[Replay] Retour sur l’affaire AirCocaïne

Nouveau rebondissement avec l'extradition vers la République Dominicaine de Christophe Naudin. L'occasion de revenir sur ce qui s'est passé.

Par le Parisien libéral.

Départ d'avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)
Départ d’avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)

 

L’affaire « Air Cocaïne » est une affaire judiciaire qui débute en mars 2013 à l’aéroport international de Punta Cana en République dominicaine. La police locale avait saisi 25 valises, soit 700 kg de cocaïne dans un jet privé transportant deux passagers. Quatre citoyens français, les deux passagers et les deux pilotes de l’appareil où a été trouvée la drogue, ont été inculpés dans le cadre de cette affaire et passent en jugement avec d’autres inculpés locaux devant la justice dominicaine. Elle trouve un nouveau tournant avec l’exfiltration privée des deux pilotes.

Vous avez lu le récit de cette rocambolesque évasion, il est hallucinant. Gageons que ses organisateurs revendront les droits à Hollywood pour tourner un nouveau Midnight Express. Mais au-delà de l’opération en elle-même, notons qu’il y a une bonne nouvelle, mais aussi des questions.

 La bonne nouvelle, c’est que, malgré
  • la surveillance généralisée du monde entier par la DCRI,
  • le tracking des bateaux (Marine Traffic) et des avions (Flighradar),
  • les dispositifs de contrôle des frontières, notamment en ces temps de Vigipirate ++++,
  • la vidéosurveillance couplée à la reconnaissance faciale,
  • l’existence de fichiers de personnes recherchées,

eh bien malgré tout cela, il reste possible de naviguer dans la mer des Antilles, dont la surveillance est une top priorité pour la DEA, puis traverser l’Atlantique, l’océan le plus surveillé du monde, et de se poser en France, tranquillement, sans problèmes.

Les questions, évidemment, résident dans les conditions de réalisation de cet exploit : les services secrets et l’armée sont-ils à ce point en roue libre que leurs opérations, au jour le jour, échappent totalement à Le Drian, il est vrai occupé à gérer plusieurs guerres et une campagne électorale en Bretagne, et à Valls, trop préoccupé par la lutte contre le FN ?

Est-il possible de payer des douaniers pour qu’ils ferment les yeux, ce qui expliquerait pourquoi, en termes de corruption, la France n’est pas la mieux classée, au sein des démocraties occidentales, par Transparency International ? Et si aucun douanier n’a été payé, comment les deux pilotes ont embarqué, étant donné que les territoires d’outre-mer ne font pas partie de l’espace Schengen ? Est-ce que, comme dans la ferme des animaux, certains seraient plus égaux que d’autres ?

Si jamais vous voulez transporter plusieurs centaines de kilos de drogue, pensez à avoir un solide réseau d’amis parmi les forces armées françaises, ça pourra toujours servir.

Et au-delà de l’ironie, une mesure utile que pourrait prendre immédiatement le Quai d’Orsay consiste en la diffusion de l’information sur les systèmes judiciaires locaux auxquels les Français, businessmen ou touristes, pourraient être confrontés. Oui, il est risqué de voyager hors d’Europe. Même en pointant les manquements chez nous, force est de constater que, malgré tout, l’UE est et reste ce qui se fait de mieux en matière de respect de la personne et de ses droits.

Après tout, peut-être que moins de Français iraient dans certains pays touristiques en vogue s’ils étaient effectivement informés du fait que la corruption de la police locale les met objectivement en danger.

On espère quand même que les pilotes, qui ne seront pas extradés vers la République Dominicaine, puisque la France n’extrade pas ses nationaux, sauf s’il s’agit de militants basques coupables de délits d’opinion, sont effectivement innocents et victimes d’une ignoble machination. Parce qu’après cela, on aura beau jeu d’expliquer que la lutte contre le trafic de drogue est une de nos priorités.

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