existe le double en dette…
    Mais comme pour ceux qui possèdent la dette, ce n’est pas la peine de vous inquiéter. D’une manière ou d’une autre cette dette sera remboursée et c’est vous qui aller la payer avec vos propres biens. Il suffit d’augmenter les impôts sur tout ce que vous possédez pour que vous soyez obligé de vous en débarrasser à vil prix… La circulation monétaire par la dette (je ne parle pas de création monétaire, car à part la dette, il n’est rien créé en face) est le pire système monétaire jamais inventé, sauf pour les banquiers. Cela remplace avantageusement l’esclavage et la colonisation. Pas besoin d’une armée pour forcer la population et pratiquement aucun pays n’est épargné.
    Les banques centrales sont un des instruments de la prédation. Elles veulent nous faire croire qu’elles garantissent la valeur de la monnaie par les contreparties en billets dans les réserves des banques, mais c’est exactement l’inverse qui se passe. Les billets, imprimés sans contrepartie, ne valent que la valeur de l’énergie récupéré en les brûlant et la valeur de la monnaie ne tient que par la confiance dans le remboursement des dettes. Nous pourrions supprimer les banques centrales sans qu’il y ait d’effet négatif.

    1. pas très clair …

      1. Le mécanisme de circulation monétaire n’est a priori pas étudié dans les universités, mais pourtant il a tellement d’implications dans notre vie qu’il devrait être connu de tout le monde. Dans les universités, on enseigne une fable aux étudiants en disant que la monnaie est neutre. C’est faire abstraction du rôle de la dette.

        En gros, pour la monnaie, vous avez la monnaie fiduciaire (les billets) imprimée par la BCE et la monnaie scripturale qui n’existe que sous forme d’écritures et qui correspond à ce qui se trouve dans votre compte bancaire.
        Pour constituer la monnaie scripturale, il y a eu au départ ce qui provient des anciens systèmes dans vos comptes et qui existait avant la loi de 1973. Une partie de cette monnaie n’était pas une contrepartie de dettes et existe en principe toujours. Les dettes de l’Etat n’était pas toujours remboursées, ce qui fait que cette monnaie circule également. Le reste ne peut être créé par la banque uniquement en échange d’une dette. Vous vous endettez et la banque ajoute la valeur de la dette à votre compte. Cette monnaie est détruite lorsque vous remboursez cette dette. Aujourd’hui, il n’y a aucun autre mécanisme que la dette pour augmenter provisoirement la quantité de monnaie qui circule. La monnaie non remboursable antérieure n’existe pratiquement plus, l’inflation l’a détruite.
        Par ailleurs, les billets sont maintenant négligeables dans la circulation monétaire.

        Donc, il devrait circuler à peu près autant de monnaie qu’il y a de dette en cours. Le problème, lorsque l’on examine les agrégats monétaires, on constate que la monnaie en circulation (M3 pour les spécialistes) n’est même pas la moitié de la dette totale (publique + privée, la dette privée est supérieure à la dette publique). Ce qui veut dire que si l’endettement diminue de moitié, il n’y a plus un centime qui circule et tous les comptes bancaires sont à sec. Si les propriétaires de la dette ne s’affolent pas, c’est qu’ils comptent sur un autre mécanisme pour rentrer dans leurs frais. Je vous laisse deviner.

        Les billets imprimés aujourd’hui par les banques centrales ne servent pas à grand chose, sinon à alimenter les bulles. En vertu des règles actuelles, ces billets ne peuvent circuler uniquement s’ils servent de caution (!) à de la création monétaire par la dette. Comme les banques ont déjà prêté partout où elles pouvaient le faire, cet argent ne va pas dans l’économie. Aujourd’hui, on commence à parler du lâcher de billets par hélicoptère. C’est une image, mais le but est juste de compenser l’évaporation de monnaie et remettre la quantité de monnaie en circulation à la hauteur des dettes.

        Maintenant, si vous voulez en savoir un peu plus sur la relation entre la variation de la dette et le chômage où sur les mécanismes des crises financières à répétition, je vous conseille la lecture du livre « l’imposture économique » écrit par l’économiste australien Steve Keen.

  7. Que les depenses de santé augmentent, c’est normal, et ce pour plusieurs raisons :

    C’est une progression inversement proportionnelle au salaire médian :
    jusqu’au années 80, l’américain de base avait le salaire qu’il fallait pour se couvrir sur la santé. Avec la baisse progressive des salaires (je parle bien de median, et pas de moyen), ce n’est plus le cas.
    De plus, de plus en plus d’américains connaissent une période de vie dans la rue. Ces épisodes portent generalement des sequelle sanitaires, à plus ou moins long terme. Quand les gens ont de l’argent, ils vont se soigner immediatement. Quand ils n’en ont pas, ils attendent. Mais arrive alors les aggravations, qui peuvent se trouver ectrèmement couteuses pour la collectivité.

    Il faut comparer cette courbe avec la courbe d’evolution de l’espérence de vie, et l’esperence de vie en bonne santé ? avec l’age se développe des maladies doublement lourdes : lourdes pour les patients, car longues et handicapante, pour eux et leur famille, et lourde economiquement, par la prise en charge et le cout des traitements.

