Les drones, une guerre économique

Le drone dispose de nombreux atouts. Encore faut-il rappeler que l’engin demeure contrôlé par un homme.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Drone credits Ministry of defence (licence creative commons)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Les drones, une guerre économique

Publié le 2 avril 2016
- A +

Yémen, Afghanistan, Somalie, Philippines, Pakistan, Irak… La liste est longue des pays où les drones sont présents au sein des conflits armés. Comment expliquer cet élan ? On parle beaucoup de l’intérêt des drones sur les plans militaire et humain, mais quelle est leur utilité en matière financière ? Ces technologies de pointe tendent à remplacer les soldats sur le front. Un moyen d’épargner les risques mais aussi de soutenir l’économie.

Par Arthur Vernassière.

Drone credits Ministry of defence (licence creative commons)
Drone credits Ministry of defence (licence creative commons)

Faut-il engager des troupes au sol sur les conflits actuels du Moyen-Orient ? C’est la question qui taraude les chefs d’États de la coalition internationale en Irak et en Syrie notamment. Une question qui, pour l’heure, reste en suspens.

Sur le terrain syrien et irakien, drones et avions militaires prédominent. Seuls les combattants kurdes agissent sur le plan terrestre. Hormis les raisons officielles et connues de tous comme l’intérêt humain et les risques de s’enliser dans un conflit long voire interminable, existe-il un intérêt économique, pour l’utilisation des drones, caché sous ces allégations ?

« L’objectif est de tirer le meilleur bénéfice des niches existantes », disait-on chez Dassault Aviation dès le lancement des projets de développement, en 2012, de drones de combat européens. Une phrase qui permet de comprendre l’enjeu financier que représentent les drones de guerre aujourd’hui. Les estimations présentent un marché autour de 10 milliards de dollars d’ici 2024, contre sept milliards de dollars actuellement. Le secteur est donc porteur et se voit promis à un bel avenir.

La France souhaite se positionner sur le marché

Outre les Américains qui dominent – outrageusement – le marché, devançant notamment Israël et la Grande-Bretagne, c’est la France qui désire entrer dans la danse des drones militaires avec pour objectif de « ne plus dépendre des Américains ou des Israéliens en matière de drones de surveillance », selon le rapport de l’Assemblée Nationale déposé par la commission de la défense et des forces armées sur les drones.

Ces objets volants s’avèrent parfois peu coûteux – à partir de quelques centaines de milliers d’euros pour les drones de surveillance – ce qui reste abordable si on en croît les atouts vantés sur le produit. Un drone coûte moins cher qu’un avion de chasse. Selon la Cour des comptes américaine, une heure de vol pour un drone serait, en termes de coûts, dix-huit fois inférieures à celle d’un chasseur furtif.

La défense française compte pour l’instant sur des engins de surveillance qui renseignent les forces armées mais qui ne disposent pas de force de frappe. Or, la réussite des Rafales et les ambitions de Dassault sont les symboles d’une France qui lorgne sur le marché des drones de guerre et qui souhaite s’engager en la matière.

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a d’ailleurs du mal à cacher ses volontés d’investissement sur le plan aérien et particulièrement sur les drones, qui ne consiste plus en un armement du futur mais bel et bien en un armement du présent.

Les États-Unis, maîtres des drones

Les États-Unis sont en avance en matière de drones militaires. Prôner leur utilisation sur le terrain est aussi une façon de soutenir l’économie américaine.

Derrière les éloges brossés à propos des drones, les Américains cherchent à inciter les pays à conclure des contrats d’armements avec eux. L’objectif est donc aussi d’encourager les exportations de drones américains aux nations qui cherchent à s’équiper dans le domaine.

Une volonté économique qui trouve son origine dans des convictions politiques. Parmi les promesses de campagne de Barack Obama avant son premier mandat, le retrait d’Irak et d’Afghanistan tenait une bonne place.

C’est le retour de la crainte de l’enlisement, des pertes au sol. « L’engagement au sol est toujours risqué et toujours coûteux. Il préfère s’en tenir à des frappes aériennes, aux forces spéciales et aux drones. C’est pour des raisons d’image politique. C’est très long les contre-guérillas, donc très coûteux. L’aérien convient à la mentalité américaine », analyse David Cumin maître de conférences et spécialiste des relations internationales.

