La Chine et l’Inde se moquent du CO2 (4/5)

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La Chine et l’Inde se moquent du CO2 (4/5)

Publié le 28 janvier 2016
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1ère partie en ligne ici.

2ème partie en ligne ici.

3ème partie en ligne ici.

Cette analyse a pour but de trancher la question suivante : un décideur politique doit-il dépenser dès aujourd’hui des milliards pour tenter très hypothétiquement de changer ce que sera le climat dans 80 à 100 ans, ou doit-il se préoccuper de ses problèmes immédiats, et parier sur les progrès technologiques et les capacités d’adaptation des humains d’aujourd’hui et de demain pour régler les éventuelles conséquences d’un changement climatique ? Autrement dit, face au changement climatique, faut-il privilégier une approche dirigiste ou libérale ?

Avertissement : bien que l’auteur soit ouvertement « climato-sceptique », les éléments qui suivent seront développés comme si l’on pouvait faire confiance aux conclusions et aux marges d’incertitudes figurant dans les sous-rapports 1,2, et 3, du rapport complet du GIEC de 2013.

Par Vincent Bénard.

imgscan contrepoints 122 Chine MaoJ’ai récemment expliqué que la Chine et l’Inde, respectivement 1er et 4ème grand blocs mondiaux en termes d’émissions de CO2 (1. Chine, 2.USA, 3.UE, 4.Inde – ⅔ des émissions à eux 4), n’avaient pas l’intention de renoncer au développement de centrales à charbon pour faire plaisir aux occidentaux, car ils placent bien avant les hypothétiques malheurs climatiques du monde à 100 ans d’ici les difficultés bien réelles et immédiates de leurs populations de pays émergents. À elles deux, la Chine et l’Inde envisagent de construire 1500 nouvelles centrales à charbon dans les prochaines années, portant leur total à 4500, soit 9 fois plus que dans toute l’Europe !

Concentrons nous sur la Chine : elle représente déjà 29% des émissions mondiales, et va encore les augmenter d’au moins un tiers d’ici 2030, soit environ 235 millions de tonnes supplémentaires par an (Voir le tableau des émissions mondiales depuis 1990).

Le graphique ci-dessous montre la différence d’évolution du rythme des émissions entre la Chine et l’Inde d’un côté, et l’UE de l’autre. En obtenant (facilement) que l’accord “COP21” de Paris ne soit pas contraignant, ces deux pays n’ont pas fait mystère que leur priorité irait au développement économique, que cela nécessitait d’augmenter leur production d’énergie, et que la tendance à l’augmentation des rejets de CO2 allait se poursuivre et ne s’inverserait, selon toute vraisemblance, pas avant 2035.

Ben1

Par conséquent, même si l’Europe poursuivait ses réductions d’émissions sur le même rythme que depuis 10 ans (700 millions de tonnes en 10 ans, soit 70/an), cela représenterait moins du tiers des augmentations chinoises dans le même temps. Ramener la réduction de nos émissions au rythme des années 1990 (30 Mt/an), à l’époque où celles-ci étaient peu ou prou uniquement liées à l’amélioration de notre efficacité énergétique, sans trop nous préoccuper spécifiquement du CO2, n’aurait pas plus d’influence sur les rejets de CO2 que 18 mois d’augmentation des rejets en Chine.

Autrement dit : si nous, Européens, dépensions des milliards supplémentaires d’argent public pour abaisser nos émissions au-delà du rythme “naturel” lié aux progrès technologiques dans une économie privée, nous ne retarderions que de 18 mois (au mieux, en ne comptant que l’augmentation des rejets de la Chine) la présence dans l’atmosphère d’une quantité de CO2 égale.

Et à l’intérieur de l’Europe, s’il y a bien un pays qui ferait mieux de laisser leur part d’efforts à d’autres, c’est la France. La France est le second pays à fort PIB de l’union le plus « vertueux » en termes d’émissions de CO2 par habitant, derrière la Suède, qui dispose d’exceptionnelles capacités hydroélectriques. Et si on intègre la Suisse (“CO2 performante” pour les mêmes raisons que la Suède) au bloc Europe, la France reste troisième. Par habitant et par point de PIB, les Allemands et les Anglais, pour ne citer qu’eux, sont bien plus « CO2 émissifs » que nous.

Or, abaisser ses émissions en partant de haut, simplement en copiant ceux qui sont avant vous, est bien plus facile que de faire battre des records aux champions. Autrement dit, il coûterait bien moins cher d’abaisser les émissions de 9 à 8 tonnes par tête en Allemagne, que de 6 à 5 en France.

Allons un peu plus loin. Les politiques obligeant les industriels les plus émetteurs à acheter des quotas carbone les poussent à fermer leurs installations en Europe, où elles restent malgré tout relativement contrôlées et efficientes, à toucher le jackpot en revendant leurs quotas (puisqu’en fermant un site polluant, elles réduisent leurs émissions !), et à réimplanter leurs usines dans les pays les moins regardants. Ce n’est pas une surprise, mais l’aciériste indien Mittal est passé maître dans ce type de manœuvres, et Lakshmi Mittal lui-même dénonce ici l’impact négatif de politiques anti CO2 trop drastiques sur l’industrie européenne. Autrement dit, cette politique est perdante pour l’Europe : les entreprises sont quasiment subventionnées pour délocaliser leurs emplois, les entreprises restantes paient et sont moins compétitives, et les émissions de CO2 globales augmentent, puisque les nouvelles usines s’installent dans des pays à moindre efficacité énergétique ! La loi des conséquences inattendues frappe encore…

En maintenant en Europe en général, et en France en particulier, des politiques anti-CO2 confinant au fanatisme, nous ne faisons que déplacer les productions “CO2 émissives” vers des zones géographiques à forts taux d’émissions, pays dont les opinions et les gouvernants rejettent le CO2 très loin dans leurs priorités. Au contraire, des politiques favorables à l’investissement en Europe, donc permettant une bonne rémunération du capital, auraient un impact positif sur les émissions, en incitant les investisseurs étrangers à investir leurs unités de production dans des territoires qui se trouvent être, en moyenne, les plus vertueux en termes d’émissions de CO2 par point de PIB. Et naturellement, elles favoriseraient la croissance et la création d’emplois, problèmes bien plus actuels que le climat dans 100 ans !

Mais alors, ne faut-il pas s’inquiéter de l’attitude peu regardante de la Chine et de l’Inde sur le CO2 ? Non, car là encore, des éléments récents, postérieurs à ceux pris en compte avant le bouclage du dernier rapport du GIEC, viennent encore réduire les craintes quant à l’élévation de température future liée à la présence de ce gaz dans l’atmosphère.

Les fourchettes hautes des scénarios du GIEC sont-elles les plus probables ?

Nous avons jusqu’ici examiné l’impact de scénarios induisant de forts changements de température, correspondant au haut de la fourchette des hausses de température “TCR” envisagées par le GIEC. Or, le rapport du sous-groupe n°1 indique systématiquement une valeur haute, une valeur basse, et une valeur moyenne pour cette température TCR.

Et si le rapport du GIEC se base sur la moyenne d’études de tous âges pour communiquer ses estimations, il se trouve que certains auteurs, dont certains participent au GIEC, ont observé que plus les études étaient récentes, plus l’intervalle et la valeur médiane baissaient. C’est assez logique : les modèles climatiques ont longtemps sous-estimé, faute de compréhension, la place de phénomènes comme la formation nuageuse, ou les variations du rayonnement solaire, dans les équations du climat. De plus, aucun modèle n’avait prévu le « plateau » de températures observé depuis 1999 à nos jours, alors que les dégagements de CO2 ont augmenté. La prise en compte de ces deux éléments conduit les études les plus récentes, postérieures à celles prise en compte par le GIEC pour son rapport 2013 (AR5), à abaisser considérablement l’intervalle et la valeur moyenne de la TCR. Selon ce papier signé par plusieurs auteurs dont certains du GIEC, cette température serait estimée (confiance à 95%) entre 0.9 à 2°C avec meilleure estimation à 1.3°C par les études les plus récentes (voir graphe ci-dessous).

Ben2

C’est donc 0.5°C de moins que la valeur figurant dans le rapport du GIEC. Et surtout, c’est la limite en dessous de laquelle le WG2 estime que l’impact de la hausse des températures sur le PIB sera quasiment nul.

Un second graphique (Lewis et Al, 2015 – ci-dessous) illustre de façon encore plus parlante le resserrement des intervalles de risque opéré par les scientifiques GIECO-compatibles au fur et
à mesure que la connaissance progresse.