    Les crises
    Ce serait intéressant de voir quels sont les gens qui se sont fait plumés par des fonds de pensions qui se sont écroulés en 2007/2008 , et qui en vu s’envoler leur capacité à s’auto financer sur le plan santé ?

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20140921trib437d6b76c/le-mystere-de-la-consommation-americaine.html

    Et enfin !
    Pourquoi, à la courbe de chomage, on ne montre pas le taux de consommation des ménages ? et que l’on laisse au lecteur de se faire un biais d’inférence entre une pseudo causalité entre le taux de chomage et l’augmentation des couts de santé ?

     »
    Emploi 2017 est un groupe de réflexions et d’analyses économiques animé par Bernard Zimmern, qui vise à relancer la création d’emplois en France.
    Read more at https://www.contrepoints.org/2016/06/10/256090-etats-unis-bord-gouffre#Kvzs5FiPlzdktKmD.99
     »

    Avec de tels biais, ils ne sont pas prets de trouver la solution …

    1. Le problème ce n’est pas que les dépenses de santé augmentent, le problème c’est que l’état distribue des promesses « on payera pour votre santé ». promesses de plus en plus intenable au fur et à mesure que les dépenses de santé augmentent. Circonstance aggravante : votre espérance de vie devient de plus en plus dépendante des sous qui seront dépenser pour vous permettre de continuer à vivre, ou survivre ; tant que c’est vos propres sous, c’est votre affaire ; quand ce sont les sous de l’État, ça devient une question politique ingérable , dont l’affaire Imbert ne donne qu’un très modeste aperçu

      1. Non, en étendant une couverture santé, on augmente pas d’autant la facture; car en détectant les gros problemes plus tot, on s’evite des prises en charges tres couteuses pour la societe à moyen terme. donc reduire la couverture sante n’est qu’une illusion d’economie à court terme, une vraie dépense à long terme :
        https://www.cairn.info/revue-pratiques-et-organisation-des-soins-2008-4-page-283.htm
        Les couts de santé varient du simple au double en fonction de l’etant de sante, sur des pathologies deja tres couteuses; ruinant definitivement toute tentative d’economie par ailleurs. parce que les 50 millions de personnes qui n’avaient pas de converture d’assurance maladie finissait de toute maniere dans les depenses financées par l’etat. la prise en charge de 50 millions de personne en plus, c’est de l’hypocrisie en moins, et une meilleure rentabilité sur le long terme (un cacncer ne touche pas une personne, cela touche la famille aussi, avec un impact sur leur travail / rendement / vie future, …)

         »
        Pour l’ensemble des sept cancers, le coût moyen est de 3.905 dollars par mois. Pour les patients contrôles, les coûts ont été estimés à 329 euros par mois. Les coûts de morbidité indirects avoisinaient les 945 dollars, résultant d’une perte moyenne de deux journées de travail et de cinq jours d’invalidité à court terme.

        « Ce travail montre qu’il est possible de réaliser des estimations des coûts spécifiques des types de tumeur », commentent les auteurs. « Le poids économique du cancer est considérable et indique un besoin pour plus de prévention, un diagnostic plus précoce et pour de nouveaux traitements qui pourraient aider à réduire les coûts directs et indirects », concluent-ils à l’intention des hommes politiques.

        (Journal of Clinical Oncology, vol. 22, n°17, p. 3.524-3.530)
         »

        le cout « intenable » de la santé obamacare, c’est une augmentation de 3% du pib sur 10 ans. c’est beaucoup oui. Mais intenable ? quelques éléments de comparaisons :
        – Le comprimé de pyriméthamine (Daraprim®) est ainsi passé du jour au lendemain de 13,5 dollars à 750 dollars… pour un coût de production de 1 dollar.
        – C’est l’épaisseur du trait comparé aux quantitative easing Pour rappel : QE3 = 85 milliards de $ par mois.

        Et enfin, peut on parler de la consommation des menages dans le monde ? les USA avait de sérieux clients en amerique du sud. Ils sont tous en recession, quand ce n’est pas pire. C’est bien plus probant comme lien de cause à effet que une tentative d’enfumage du obamacare. ça a peut etre plein de défaut, mais ça ne peut etre la cause de la stagnation mondiale.

        Sans compter qu’en santé davantage que dans l’electronique, c’est une dépense qui reste massivement dans l’economie US; la où les produits manufacturés viennent pour beaucoup de l’etranger.

  8. Une grosse différence entre USA et France est l’investissement en R et D : ils ont réussi à attirer les meilleurs chercheurs du monde et il y aura évidemment un retour sur investissement.Ils sont bien positionnés pour dominer le monde sur les grands enjeux de demain, à la différence de la France qui est out presque partout. Bien sûr les gaspillages colossaux en guerre ( à cause de la politique agressive et absurde des néoconservateurs) ont pénalisé les autres domaines mais cela n’est peut être que transitoire. Par ailleurs, les USA ont la capacité de positiver, de se réformer et de s’adapter, ce qui n’est pas non plus le cas de la France.Leur stratégie de spolier le monde entier va rencontrer quelques déboires mais ils peuvent quand même sortir par le haut.

  9. Cela prouve bien que ce sont les Etats à l’origine des crises financières

    1. Et c’est qui un état ?

Les commentaires sont fermés.