Les fortes productions de drones américains et israéliens engendrent aussi des économies d’échelle non négligeables. Ce qui augmente encore un peu plus l’écart avec les concurrents internationaux qui dépendent d’une certaine manière de ces productions.

Les Européens, dont la France, aimeraient s’émanciper de cette dépendance mais ils font face à un problème majeur, celui des coûts de développement des drones. Estimés à plusieurs centaines de millions d’euros, ils freinent les investisseurs européens.

Humain et drone, quel est le plus rentable ?

L’heure est venue de comparer. L’armement « classique » est-il vraiment plus cher que le drone ?

Les faux-bourdons volants créent des économies pour la surveillance. Ils survolent les zones avec des moyens moins importants financièrement que les systèmes traditionnels de l’armée de l’air.

Mais il faut aussi prendre en compte le soutien logistique nécessaire à leur utilisation. Et là, les coûts s’envolent. Certes, le drone Predator, un drone de surveillance largement utilisé par l’armée américaine, peut voler 24 heures d’affilée mais, en régime de croisière, un drone demande l’emploi d’une quarantaine d’hommes.

Son coût d’acquisition représente aussi une part très importante du financement. En juin 2013, Jean-Yves Le Drian avait annoncé son intention d’acheter 12 drones américains pour un coût évalué à hauteur de 670 millions d’euros.

C’est donc dans les airs que les drones doivent démontrer leur rentabilité. Plus endurant, plus rapide, plus discret, capable de survoler des zones dangereuses et arides sans se faire repérer et surtout évitant les pertes humaines, le drone dispose de nombreux atouts. Encore faut-il rappeler que, la plupart du temps, l’engin demeure contrôlé par un homme.

Voir les commentaires (3)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (3)
  • « Plus endurant, plus rapide, plus discret, capable de survoler des zones dangereuses et arides sans se faire repérer et surtout évitant les pertes humaines, le drone dispose de nombreux atouts. »

    Les drones évitent les pertes humaines… sauf quand les drones tuent des civils qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment.

  • Un drone doit finalement coûter moins cher qu’un soldat et est bien plus endurant. Partie prenante des robots qui remplacent rapidement les humains presque partout.
    Mais la vraie question devrait être , tel Molière ,  » mais qu’allait il faire dans cette galère  » ? Pour nos interventions dans les crises des pays ! Mondialisation ou intérets ?

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Il y a trois ans et demi, le New York Times Magazine publiait "The 1619 Project".

Il y était affirmé que 1619, l'année où le premier navire négrier serait arrivé dans ce qui est aujourd'hui les États-Unis, était aussi fondamentale pour l'Amérique que l'année 1776, et que l'héritage de l'esclavage façonne toujours notre société. La créatrice du projet 1619, Nikole Hannah-Jones, a donné une interview au New York Times le 16 janvier, dans laquelle elle déclarait que "le capitalisme aux États-Unis a été largement façonné par l'esclavage".<... Poursuivre la lecture

Pratiquement aucune affirmation n'a été répétée aussi souvent dans les médias que celle selon laquelle l'inégalité entre les pauvres et les riches a augmenté massivement d'année en année - partout dans le monde et surtout aux États-Unis.

Pour mon livre In defence of Capitalism, j'ai commandé une enquête sur les perceptions du capitalisme dans 33 pays : nous avons présenté aux personnes interrogées dans les 33 pays une liste de 18 affirmations sur le capitalisme - positives et négatives. L'idée que le capitalisme conduit à une inégalité... Poursuivre la lecture

la Chine
11
Sauvegarder cet article

Si l’Histoire nous enseigne quelque chose, c’est qu’un empire ne peut tenir dans la durée que grâce à deux éléments clés : son armée et sa monnaie.

Son armée, car l’empire doit être capable de protéger son territoire et de conquérir de nouvelles terres pour s’étendre ; et sa monnaie car c’est avec elle qu’il paye ses militaires et c’est par elle qu'il entendra échanger des richesses avec ses vassaux. Dans ces deux domaines, un empire voulant durer doit mettre en place des mesures pour maintenir la stabilité à la fois militaire et écono... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles