Venezuela : de la crise pétrolière à la crise politique

Publié Par Trop Libre, le dans Amérique latine

Par Pierre Colson.
Un article de Trop Libre

L’Amérique latine n’en a pas fini de s’embraser. Après le Brésil il y a quelques semaines, le Venezuela traverse, à nouveau, une zone de fortes turbulences. Le chaos que l’on y dépeint éluderait presque les fondements d’une telle agitation.

Il est vrai que toute crise est par essence singulière. Y glisser un prisme figé ne permettrait pas de rendre compte, avec rigueur, de la complexité d’une situation où se mêlent revendications et chaos politique. Toutefois, une analyse systémique permet de penser les interconnexions plutôt que les seuls aspects sectoriels. Si cette démarche ne répond pas à la complexité d’une situation, elle permet au moins d’en expliquer certaines causes.

Alors où placer le curseur pour comprendre le schéma de la crise actuelle au Venezuela ?

Une crise pétrolière qui n’en finit pas…

Inexorablement, le prix du pétrole chute, puis joue les rebonds. La bulle spéculative autour du gaz de schiste rebat les cartes de la gouvernance fossile. La sixième puissance d’Amérique latine repose, en effet, principalement sur ses exportations de pétrole. La chute du prix du baril fait donc plonger les exportations globales du pays. C’est pourquoi l’on est passé de 95% à 55% de revenus issus de la manne pétrolière. Cette rente est la première clef de compréhension du scenario qui se joue actuellement au Venezuela.  Ce pays en développement jouit en effet, d’un potentiel énergétique considérable. Mais à trop se focaliser sur l’or noir, les pouvoirs publics en ont délaissé une nécessaire diversité dans leur modèle énergétique, tout comme dans leurs exportations.

En effet, la République Bolivarienne du Venezuela comprend la première réserve mondiale de pétrole et la quatrième réserve de gaz naturel. Il est clair que son sous-sol regorge de richesses fondamentales pour un pays qui est sans cesse dans une course au développement. Avec une croissance de 5,6% au premier semestre 2012, le Venezuela affiche un taux de croissance de -8% pour l’année 2015.

Comme le souligne l’Agence internationale de l’Énergie, citée par Le Monde, « d’ici à 2020, en dehors des pétroles de schiste aux États-Unis, seuls les sables bitumineux du Canada et le pétrole offshore ultra-profond au large du Brésil seront en mesure de compenser le déclin de nombre de zones pétrolifères conventionnelles anciennes ». De la contrebande  pétrolière de Daech à la recrudescence de la bulle du gaz de schiste, l’avenir des réserves pétrolières de la république bolivarienne semble  à la croisée de multiples points d’incertitudes.

Avec la chute du pétrole, c’est l’ensemble du système financier du Venezuela qui fait défaut : exportations, alimentations, importations, salaires, travail des fonctionnaires.

… accompagnée d’une crise environnementale

À cette bataille pour l’énergie s’imbrique une  crise environnementale majeure pour le pays. El Niño bouscule lui aussi la société vénézuélienne dans son ensemble et aggrave une crise pétrolière déjà plus que complexe.

Si l’hydroélectricité représente une part considérable du mix énergétique vénézuélien, le dérèglement climatique vient accroître la pression sur les réserves d’eau du pays… Le mois d’avril 2016 fut répertorié comme l’un des mois les plus chauds depuis le début des différents relevés. Or, une sécheresse considérable implique ainsi, pour le pays, un réajustement de sa politique énergétique. Face à la conjonction de l’effet El Niño et de l’énergie hydraulique, le président Nicolas Maduro doit restreindre l’accès à l’électricité pour son peuple.

La pénurie d’eau qui accompagne cette sécheresse fait du contexte social, un brasier pour tous les déçus d’un système politique vérolé et parfois corrompu.  Les scènes de pillages et de violences plongent peu à peu le pays dans un futur opaque.

Turbulences politiques

Bien au-delà de l’écologie ou de l’environnement, l’enjeu climatique conforte la grogne citoyenne qui couve à travers l’ensemble du pays. Elle interroge le modèle social construit par Hugo Chavez. Il avait « en effet mis le pétrolier PDVSA (Petroleos de Venezuela SA) au service de la « révolution bolivarienne » ». L’homme qui avait accédé au pouvoir en 1999 entendait mettre en place un « processus révolutionnaire démocratique et pacifique ». Si les multiples nationalisations ont permis de vastes réformes sociales, il avait en réalité réfléchi les bases d’un système dictatorial qui devait servir de levier à son dauphin, Nicolas Maduro.

De fait, cette crise systémique que connaît le Venezuela, nous ramène, de nouveau, à l’importance d’un modèle de développement durable. Les Échos titrait alors le 3 mars 2013 : « Le régime a gaspillé une rente pétrolière de 1.000 milliards de dollars. L’économie gangrenée par le clientélisme ».

Sommé de quitter le pouvoir par la future tenue d’un référendum, Nicolas Maduro s’érige en défenseur des ouvriers et décrète un « état d’exception et d’urgence économique »[8]. « Diviser pour mieux régner ». Affaibli, ce monarque choisit de fragmenter sa population en mettant en scène, dans un style dépassé et désuet, la résurgence d’une idéologie marxiste. Faisant fi des mises en causes politiques, il fait le choix d’une dérive autoritaire, seul moyen pour lui de s’agripper au pouvoir.

