Après Ben Guerdane, le meilleur et le pire en Tunisie

Tunisie : la lutte antiterroriste passe par le renforcement des droits individuels !

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Drapeau Tunisien à Paris en 2011 lors d'une manifestation (Crédits Gwenael Piaser, licence Creative Commons)

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Après Ben Guerdane, le meilleur et le pire en Tunisie

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 14 mars 2016
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Par Farhat Othman

Drapeau Tunisien à Paris en 2011 lors d'une manifestation (Crédits Gwenael Piaser, licence Creative Commons)
Drapeau Tunisien à Paris en 2011 lors d’une manifestation (Crédits Gwenael Piaser, licence Creative Commons)

Plus que jamais, l’attaque terroriste de Ben Guerdane en Tunisie profonde — ce sud où bat le cœur du pays loin des apparences citadines trompeuses — est venue en point d’orgue après d’autres attaques sanglantes. Mieux que tout, eu égard aux spécificités du lieu, de son occurrence et de l’atmosphère mentale actuelle dans le pays, notamment au niveau des élites, elle démontre que le meilleur et le pire sont possibles aujourd’hui en Tunisie.

Or, si le pire peut aider au meilleur, c’est encore mieux, car ni l’un ni l’autre ne saurait se passer d’aide pour dépasser ses fautes actuelles ou passées, sublimer ses défauts. En effet, il n’existe pas de bien absolu ni de mal absolu, la part du diable existant dans tout ange. Rappelons-nous : même Satan était un ange, archange qui plus est !

Renforcer le meilleur en Tunisie

Certains, en Tunisie, veulent faire accroire que le mal est incarné par le parti islamiste dénoncé comme étant intégriste religieux ; on exige de lui de battre sa coulpe pour se faire pardonner les fautes passées, apparemment reniées publiquement. C’est s’accrocher à des chimères, ne tenant pas compte des réalités présentes et leurs contraintes géostratégiques, et surtout oublier qu’en face, l’intégrisme peut aussi être profane.

Or, pour ceux qui sont au pouvoir ou en sont proches, on a commis ou on commet également des fautes que facilite l’usage abusif passé ou présent des leviers du pouvoir. Et un tel intégrisme profane ne pense pas encore à se faire pardonner déjà les fautes anciennes pour demander pardon pour celles qu’il pourrait commettre, ne serait-ce que par excès de zèle. Aussi faut-il un peu de lucidité et de sérénité pour se limiter à juger les uns et les autres sur leurs actes présents, ici et maintenant.

Il y en a aussi parmi les gens au pouvoir qui, se situant à l’opposé des ennemis invétérés du parti islamiste, en font désormais l’éloge sans exiger de lui des actes concrets. Je signalerai ici qu’au moment où ils les vilipendaient, je disais déjà qu’on ne pouvait gouverner sans les islamistes et je les appelais à être démocrates (ce qu’ils ont fini par entendre), leur suggérant des initiatives concrètes. C’est quand l’action n’a pas suivi que j’ai fini par les critiquer sans verser dans nul manichéisme cependant, et ce au moment même où l’on voyait les ennemis d’hier devenir de fervents supporters comme larrons en foire.

Ainsi, si d’aucuns ont changé, la pratique politicienne y aidant, je suis demeuré fidèle aux mêmes valeurs ; et c’est au nom de l’éthique que je dis toujours qu’il nous faut, non seulement aider Ennahdha à changer, mais l’y obliger de manière concrète.

Car s’il l’on ne peut pas raisonnablement se passer de ce parti pour gouverner paisiblement, il ne faut pas non plus le croire sur parole du fait que la variété et la mutabilité forment son essence selon les canons de la politique à l’antique qui peut rendre caméléon. Aussi, sa profession de foi démocratique doit être concrétisée par des actes. Pour cela, j’ai spécifié des initiatives dont certaines ont fait l’objet de projets de lois que j’ai appelé Ennahdha à valider et à faire voter au plus vite à l’ARP.

