La Chine et l’Inde se moquent du CO2 (4/5)

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Et quand bien même nous dépenserions des milliards pour réduire nos émissions de CO2 en Europe, cela ne servirait à rien !

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Cette analyse a pour but de trancher la question suivante : un décideur politique doit-il dépenser dès aujourd’hui des milliards pour tenter très hypothétiquement de changer ce que sera le climat dans 80 à 100 ans, ou doit-il se préoccuper de ses problèmes immédiats, et parier sur les progrès technologiques et les capacités d’adaptation des humains d’aujourd’hui et de demain pour régler les éventuelles conséquences d’un changement climatique ? Autrement dit, face au changement climatique, faut-il privilégier une approche dirigiste ou libérale ?

Avertissement : bien que l’auteur soit ouvertement « climato-sceptique », les éléments qui suivent seront développés comme si l’on pouvait faire confiance aux conclusions et aux marges d’incertitudes figurant dans les sous-rapports 1,2, et 3, du rapport complet du GIEC de 2013.

Par Vincent Bénard.

imgscan contrepoints 122 Chine MaoJ’ai récemment expliqué que la Chine et l’Inde, respectivement 1er et 4ème grand blocs mondiaux en termes d’émissions de CO2 (1. Chine, 2.USA, 3.UE, 4.Inde – ⅔ des émissions à eux 4), n’avaient pas l’intention de renoncer au développement de centrales à charbon pour faire plaisir aux occidentaux, car ils placent bien avant les hypothétiques malheurs climatiques du monde à 100 ans d’ici les difficultés bien réelles et immédiates de leurs populations de pays émergents. À elles deux, la Chine et l’Inde envisagent de construire 1500 nouvelles centrales à charbon dans les prochaines années, portant leur total à 4500, soit 9 fois plus que dans toute l’Europe !

Concentrons nous sur la Chine : elle représente déjà 29% des émissions mondiales, et va encore les augmenter d’au moins un tiers d’ici 2030, soit environ 235 millions de tonnes supplémentaires par an (Voir le tableau des émissions mondiales depuis 1990).

Le graphique ci-dessous montre la différence d’évolution du rythme des émissions entre la Chine et l’Inde d’un côté, et l’UE de l’autre. En obtenant (facilement) que l’accord “COP21” de Paris ne soit pas contraignant, ces deux pays n’ont pas fait mystère que leur priorité irait au développement économique, que cela nécessitait d’augmenter leur production d’énergie, et que la tendance à l’augmentation des rejets de CO2 allait se poursuivre et ne s’inverserait, selon toute vraisemblance, pas avant 2035.

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Par conséquent, même si l’Europe poursuivait ses réductions d’émissions sur le même rythme que depuis 10 ans (700 millions de tonnes en 10 ans, soit 70/an), cela représenterait moins du tiers des augmentations chinoises dans le même temps. Ramener la réduction de nos émissions au rythme des années 1990 (30 Mt/an), à l’époque où celles-ci étaient peu ou prou uniquement liées à l’amélioration de notre efficacité énergétique, sans trop nous préoccuper spécifiquement du CO2, n’aurait pas plus d’influence sur les rejets de CO2 que 18 mois d’augmentation des rejets en Chine.

Autrement dit : si nous, Européens, dépensions des milliards supplémentaires d’argent public pour abaisser nos émissions au-delà du rythme “naturel” lié aux progrès technologiques dans une économie privée, nous ne retarderions que de 18 mois (au mieux, en ne comptant que l’augmentation des rejets de la Chine) la présence dans l’atmosphère d’une quantité de CO2 égale.

Et à l’intérieur de l’Europe, s’il y a bien un pays qui ferait mieux de laisser leur part d’efforts à d’autres, c’est la France. La France est le second pays à fort PIB de l’union le plus « vertueux » en termes d’émissions de CO2 par habitant, derrière la Suède, qui dispose d’exceptionnelles capacités hydroélectriques. Et si on intègre la Suisse (“CO2 performante” pour les mêmes raisons que la Suède) au bloc Europe, la France reste troisième. Par habitant et par point de PIB, les Allemands et les Anglais, pour ne citer qu’eux, sont bien plus « CO2 émissifs » que nous.

Or, abaisser ses émissions en partant de haut, simplement en copiant ceux qui sont avant vous, est bien plus facile que de faire battre des records aux champions. Autrement dit, il coûterait bien moins cher d’abaisser les émissions de 9 à 8 tonnes par tête en Allemagne, que de 6 à 5 en France.

Allons un peu plus loin. Les politiques obligeant les industriels les plus émetteurs à acheter des quotas carbone les poussent à fermer leurs installations en Europe, où elles restent malgré tout relativement contrôlées et efficientes, à toucher le jackpot en revendant leurs quotas (puisqu’en fermant un site polluant, elles réduisent leurs émissions !), et à réimplanter leurs usines dans les pays les moins regardants. Ce n’est pas une surprise, mais l’aciériste indien Mittal est passé maître dans ce type de manœuvres, et Lakshmi Mittal lui-même dénonce ici l’impact négatif de politiques anti CO2 trop drastiques sur l’industrie européenne. Autrement dit, cette politique est perdante pour l’Europe : les entreprises sont quasiment subventionnées pour délocaliser leurs emplois, les entreprises restantes paient et sont moins compétitives, et les émissions de CO2 globales augmentent, puisque les nouvelles usines s’installent dans des pays à moindre efficacité énergétique ! La loi des conséquences inattendues frappe encore…