Ajoutons encore que les estimations de TCR mentionnées ci-dessus ne prennent pas en compte les études “Non labellisées GIEC” imputant au CO2 une sensibilité encore inférieure, voire nulle, car basées sur une interprétation « climato-sceptique » des phénomènes physiques sous-jacents.

Ben3

Ajoutons à cela que depuis 18 ans, l’évolution des températures se situe en-dessous des prévisions du plus pessimiste des modèles du GIEC (graphe ci-dessous) :
Donc, depuis 18 ans, tous les modèles du GIEC sans exception ont surestimé la hausse de températures par rapport à ce qui a été mesuré. Sachant cela, quelle est la probabilité pour que tout à coup, ils la sous-estiment demain ? Très faible, assurément.

Bref, si les données fournies par le GIEC militent déjà pour prendre comme hypothèse de travail des hausses de température qui ne peuvent réellement effrayer, les données des études postérieures au rapport 2013 du GIEC, que celui-ci sera sans doute amené à prendre en compte dans son 6ème rapport (en 2019) nous invitent à plus d’optimisme encore, et à considérer que les valeurs de hausse de température par doublement du CO2 seront nettement inférieures au seuil de 2°C désigné par le GIEC comme problématique.

Et gardons à l’esprit que ces fourchettes d’estimations déjà très raisonnables seraient largement abaissées si, d’aventure, les études écartées par le GIEC pour non-conformité au modèle climatique dominant voyaient leurs effets se vérifier à l’avenir, conduisant inévitablement à abandonner l’hypothèse d’une relation importante entre CO2 et climat. Par où que l’on prenne le problème, il n’y a qu’une probabilité très faible d’observer, dans plusieurs décennies, un commencement de réchauffement à impact économique très légèrement négatif, et infinitésimale pour que ce réchauffement puisse constituer un véritable handicap pour les humains qui le vivraient.
Bref, quel que soit l’angle d’étude considéré, tout pousse à considérer l’évolution des températures à 100 ans comme une question tout à fait secondaire, dont les politiciens d’aujourd’hui n’ont pas à se préoccuper.

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial réchauffement climatique

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  • Comme d’habitude: bien raisonné.
    Cet aspect de l’inutilité des milliards dépensés en France pour cette affaire, du fait que nous ne représentons que 1% des émissions mondiales pendant que les autres augmentent N fois plus que nous et plus le fait que nous avons par tête d’habitant déjà une des plus petite production de CO2 du monde n’est pas assez développé dans les médias.
    Ce n’est pas du tout scientifique, c’est du simple bon sens (par opposition au réchauffement dont la compréhension nécessite un minimum de connaissance scientifique).
    De plus avec internet en deux clics les chiffres de l’OCDE et autres sont immédiatement accessibles.
    Malheureusement la conclusion s’impose: la manipulation médiatique a lobotomisé les Français.

  • Effectivement. Les grandes nations « charbonnières » ne vont pas se priver des ressources qu’elles ont sous les pieds au seul « risque » d’un hypothétique déréglement climatique. Le charbon s’exporte mal (car densité d’énergie faible) au regard du pétrole. Il faut ainsi l’utiliser au plus prêt des mines afin qu’il garde sa rentabilité.

    Mais il n’y a pas que le CO2 qui jour dans la balance. Rien que l’Allemagne en 2014 a produit plus de 20 Millions de tonnes de cendres à cause de ces centrales à lignite. Depuis le début de l’extraction, les mines (à ciel ouvert) y ont déplacées de force 100000 personnes … et ça bizarrement personne n’en parle … Plus généralement, le charbon est une plaie du point de vue de l’acidification des pluies, des particules fines dans l’air, des mineurs eux-mêmes (10000 décès par an dans le monde directement dans les mines, et 300000 prématurés conséquences des antracoses et silicoses).

    Bref, le charbon est une plaie et je reprends ici les chiffres de Jancovici, sans la moindre contradiction alors qu’il n’est pas dans le rang des climato-sceptiques. Ainsi, sans l’aspect « CO2), on voit bien les affres de la production charbo-électrique. Et c’est bien ce qui pourrait changer la donne dans les pays émergents (on a vu la chine qui ne peut plus respirer dans les grandes villes) … le CO2 ne les convaincra pas d’abandonner le charbon, mais peut-être d’autre raisons environnementales.

