Comment Manuel Valls va éteindre toute contestation à gauche

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Nuit Debout, manifs étudiantes : Manuel Valls est bien parti pour débourser des millions afin d’acheter la paix sociale.

Par Serge Federbusch.

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Il faut résister à la tentation de se moquer des jeunes et moins jeunes qui se remontent le moral place de la République. Certes, ils sont manipulés par les crypto-mélenchonistes et autres agités d’Attac qui pensent, qu’avec 58 % du PIB englouti dans les dépenses publiques, la France ne donne pas assez dans le socialisme. Mais comprenons-les, beaucoup sont traumatisés, rêvent d’être allocataires ou fonctionnaires, ont peur de l’horrible exploitation de l’homme par l’homme qui domine dans l’entreprise, n’ont rien appris de l’échec systématique de toutes les formules socialistes depuis des siècles.

Les plus sincères méritent notre compassion tant il est vrai que la France réserve un triste sort à sa jeunesse, qui va de stages en stages, de CDD en CDD, d’études inutiles en emplois bidons. Bien sûr, les discutailleurs de la place de la République confondent la cause et les effets. Ce qui les prive des opportunités qui s’offrent à d’autres, c’est précisément le système qu’ils veulent défendre, celui voulu par des bureaucrates repus et des rentiers planqués qui leur mangent discrètement la laine sur le dos. Les embusqués de la politique et du secteur public font peser sur le système productif une charge qui explique en grande partie les déboires de la France et les difficultés de sa jeunesse.

Quelle chance a, dans ces conditions, le mouvement né la semaine dernière de perdurer et d’amplifier ? Elles sont très faibles. Valls a vidé la loi El Khomri de tout contenu sauf celui qui taxe davantage les entreprises. Il a commencé la distribution des sucettes à la récré : les aides en tout genre, bourses d’études sans études et autres revenus de solidarité sans solidarité, annoncés pour désamorcer la mobilisation avoisinent déjà les sept cents millions d’euros annuels. Pour marquer les esprits, on prononcera bientôt le mot magique de « milliard ». Puisque Bruxelles, c’est- à-dire Moscovici, encore lui, a décidé de ne même plus faire semblant de s’offusquer des déficits français pourquoi se priver ?

Beaucoup de syndicalistes « jaunes », flattés par un rendez-vous à Matignon et rêvant d’une carrière d’apparatchik après leur passage à l’Unef sont prêts à clore doucettement les festivités. Mieux encore, Cambadélis parle d’autoriser les paradis artificiels au moment où Hollande veut combattre les paradis fiscaux !

Pourtant, un danger menace l’État : le beau temps. En effet, l’homme, surtout jeune, ne vit pas que d’argent ou d’un peu de cannabis émollient. Il lui faut de l’épopée, de la poésie, de l’élan. La machine à subventions ne suffira peut-être pas, le temps d’un printemps, à combler son besoin de gaieté et d’enthousiasme, d’amours éphémères sur le pavé de Paris, de chants et de danses. Woodstock à la République : c’est drôlement plus excitant tout de même que de reprendre le chemin des amphis et des examens même en tirant de temps à autre une taffe odorante.

Valls, qui n’a jamais travaillé autrement que dans la politicaillerie, connaît ses classiques. il lui faut à tout prix éviter la bastonnade, le coup de matraque, le mort accidentel qui embraserait facultés et lycées. La police va devoir se tenir à carreau dans les jours qui viennent. On lui a donc promis, pour adoucir ses peines, quelques centaines de millions d’euros elle aussi. Quant aux syndicats de salariés, qui pourraient être tentés de joindre le mouvement s’il connaissait une brutale emballée, ils seront bercés de tendres paroles.

Bref, tant que le gouvernement, ou ce qu’il en reste, peut continuer à creuser des déficits qui ne se réduisent que facticement, la machine à acheter la paix sociale sera en mesure de circonscrire les veilleurs de gauche au piètre et marginal destin de ceux de droite il y a deux ans. Enfin… en politique, on n’est jamais à l’abri d’une surprise et d’un prurit printanier.

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