En maintenant en Europe en général, et en France en particulier, des politiques anti-CO2 confinant au fanatisme, nous ne faisons que déplacer les productions “CO2 émissives” vers des zones géographiques à forts taux d’émissions, pays dont les opinions et les gouvernants rejettent le CO2 très loin dans leurs priorités. Au contraire, des politiques favorables à l’investissement en Europe, donc permettant une bonne rémunération du capital, auraient un impact positif sur les émissions, en incitant les investisseurs étrangers à investir leurs unités de production dans des territoires qui se trouvent être, en moyenne, les plus vertueux en termes d’émissions de CO2 par point de PIB. Et naturellement, elles favoriseraient la croissance et la création d’emplois, problèmes bien plus actuels que le climat dans 100 ans !

Mais alors, ne faut-il pas s’inquiéter de l’attitude peu regardante de la Chine et de l’Inde sur le CO2 ? Non, car là encore, des éléments récents, postérieurs à ceux pris en compte avant le bouclage du dernier rapport du GIEC, viennent encore réduire les craintes quant à l’élévation de température future liée à la présence de ce gaz dans l’atmosphère.

Les fourchettes hautes des scénarios du GIEC sont-elles les plus probables ?

Nous avons jusqu’ici examiné l’impact de scénarios induisant de forts changements de température, correspondant au haut de la fourchette des hausses de température “TCR” envisagées par le GIEC. Or, le rapport du sous-groupe n°1 indique systématiquement une valeur haute, une valeur basse, et une valeur moyenne pour cette température TCR.

Et si le rapport du GIEC se base sur la moyenne d’études de tous âges pour communiquer ses estimations, il se trouve que certains auteurs, dont certains participent au GIEC, ont observé que plus les études étaient récentes, plus l’intervalle et la valeur médiane baissaient. C’est assez logique : les modèles climatiques ont longtemps sous-estimé, faute de compréhension, la place de phénomènes comme la formation nuageuse, ou les variations du rayonnement solaire, dans les équations du climat. De plus, aucun modèle n’avait prévu le « plateau » de températures observé depuis 1999 à nos jours, alors que les dégagements de CO2 ont augmenté. La prise en compte de ces deux éléments conduit les études les plus récentes, postérieures à celles prise en compte par le GIEC pour son rapport 2013 (AR5), à abaisser considérablement l’intervalle et la valeur moyenne de la TCR. Selon ce papier signé par plusieurs auteurs dont certains du GIEC, cette température serait estimée (confiance à 95%) entre 0.9 à 2°C avec meilleure estimation à 1.3°C par les études les plus récentes (voir graphe ci-dessous).

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C’est donc 0.5°C de moins que la valeur figurant dans le rapport du GIEC. Et surtout, c’est la limite en dessous de laquelle le WG2 estime que l’impact de la hausse des températures sur le PIB sera quasiment nul.

Un second graphique (Lewis et Al, 2015 – ci-dessous) illustre de façon encore plus parlante le resserrement des intervalles de risque opéré par les scientifiques GIECO-compatibles au fur et
à mesure que la connaissance progresse.

Ajoutons encore que les estimations de TCR mentionnées ci-dessus ne prennent pas en compte les études “Non labellisées GIEC” imputant au CO2 une sensibilité encore inférieure, voire nulle, car basées sur une interprétation « climato-sceptique » des phénomènes physiques sous-jacents.

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Ajoutons à cela que depuis 18 ans, l’évolution des températures se situe en-dessous des prévisions du plus pessimiste des modèles du GIEC (graphe ci-dessous) :
Donc, depuis 18 ans, tous les modèles du GIEC sans exception ont surestimé la hausse de températures par rapport à ce qui a été mesuré. Sachant cela, quelle est la probabilité pour que tout à coup, ils la sous-estiment demain ? Très faible, assurément.

Bref, si les données fournies par le GIEC militent déjà pour prendre comme hypothèse de travail des hausses de température qui ne peuvent réellement effrayer, les données des études postérieures au rapport 2013 du GIEC, que celui-ci sera sans doute amené à prendre en compte dans son 6ème rapport (en 2019) nous invitent à plus d’optimisme encore, et à considérer que les valeurs de hausse de température par doublement du CO2 seront nettement inférieures au seuil de 2°C désigné par le GIEC comme problématique.

Et gardons à l’esprit que ces fourchettes d’estimations déjà très raisonnables seraient largement abaissées si, d’aventure, les études écartées par le GIEC pour non-conformité au modèle climatique dominant voyaient leurs effets se vérifier à l’avenir, conduisant inévitablement à abandonner l’hypothèse d’une relation importante entre CO2 et climat. Par où que l’on prenne le problème, il n’y a qu’une probabilité très faible d’observer, dans plusieurs décennies, un commencement de réchauffement à impact économique très légèrement négatif, et infinitésimale pour que ce réchauffement puisse constituer un véritable handicap pour les humains qui le vivraient.
Bref, quel que soit l’angle d’étude considéré, tout pousse à considérer l’évolution des températures à 100 ans comme une question tout à fait secondaire, dont les politiciens d’aujourd’hui n’ont pas à se préoccuper.

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