    La France quant à elle peut engager la voie vers l’économie « verte » si ce sont ces importations qui diminuent (car elles sont fortement corrélées au PIB). Le premier poste est de remplacer le pétrole par l’électricité. Ce n’est n’est pas incompatible avec le fait qu’en été, notre parc nucléaire est sous utilisé ( taux de charge 40%). C’est un grand gachis qu’il faut combler rapidement.

    • @EDC10 : Vous avez tout à fait raison de signaler les autres dangers du Charbon.

      L’article que j’ai placé en lien au début (et qui est aussi sur CP: http://www.contrepoints.org/2015/12/15/232852-cop21-un-accord-historique-en-trompe-loeil ) explique le dilemme chinois: La population voudrait des résultats immédiats sur les réductions de NO/SOx, qui pollue réellement leur quotidien, mais l’état chinois, malgré ses moyens autoritaires, a du mal a imposer que les vieilles usines installent (ou ne shuntent pas) les équipements de dépollution adaptés. C’est aussi une des motivations pour construire de nouvelles usines qui résoudront, mais « peut être et en partie seulement », ces problèmes.

      Mais d’autre part, le parti a peur que si la croissance baisse, le peuple cesse d’être docile. Et le charbon emploie des centaines de milliers de personnes. Et la croissance demande de l’énergie. Donc la Chine ne fera rien pour remplacer le charbon tant que l’évolution technologique n’aura pas considérablement fait chuter le prix des solutions concurrentes.

      (à noter que la Chine, le japon et les US ont signé des accords pour sortir des centrales nucléaires nouvelles génération au Thorium, espoir de mise en prod 2035 – mais le nucléaire ne prendra pas une place significative dans leur mix avant cette période de toute façon.)

  • du temps des dinosaures les taux de co2 étaient 10 à 15 fois supérieur à nos valeurs actuelles et la végétation était à son apogée de taille .

  • Il y a deux sortes de personnes:
    Une qui prends les « politiciens et experts » pour des gens honnêtes jusqu’à la preuve du contraire,
    a laquelle catégorie j’associe l’auteur de l’article.
    Une autre catégorie (a laquelle j’appartient) qui pense que les « politiciens et experts » sont bandits jusqu’à la preuve du contraire.
    Dit autrement , croire qu’un phénomène qui existe depuis 3-4 milliards d’années (le climat), puisse être « modélisé » par des données collectées depuis au plus 50 ans est d’un grotesque sans nom ni limite et même plus si je trouverais d’autres mots pour le définir.
    Donc, ne vous fatiguez pas a essayer de justifier quoi que ce soit.
    A la base c’est un projet politique, pour le contrôle des populations, rien d’autre.

    • @bobomede

      Je suis tout aussi sceptique que vous sur l’honnêteté du politique et de certains scientifiques hautement politisés.

      Mais pour cette série d’articles, comme écrit en préambule, j’ai « fait comme si », afin de donner des arguments à répondre aux gens qui, de bonne foi, pensent que « tout de même, le GIEC, tous ces scientifiques, ne peuvent pas ne raconter que des conneries », qui sont la majorité des gens que nous sommes amenés à croiser au quotidien, et qui ont été en outre conditionnés au « principe de précaution » ultime, à savoir « il faut faire quelque chose même si ça ne sert à rien, parce que on ne sait jamais ».

      • Oui, je l’avais déjà compris. De toute façon je trouve vos articles bine intéressants et documentés en général.
        Mais… en argumentant , vous « cautionner » en quelque sorte la pertinence des arguments de ces « experts ».
        C’est exactement comme les gens qui vont voter en France actuellement. Par leur vote, ils cautionnent le pouvoir en place. Ce « pouvoir » serait peut-être plus soucieux de l’avenir s’il n’avait que 5-10% d’électeurs actifs (les insiders qui participent au système). Mais a 85% (aux élections présidentielles) , pas de soucis, on peut augmenter les taxes autant qu’on veut, etc, etc..

  • P.S. je prends toujours des paris avec l’ensemble des « experts climatologues » sur la température qu’il fera à Paris les 14 juillet a < 1°C.
    Pas dans 85 ans, mais dans 6 mois. Chiche ?

  • “La prise en compte de ces deux éléments conduit les études les plus récentes, postérieures à celles prise en compte par le GIEC pour son rapport 2013 (AR5), à abaisser considérablement l’intervalle et la valeur moyenne de la TCR. Selon ce papier signé par plusieurs auteurs dont certains du GIEC, cette température serait estimée (confiance à 95%) entre 0.9 à 2°C avec meilleure estimation à 1.3°C par les études les plus récentes (voir graphe ci-dessous).”