Il s’agit de textes à forte charge symbolique de nature à lever nombre de freins dans l’inconscient collectif et assainir l’imaginaire populaire de ses tabous castrateurs faussement religieux. Leur acceptation, leur défense et leur vote par Ennahdha seraient la plus belle confirmation de sa transformation en Démocratie islamique. Qu’il le fasse et qu’on l’aide à le faire ! C’est le vivre-ensemble paisible qui le commande et c’est ainsi qu’il triomphera.

Dans ce même cadre, j’ai appelé aussi l’Assemblée des Représentants du Peuple à adopter unanimement une Déclaration solennelle des droits du Tunisien qui viendrait confirmer les droits et libertés encore lettre morte de la Constitution que d’aucuns voudraient déjà enterrer.

Au lieu d’appeler à manifester contre le terrorisme, qu’on prenne l’initiative plus sérieuse de renforcer les droits et libertés citoyens par une telle déclaration ! Alors, on pourrait voir, prises sur sa base, de simples circulaires venir suspendre l’application de lois déjà abolies par la Constitution, mais toujours utilisées par les juges, en attendant une réforme législative qui ne peut que prendre du temps. C’est l’État de droit et la société de libertés qui sont le meilleur rempart contre le terrorisme.

Éviter le pire en Méditerranée

Pareillement à nos élites nationales, il importe que celles des pays amis, d’Occident particulièrement, prennent enfin la mesure de la gravité de la situation en Tunisie. En effet, si notre pays tombe face aux terroristes, c’est la voie ouverte pour eux vers l’Europe.

L’Union européenne doit en être consciente et sortir enfin de sa léthargie. Elle a intérêt à proposer l’intégration de la Tunisie et la traiter d’ores et déjà comme un État membre, la soutenant à bout de bras comme elle l’a fait pour les pays de l’Europe de l’Est au sortir du communisme ou la Grèce et le Portugal après la dictature grâce à des fonds européens y dédiés.

Ce serait d’autant plus facile que la Tunisie est structurellement, mais informellement, intégrée à l’Europe ; il suffirait de l’aider à sortir de sa crise actuelle en annulant déjà sa dette, la transformant en investissements. On doit même décider au plus vite une sorte de plan Marshall sans lequel l’Europe n’aurait pas pansé ses plaies après la guerre.

C’est une question de salut national, non seulement pour la Tunisie, mais l’Europe aussi. Ma proposition de créer un espace méditerranéen de démocratie devient alors incontournable, devant commencer par se manifester avec l’ouverture des frontières aux ressortissants tunisiens sous visa biométrique de circulation.

Cela aura pour effet majeur de retenir nombre de jeunes désespérés d’aller quêter un sens à leur vie sur les chemins de traverse et dans les rangs du crime organisé. Nos jeunes sont pleins de talents, porteurs pour la plupart de projets économiques plus novateurs les uns que les autres, impliquant la communauté expatriée et leurs régions d’origine dans le pays. Il leur manque juste la liberté de circulation pour donner vie à de tels projets et dynamiser l’économie dans les pays des deux rives méditerranéennes.

De plus, une liberté de circulation raisonnée, se faisant par un outil respectueux des réquisits sécuritaires, outre le droit international (le prélèvement des empreintes digitales sans compensation étant illégal), permettra de faire disparaître le phénomène d’immigration clandestine puisqu’on ne se maintient dans l’illégalité que faute de pouvoir circuler librement.

Enfin, n’est-il pas faire preuve de libéralisme que d’étendre le principe de la liberté aux humains ? Est-il éthique de prévoir juste la libre circulation pour les marchandises et non pour les créateurs de telles richesses ? Il est bien temps de faire entrer l’éthique en politique, pratiquer une poléthique !

 

 

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  • Je suis d’accord qu’avoir des partenariats avec la Tunisie est important, mais je ne suis pas persuadé qu’une perfusion financière soit la bonne solution. Il faut que les tunisiens créé de la richesse, qu’ils retrouvent plus de liberté économique. L’occident peut aider sur le plan millitaire et sur les accords commerciaux, mais des subventions seraient contre productives.

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