Mariton, Le Maire : léger sursaut libéral à droite ?

Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)

Après Hervé Mariton, c’est Bruno Le Maire qui se présente aux primaires à droite.

Par Frédéric Mas.

Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)
Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)

Alors que la droite organise ses primaires pour les présidentielles de 2017, plusieurs candidats semblent avoir trouvé dans le libéralisme politique une source d’inspiration pour se distinguer de leurs adversaires. Après Hervé Mariton, c’est Bruno Le Maire qui s’est lancé dans la course, se présentant lui-même comme en rupture avec l’offre politique plus consensuellement gaulliste-sociale-pragmatique des Sarkozy et autres Copé. La classe politique française serait-elle en train d’évoluer ? Pas si vite.

Un signal à gauche

Jusqu’à présent, peu d’hommes politiques osaient se présenter comme libéraux, tant l’étiquette infamante est devenue en France synonyme de casse sociale, de fortune vagabonde et apatride et de complot capitaliste anglo-saxon. C’est d’ailleurs à gauche, au plus grand étonnement d’une partie des commentateurs, que l’étiquette libérale est redevenue un peu plus acceptable, par l’intermédiaire d’Emmanuel Macron. Ce dernier n’ayant pas tout à fait le profil de ses collègues au sein de l’exécutif, il s’est sans doute rappelé qu’historiquement, la famille politique libérale est née à gauche avant d’émigrer vers la droite, en cela conformément au sinistrisme cher à Thibaudet. Seulement les temps sont durs, et ce petit espace de liberté idéologique s’est très vite réduit. Sur sa droite, le gouvernement Valls a préféré Clemenceau à Tocqueville et l’état d’urgence à l’état de droit, et sur sa gauche, Martine Aubry rassemble les mécontents persuadés que c’est dans les vieux pots marxistes qu’on fait les meilleures soupes socialistes. Le projet de réforme du droit du travail qui, bien qu’assez timide et mal fichu, pourrait tout à fait mobiliser cette dernière gauche des corps constitués et éteindre les quelques velléités de réforme du gouvernement.

À droite, des primaires déprimantes

Les Républicains ont choisi d’organiser des primaires pour départager des candidats aussi ternes les uns que les autres. Tous incarnent, avec 50 nuances de gris, la pétrification du personnel politique français de ces 40 dernières années, et les programmes, interchangeables, ne visent finalement qu’à mettre en valeur le style et la comm’ des candidats en lice. Sarkozy croyait pouvoir revenir en politique et écraser ses adversaires en un rien de temps, on s’est vite aperçu que personne ne souhaitait son retour, et que son programme ne valait pas grand-chose. Il est possible que sa récente mise en examen achève sa candidature définitivement. Fillon et Copé, les frères ennemis, n’ont pas trouvé le discours décisif capable de capter l’attention du futur électeur. Les candidats les plus audibles sont ceux qui misent sur le discours populiste, comme Nadine Morano ou Frédéric Lefebvre, sans pour autant percer dans les sondages.

Mariton, libéral revendiqué

Macron est devenu populaire, symbole d’une gauche libérale et moderne, et a peut-être décomplexé à droite (et même à l’extrême droite !) certains candidats. Peut-être pas Hervé Mariton, qui s’intéresse au libéralisme depuis longtemps. Ce dernier se présente d’ailleurs comme le seul vrai candidat libéral à la primaire qu’il définit comme « favorables aux libertés civiles et politiques ». Il s’est d’ailleurs prononcé contre le prolongement automatique de l’état d’urgence. Favorable à une simplification du Code du travail et à la flat tax, ce qui sonne de manière assez neuve en France, il cherche également à attirer les voix conservatrices qui se sont opposées au mariage pour tous. Cet équilibre libéral-conservateur se veut à distance raisonnable d’autres candidatures largement néo-gaullistes.

Bruno Le Maire, « néolibéral » ?

Bruno Le Maire, qui a déclaré sa candidature il y a quelques jours, a hérité quant à lui de l’étiquette néolibérale après ses propos sur la privatisation de Pôle Emploi. Lui aussi veut alléger le Code du travail, et réformer la fiscalité, en particulier en supprimant l’ISF. Il s’était déjà retrouvé face à Mariton et Sarkozy en 2014, mais pour briguer la présidence de l’UMP devenue par la suite Les Républicains.

Comme portée par l’air du temps, même Nathalie Kosusko Morizet s’est fendue récemment de déclarations libérales, sans pour autant endosser avec la même franchise que Mariton ou Le Maire l’étiquette.

S’agit-il d’une mode passagère ? D’une manière tactique d’attirer à soi les électeurs les plus agacés par le matraquage fiscal et l’incurie gouvernementale, notamment en matière de sécurité ? Possible. Espérons, mais pas trop, que la classe politique prenne conscience aussi de ses limites.

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