C’est ainsi que le pouvoir vénézuélien envenime une situation déjà prête à imploser. Alors que l’opposition réclame la destitution du président, le glas de l’ère Maduro, digne héritier du système Chavez, sonne de plus en plus comme une évidence. Dès à présent, les décisions prises par les grands corps constitués vénézuéliens seront les marqueurs qui attesteront du devenir du système politique vénézuélien.

L’environnement, le système politique ou encore l’accès aux énergies (pétrole, électricité…)  sont ainsi autant de matrices qui régissent les relations entre les peuples, déterminent les contrats entre deux parties, ou soulèvent des masses face à l’oppression d’un régime.

Sur le web

  1. L’effondrement du cours du pétrole n’a rien à voir dans la crise économique vénézuélienne. Ce pays importe du pétrole depuis presque deux ans, les sociétés nationalisées s’étant montrées incapables de gérer ce business.

    Au contraire, la crise du secteur pétrolier profite au Venezuela.

    1. L’effondrement du pétrole a accéléré les choses et les empiré c’est certain. Personne ne peut le nier mais les problèmes du Venezuela datait d’avant la chute du pétrole. Même sans chute du pétrole, le Venezuela aurait quand même fini ruiné.
      Alors, oui, l’article a tout faux en disant que les problèmes du Venezuela viennent de la chute du pétrole mais il est faux de dire que cette chute a profité au Venezuela

  2. « le dérèglement climatique vient accroître la pression sur les réserves d’eau du pays…  »
    Allez hop, fin de la lecture pour moi …

    1. je me suis arrêté à « analyse systémique », encore une précieuse riducuel qui utilise des mots sans en comprendre le sens.

      1. Oups « Précieuse ridicule »

    2. Il devrait plutôt parler de la colère de Zeus, ça sonnerait moins superstitieux.

  3. Chavez est arrivé au pouvoir en 99. De 91 à 99, le baril de brent était sous les 20$. Il est même tombé à 9,80$ en Décembre 1998. Chavez était au pouvoir de 99 à 2013. Sur cette période, le baril est passé de 10,20$ (au moment de son accession en février 1999) à 108$. Oui, une multiplication par 10 ! Hors, le pétrole représente sous Chavez 95% des exportations au Venezuela et 2/3 recettes de l’Etat ! C’était moins avant Chavez mais ça représentait déjà une part conséquente. Le succès de Chavez, c’est d’être arrivé à la meilleure période. Quand Chavez nationalise des entreprises en 2007, c’est que PDVSA commencait à devenir un très mauvais payeur vis à vis de ses sous-traitants car suite aux grèves de 2002 et au licenciement de l’ensemble des grévistes de PDVSA (pour les remplacer par des chavistes). la gestion de PDVSA s’est fortement dégradée (malgré 1/3 d’effectif en plus) et la production a diminué de plus de 20% faute d’entretien. râce à l’argent du pétrole, Chavez a bien lancé des « Misión que ce soit pour la construction de logements, l’alphabétisation, médecins,agriculture. Il a surtout subventionné massivement des produits de 1ère nécessité (farine de maïs, riz, lait, poulet, essence…).
    sur le papier, c’était très bien. La conséquence, c’est que la dernière usine de farine de maïs a fermée il y a quelques années pour être réouverte juste de l’autre cotée de la frontière colombienne. Fixation prix a totalement détruit certaines industries du Vénézuela. aujourd’hui, l’ensemble de ces produits subventionnés/ et ou prix fixés sont importés. (le Vénézuela était exportateur de farine de maïs)
    Il y a donc eu des nationalisations. Bilan : entreprises nationalisées ont vu leur productivité baisser de 20 à 50% malgré hausse effectifs
    la réforme agraire ? Ce que le Venezuela exportait, il l’importe aujourd’hui.
    Les investissements publics ? Le Venezuela est confrontée à des pénuries de production d’électricité, des ponts qui s’effondrent à cause d’un manque d’investissements chroniques sous Chavez.Plutôt que de développer la formation locale, il importait des médecins de Cuba. Mais une fois que l’argent a commencé à manquer, les médecins sont repartis…Les hôpitaux publics ? Enormes pénuries de médicaments et matériels médicaux. Les écoles ? Ne sont plus entretenues depuis des années. Les supermarchés publics ? Vides et à chaque arrivée de produits, des files d’attente énormes. Le plein emploi ? En prenant en compte l’emploi informel qui représentait 1/3 des emplois dans les années 80 contre 60% aujourd’hui. L’accès au logement ? Des années 70 à 2013, c’est sous Chavez que l’on a produit de moins de logements/an. Jusqu’à 2 fois moins que sous Pérez. En matière d’aménagement du territoire. Quelques pauvres ont eu le droit à des logements neufs dans des quartiers totalement isolés. Et un logement neuf c’est ça ! Impossible pour les habitants de trouver un emploi à proximité de leur quartier. Et concernant « l’Etat moderne ». corruption à tous les étages, une cour suprême dépendante du président et qui ne respecte pas Constitution. Lors des Panama papers et Swiss Leaks, le pays qui a été le plus souvent été cité, ou qui avait caché le plus d’argent était le Venezuela et à chaque fois, il s’agissait de proches de Chavez. Mais c’est vrai, Chavez faisait de beaux discours à l’ONU pour dénoncer l’impérialisme américain.Même si la majorité des revenus du Venezuela venaient des USA (PDVSA est par exmple propriétaire d’une chaine de stations service aux USA) et qu’après avoir nationalisé les puits pétroliers de l’orénoque, le Vénézuela a passé de nombreux contrats avec Chevron

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