    Le problème intrinsèque à la réponse climatique transitoire (TCR) est que son estimation est, par définition, influencée par des facteurs immédiats, souvent temporaires ou cycliques, comme les différentes oscillations océaniques, les volcans, les cycles solaires, etc. Ainsi, les dernières études, que vous citez, cherchent à estimer la TCR sur base de ces dernières décennies, où effectivement l’augmentation des températures de surface a marqué un ralentissement, d’ailleurs en train de disparaître aujourd’hui. Il est donc imprudent de prendre pour argent comptant une étude qui annonce une TCR de moins de 1K, alors que des dizaines d’autres donnent une fourchette entre 1K et 2,5K.

    Par ailleurs, contrairement à ce que sous-entend l’auteur, la TCR n’a pas “d’horizon”. Par définition, c’est la réponse en température à un doublement de la concentration en CO2, au moment où ce doublement se produit. Il ne s’agit donc pas d’une “échéance à la fin du siècle”, ni d’un absolu qui ne sera pas franchi. Les différents scénarios de concentration du GIEC, les RCP (Representative Concentration Pathway) envisagent tous, sauf un, un doublement des concentrations de CO2 avant la fin du siècle. Ainsi, le scénario qui correspond au plus proche à la situation où “peu ou prou […] on continue comme avant et aucun progrès technologique majeur ne change la donne” est le RCP8.5 qui projette une concentration de 1370 ppm CO2 eq. en 2100. Soit près de 5 fois la concentration pré-industrielle. Même le scénario RCP4.5, qui prévoit un pic des émissions en 2040 et une diminution après cela projette une concentration de 650 ppm en 2100. Et on est loin de pouvoir envisager ce scénario.

    Donc, les hausses de températures projetées dépassent nettement la simple TCR. Même en envisageant l’hypothèse minimaliste de Lewis ou Otto, on peut envisager une hausse de température de près de 3°C. Et ceci dit, comme l’exemple grandeur nature dont on dispose – 1°C d’augmentation des températures depuis 1850 pour 40% de CO2 en plus – plaide nettement pour une TCR plus proche de 2K voir plus.

    Quant à l’argument “Ajoutons à cela que depuis 18 ans, l’évolution des températures se situe en-dessous des prévisions du plus pessimiste des modèles du GIEC”, on sait ce qu’il vaut. Les modèles, pour autant qu’on aligne correctement les baselines, ont prévu correctement les températures actuelles, compte tenu de l’inévitable variabilité naturelle : http://imgur.com/QiVK3xO

    • @VB

      Je me dois de vous contredire

      Le papier que je cite ne cite pas UNE étude (comme vous l’affirmez) mais établit la variation des fourchettes des études prises en compte par le GIEC (avant AR5) ou qui pourraient l’être dans l’AR6, et montre sans ambiguité une tendance au resserrement des connaissances (ce qui est plutôt bon signe, cela veut dire que la connaissance avance).

      Je constate que malheureusement, la version gratuite que je liais a été retirée, le lien pointe désormais vers la fiche de l’auteur. Dommage. Tous les liens google semblent aujourd’hui pointer vers la version payante. http://www.nature.com/ngeo/journal/v6/n6/full/ngeo1836.html

      En cherchant dans les pages profondes, j’ai réussi à trouver cette copie
      http://eprints.whiterose.ac.uk/76064/7/ngeo1836%281%29_with_coversheet.pdf

      vous pouvez donc vérifier.

      Deuxièmement, le scénario 8.5 est évidemment une absurdité. « aucun progrès technologique majeur pour changer la donne » ? Sérieux ?

      Les RCP 4.5 et 6 (qui ont été « sévérisés » entre l’AR4 et l’AR5, soit dit en passant) envisagent une fourchette de grossomodo 550-750 , avec un doublement / début ère indus atteint, donc, entre 2075 et 2100, soit les hypothèses que j’évoque dans les parties 1 et 2. L’AR4.5 se situe en dessous de 600 et non 650.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Sc%C3%A9nario_RCP#/media /File:All_forcing_agents_CO2_equivalent_concentration.png

      Bon, il y a bien une hypothèse où le progrès technique peut très fortement ralentir: si le socialisme dur triomphe partout. Et là, évidemment, les concepts de progrès, d’efficacité énergétique, prendront un sacré coup derrière la tête. Oh, curieusement, c’est vers cette forme de gouvernement qu’une partie du GIEC voudrait nous emmener…

      • Les estimations de TCR et ECS des études de Otto ou Lewis sont entièrement compatibles avec la gamme d’estimation du GIEC. D’ailleurs, tant Otto et al. 2013 que Lewis 2013 sont discutés dans le rapport WG1, comme vous pouvez le voir à la figure 10.20 http://imgur.com/sSbsiwU (Lewis et Curry 2014, et Lewis 2015 n’y figurent forcément pas). La limite inférieure et supérieure de la sensibilité climatique est un des sujets fort débattus pour le moment (voir par exemple le workshop à Ringberg http://pubman.mpdl.mpg.de/pubman/faces/viewItemOverviewPage.jsp?itemId=escidoc:2156205:10 auquel participait d’ailleurs Nic Lewis), mais il n’y a pas de raison actuellement pour remettre fondamentalement en cause les estimations du GIEC. Je rappelle l’expérience grandeur nature que nous sommes en train de faire – 40% d’augmentation de CO2 et +1°C – qui plaide pour une TCR proche de 2K.

        Le scénario RCP8.5 n’est en rien une absurdité. Il pourrait se réaliser si aucune mesure n’est prise pour limiter les émissions de carbone, notamment si l’usage du charbon en tant que source bon marché d’énergie ne diminue pas ou même augmente.

        Plutôt qu’un graphique non référencé de Wikipedia, pourquoi ne consultez-vous pas l’article qui définit les RCP : Moss et al. 2010, The next generation scenarios for climate change research and assessment doi:10.1038/nature08823. On y trouve à la table 1 :
        RCP8.5 : >1370 ppm equiv CO2 en 2100
        RCP6.0 : ~850 ppm equiv CO2 en 2100
        RCP4.5 : ~650 ppm equiv CO2 en 2100
        RCP2.6 : ~490 ppm equiv CO2 en 2100
        http://imgur.com/kJwOUcl

        De ces quatre scénarios, trois envisagent donc un doublement de la concentration de CO2 avant la fin de ce siècle, donc deux bien avant. Et les RCP2.5 et 4.5 sont probablement irréalistes, dans l’état actuel de notre production et consommation d’énergie.

    • Bonjour VB

      Je regarde votre référence (hardcrut4 vs modele) et je ne retrouve pas la même courbe de temp qu’ici:
      http://www.woodfortrees.org/plot/hadcrut4gl/mean:60/offset:0.3

      Votre hardcrut est plus chaude?

      PS Vous avez raison en alignant les courbes différemment.. c’est pas le même résultat.

      Cordialement.

      • Normal, vous faites une moyenne courante sur 60 mois, ce qui masque les années les plus récentes. De plus, les données de Woodfortrees sont incomplètes et ne vont que jusque juin 2015, comme vous pouvez vous en rendre compte en cliquant sur le lien Raw data sous le graphique. Vous pouvez trouver les données de températures d’HadCRUT4 ici : http://www.metoffice.gov.uk/hadobs/hadcrut4/data/current/download.html

        Les données du graphique que j’ai posté sont les moyennes annuelles : http://imgur.com/ZCB1STU

        • ‘Normal, vous faites une moyenne courante sur 60 mois.. les données de Woodfortrees sont incomplètes’
          En effet, vous avez raison.

          Votre premier schéma porte à confusion avec la temp de 1960 qui se trouve à 0.2°, tandis que votre second schéma montre des temp à -0.2 en 1960 (average 1961-1990). D’ailleurs la température de 2015 est à 0.7° sur votre 2° schéma.

          Je pense qu’une bonne solution à cette discussion sur la divergence, ou pas, des modèles et des températures réelles passent par des outils statistiques et de calculer si une différence significative existent entre ces deux courbes.

          Cordialement

  • C’est très bon.

  • Merci Vincent Benard de continuer à apporter de l’eau au moulin des climats épiques,sans effets histrioniques
    Laissant aux bobos le soin d’orchestrer un gaspillage inconsidéré au détriment d’une large couche de population défavorisée
    Je continue à n’avoir pas de voiture. J’avais un jardin écologique
    Mais j’ai toujours lutté contre cette bouffonnerie de gens aisés qui ne souffriront jamais des conséquences de leurs amusements

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