Sea Hunter, le navire autonome qui révolutionne l’US Navy

Sea Hunter, ce bateau sans équipage, ou l’intelligence artificielle qui « Uberise » la Marine américaine

Par Thierry Berthier.

L’intelligence artificielle qui « Uberise » la Marine américaine

Sea Hunter, un vaisseau autonome de la DARPA
Sea Hunter, un vaisseau autonome de la DARPA (Image libre de droits)

La Darpa et l’US Navy viennent de lancer très officiellement le Sea Hunter, un navire autonome dépourvu d’équipage humain, dédié à la lutte anti-sous-marine. Long d’une quarantaine de mètres, le  Sea Hunter est capable d’évoluer en autonomie durant plusieurs mois sur des milliers de kilomètres. Issu d’un programme Darpa, il débute aujourd’hui une phase de tests qui s’étalera sur deux ans. Sea Hunter n’est pas « télécommandé » par un opérateur agissant depuis un poste de commandement mais dispose d’une réelle autonomie, une fois sa mission initiale définie. Il est capable en particulier de réaliser toutes les manœuvres usuelles d’un navire de cette taille sans intervention humaine et sait reconnaître et respecter les règles de navigations internationales.

La Darpa annonce un coût de développement à hauteur de 20 millions de dollars qui sera très largement compensé par les économies de fonctionnement qu’il va engendrer. En effet, le coût de fonctionnement journalier de Sea Hunter se situe entre 15 000 et 20 000 dollars, ce qui est bien meilleur marché que celui d’un navire équivalent doté d’un équipage humain… Sea Hunter est donc la Google Car des mers qui pourrait bien « Uberiser » le marché des navires de surveillance et de lutte anti-sous-marine. Comme le proclament la Darpa et l’US Navy, il s’agit d’une révolution technologique et stratégique qui « disrupte »  totalement le marché.

Sea Hunter, un vaisseau autonome de la DARPA 2 (Image libre de droits)
Sea Hunter, un vaisseau autonome de la DARPA 2 (Image libre de droits)

L’intelligence artificielle qui fait baisser les coûts de fonctionnement

L’Intelligence Artificielle (IA) agit comme le levier principal pour faire baisser le coût de fonctionnement journalier des systèmes en les rendant autonomes (et en détruisant au passage les emplois de l’équipage). On retrouve ce couple (IA, baisse du coût de fonctionnement par autonomisation) dans tous les autres contextes de développement de systèmes armés autonomes :

  • Les robots sentinelles Samsung SGRA1 déployés le long de la frontière entre les deux Corée  induisent des économies réalisées sur les effectifs des personnels positionnés sur la frontière.
  • Un seul robot démineur russe dérivé des unités robotisées Platform-M est aujourd’hui capable de remplacer l’action de 15 à 20 démineurs humains, avec un taux de détection dépassant les 95 %.
  • Les robots sentinelles russes MRK-27-BT sont déployés autour des camions porteurs de missiles stratégiques Topol depuis le début de l’année, révolutionnant l’activité de sécurisation d’une zone militaire hautement sensible.

Dans chaque situation, l’IA remplace l’action d’un groupe d’opérateurs humains avec un gain de productivité important : pas de congé maladie, pas de jours fériés, pas de contestation salariale, pas de fatigue ou de baisse de vigilance durant le service, et dans les cas extrêmes, une économie de sang durant l’attaque.

Rapide et inéluctable, la robotisation du champ de bataille est en marche, sur terre, dans les airs  comme en mer. Elle oblige désormais les stratèges à repenser les doctrines militaires et les règles d’engagement au combat pour les adapter à un art de la guerre où l’autonomie des systèmes devient prépondérante. Américains, Russes et Chinois ont choisi de robotiser et de rendre semi-autonome puis autonome une grande partie de leurs systèmes d’armes. On peut parier que les nations qui n’entreront pas dans la course à l’IA dans ce domaine sacrifieront du même coup leur potentiel de défense et leurs capacités opérationnelles. Le fossé technologique sera alors semblable à celui opposant une armée féodale à une armée du vingtième siècle. Les vrais enjeux de sécurité et de société se situent aujourd’hui dans cette course à l’IA de défense qui peut provoquer des déséquilibres géostratégiques irrattrapables…

Références

  • Gérard de Boisboissel (dir.) « Robots on the battlefield », Éditions Combat Studies Intitute, 2014
  • Didier Danet, Jean-Paul Hanon et Gérard de Boisboissel, «  La guerre robotisée », Éditions
  • Economica, « Guerres et opinions », 2012.
  • Berthier, « Vers le combat robotisé », Revue de la Défense Nationale, Mai 2016.
  • Berthier, «  Platform-M, le robot combattant russe », Diploweb, septembre 2015.

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