Revenu universel : le sujet qui fâche ?

Monopoly Money by FreddieBrown(CC BY-NC 2.0)

Selon un sondage BVA, les opinions sont partagées sur le revenu universel. Poser les bonnes questions à ce sujet serait-il de nature à faire évoluer le clivage ?

Par la Rédaction de Contrepoints.

billets-FreddieBrown(Creative Common)
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Un sondage BVA pour BC Consulting de Mai 20161 s’intéresse à l’opinion des Français sur le revenu universel, mesure préconisée par une partie de la gauche et qui fait débat dans plusieurs pays ces derniers mois.

Le revenu universel : des avis partagés sur un sujet clivant

51% des Français se déclarent favorables à la mise en place d’un revenu universel alors que 48% y sont opposés. Les avis sont donc partagés. On ne note pas d’explosion de la part de la population favorable pour les faibles revenus : 57% des foyers fiscaux gagnant moins de 2 500€ par mois y sont favorables.

Le sujet est très clivant selon le bord politique. Si l’égalité était frappante pour l’ensemble des Français, les sympathisants de gauche y sont favorables à 74% (91% pour EELV) et les sympathisants de droite y sont défavorables à 59%. Seul le Modem, fidèle à son positionnement centriste, renvoie une parfaite égalité.

Opinion des Français sur le revenu universel par orientation politique.
Opinion des Français sur le revenu universel par orientation politique.

Entre simplification, souci du coût et assistanat

71% des Français pensent que le revenu universel permettrait de simplifier le système d’aides sociales mais 62% d’entre eux pensent que c’est un système qui n’incite pas à travailler. Cette dernière part grimpe à 70% pour les personnes n’ayant pas le baccalauréat. 55% pensent que le système serait trop coûteux à mettre en place (59% pour les 18-34 ans).

Une courte majorité (53%) pense que le revenu universel est de nature à lutter efficacement contre la pauvreté alors que 52% des personnes interrogées trouvent que c’est un système injuste puisqu’il ne tient pas compte des besoins de chacun. Enfin, seuls 42% (65% à gauche et 31% à droite) des Français croient qu’il s’agit d’un moyen efficace de relancer l’économie, par la consommation. La vitre cassée n’a donc pas un si grand succès dans l’Hexagone.

Une revenu universel ? D’accord mais le plus bas possible !

Résultat du fort clivage sur le sujet, une majorité de Français pense que si le revenu universel était mis en place, il devrait être de moins de 750€ par mois. Ils sont 58% à le fixer à moins de 500€ et 29% entre 500 et 750€. 24% le placeraient entre 750 et 1 000€, 12% entre 1 000 et 2 000€ et 2% à plus de 2 000€. Sans surprise, comme c’est à gauche que l’on est le plus favorable à la mesure, on est plus généreux avec une majorité entre 750 et plus de 1000€. Inversement, à droite, on accorde une forte majorité à moins de 750€.

Le montant du revenu universel selon les Français par orientation politique
Le montant du revenu universel selon les Français par orientation politique

Poser les bonnes questions

On constate devant ces chiffres que le sujet est évidemment très clivant. Le revenu universel est clairement identifié comme une mesure de gauche et si la somme des opinions conduit à une égalité presque parfaite, il n’en reste pas moins que sa mise en œuvre serait certainement très mal perçue par une large partie de la population, probablement au delà d’un simple rejet politique. Sur ce sujet plus que sur tout autre, il serait nécessaire que chacun se prononce en connaissance de cause.

Il est certain que du point de vue libéral, la réduction des démarches administratives et, dans la foulée, des moyens humains et financiers affectés est séduisante. Mais est-ce que l’État a déjà montré une quelconque capacité à simplifier son organisation ? La mesure, venue de gauche, est bien souvent amenée avec cet argument comme usage secondaire libéral-compatible d’une solidarité et d’une égalité enfin pleines et parfaites. Trop beau pour être vrai ? Certainement. On ne voit pas comment les soi-disant économies générées financeraient cette distribution massive. Un monde d’inflation et/ou d’endettement et/ou de fiscalité excessive s’ensuivrait forcément. Et que pensent les défenseurs de la pléthorique fonction publique française des suppressions de postes qu’entraînerait une telle simplification ? Cela pousserait le pouvoir à remettre en cause le statut des fonctionnaires, mesure qui ne rencontre que très peu de soutien chez les partisans du revenu universel…

Au-delà de ces aspects, d’un point de vue sociétal, la généralisation de la dépendance plus ou moins grande à l’État parait particulièrement néfaste. Qui peut croire que les libertés des citoyens alors personnellement subventionnés peuvent progresser dans un tel contexte ? Que va-t-il advenir de l’opposant à une redistribution sans limite et donc aux spoliations qui iront de pair ? Quelle volonté d’innovation et de transgression peut surgir d’une société dans laquelle être allocataire de l’État est la norme ? Quelle volonté de bien faire le travail peut animer le citoyen qui n’a pas grand chose à perdre ?

Enfin, comment ne pas voir que c’est la dynamique électoraliste qui prévaut ? Comment ne pas voir que le personnel politique a tout intérêt à faire montre de la plus grande générosité pour s’assurer le soutien des électeurs qu’il aura lui-même mis en difficulté ? Les efforts, la satisfaction du travail bien fait, l’indépendance financière et au-delà, la liberté d’agir, d’entreprendre et de penser ne semblent clairement pas compatibles avec le revenu universel. Ces questions posées, pourquoi ne pas réinterroger les Français ?

  1. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français recrutés par téléphone puis interrogés par Internet les 26 et 27 mai 2016. Échantillon de 1156 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, profession du chef de famille et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération.