Kazakhstan, la route vers la Sibérie

Un périple autour du monde : à travers le Kazakhstan, vers la Russie enneigée !

Parce qu’un con qui marche va toujours plus loin qu’un intellectuel assis, deux frères sont partis sur les routes depuis de longs mois, traversent les frontières, les villes et les campagnes à l’occasion d’un tour du monde à durée indéterminée, sans casques ni golden-parachutes. Au fil de leur voyage, ils livrent leurs impressions sur des expériences qui les ont marqués.

Par Grégory.

Après un court épisode à trois, nous voici repartis à deux en direction du Kazakhstan suite à la dernière défection d’Alexandre. Nous quittons Bishkek sans grand regret et passons la frontière kazakh après un dernier reniflage des vélos par un cocker kirghiz. J’avais toujours affirmé jusqu’à maintenant qu’on pouvait passer de la drogue à presque toutes les frontières terrestres pourvu qu’on soit à vélo. Jusqu’ici donc.

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Cinq kilomètres de vélo après les habituelles formalités tamponières, un type me fait signe de m’arrêter depuis son gros SUV et semble agiter un billet de Benjamin Franklin. Je stoppe, il ouvre la fenêtre et me tend 100$. Il déconne ou quoi ?! Il insiste, je le prends, faut pas être fou non plus.

Cinq cents mètres plus loin, le même luron nous invite au restaurant puis chez lui pour la nuit. Abaï, la cinquantaine, est un chef trois étoiles des douanes kazhak, type mâle dominant hyperactif et nul besoin d’avoir beaucoup de vocabulaire pour s’entendre avec lui, il suffit de porter un toast en français à chaque shot de vodka. Abaï a trois femmes (la dernière a 25 ans et est bidochée comme un avion de chasse), et toutes sont au courant du cirque qu’il mène dans ses différents foyers. Au cours de la soirée, nous lui expliquons que nous souhaitons nous rendre à Aktau mais que le temps va peut-être nous manquer.

– Vous avez combien de temps de visa ?
– Un mois.

Il prend aussitôt son téléphone et appelle « Allo, la frontière ? Vous avez vu passer deux cyclistes Français aujourd’hui ? Oui, bon, alors vous leur mettez deux mois de visa. »
Il se tourne alors vers nous : « Voilà, alors si vous avez un problème, vous leur dites de m’appeler. À Aktau, tout le monde va se mettre au garde-à-vous en prononçant mon nom » dit-il en tapotant trois doigts sur son épaule pour symboliser ses étoiles de gradé. L’occasion d’un énième toast.

Après une bonne nuit de repos dans une chambre de 40m2, nous retrouvons Abaï au petit déjeuner à 8h du matin et remarquons immédiatement le petit verre de vodka à côté de l’assiette d’oeufs au plat. Allez, on en prend un pour lui faire plaisir et c’est marre. Une heure plus tard et six shots supplémentaires, nous repartons sur nos vélos en titubant, nous venons de goûter à l’hospitalité kazakhe. C’est pas désagréable tant que ce n’est pas trop récurrent.

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Le reste du parcours jusqu’à Almaty n’a pas grand intérêt mis à part une chaîne de montagnes enneigées au loin. La ville non plus ne présente pas un grand attrait mais sera le lieu d’une décision importante pour la suite du voyage. Comme je gardais un excellent souvenir de la Russie et que la route du sud via la Turquie me tentait un peu moins (principalement à force d’y penser car j’adore changer mes plans), je faisais part de l’idée à Florian autour d’une bière quand une Russe passant près de nous me jette un regard ne requérant aucune explication supplémentaire. Nous irons donc en Russie, malgré les conditions et délais pour obtenir un visa russe depuis l’étranger. La ville d’Almaty est moche, mais il y a pire endroit pour attendre.

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Puis vint le jour de la reprise avec un départ pour Balkhash, 600 km plus au nord. Notre visa se terminait deux jours avant la sortie prévue par le train mais nous comptions sur le joker « Abaï » pour faire avaler la pilule aux douaniers. Une heure avant de partir, je vérifie tout de même ce que vaut un « overstay » au Kazakhstan. En Asie on prend généralement 10$ par jour d’amende et nous n’avions rien eu en Australie pour une semaine. Bien m’en a pris, ici c’est plutôt 15 jours de prison et 1000$ d’amende négociable à 300 avec un douanier conciliant.

Nous fonçons au bureau de l’immigration d’Almaty pour officialiser la prolongation orale de notre ami avant notre départ : NIET. Ils se foutent comme de leurs premières dents que nous connaissions un gradé des douanes. Notre dernière solution consiste à retourner au Kirghizistan et repasser au Kazakhstan dans la foulée afin d’obtenir un nouveau visa gratuit de 15 jours. Et pas moyen de leur expliquer qu’une prolongation de deux jours serait plus simple que de faire 600km dans la journée. Dura lex sed lex. Donc, Almaty-Bishkek-Almaty en 8h par minibus/taxi et pour 15$ chacun, on ne s’en tire pas trop mal.

La reprise du lendemain est dure, on s’est arrêté trop longtemps croquer la vie dans l’ancienne capitale kazakhe et les jambes n’y sont plus (il parait que les pommes du Kazakhstan sont les originelles, le serpent est encore passé par là). Nous pédalons environ 300km au milieu des immensités prairiales et nous n’avons que l’embarras de choix quant aux emplacements de camping le soir venu.

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La route est plutôt agréable mais nous n’avons pas le temps de rejoindre notre train à Balkhash à ce rythme. Nous effectuerons donc la moitié du parcours en stop grâce à un gentil camionneur russe qui acceptera de prendre nos deux vélos sur la remorque au milieu de la pampa et nous faire faire les 300km restants.

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Au fur et à mesure de la route, la neige s’épaissit et nous arrivons à Balkhash sous un temps très sibérien. Les habitants écarquillent les yeux en voyant passer deux abrutis par ce temps et dans ce bled sans intérêt aux allures toutes soviétiques.

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Le reste du chemin pour atteindre Ekaterinburg se fera sur les rails, pas le temps ni l’envie de se taper 2000km de mornes étendues à fredonner le chant des partisans et le vol noir des corbeaux sur les plaines pour se mettre dans l’ambiance. Les trois dernières nuits sous la tente à -10˚C ont quelque peu freiné notre motivation hivernale.
Le premier train jusqu’à Astana vient de Bishkek avec un personnel kirghiz et aucune surprise de ce côté là, ce sont des cons. Nous savons que les provodnitsa (vieilles responsables de wagon en ex-URSS) ont un don particulier pour rouscailler en permanence mais on est toujours un ton au-dessus dans la méchanceté avec ceux-là.

Le passage de la frontière viendra confirmer notre choix d’avoir refait un visa car nous sommes immédiatement soupçonnés de… terrorisme. Ça faisait bien depuis le Kenya qu’on me l’avait pas faite celle-ci ! Deux barbus qui rentrent par la terre, dont un avec une chemise « africaine » et qui arrivent d’Iran où ils ont passé six semaines, ça vaut bien trois personnes successives pour les interroger dans le train à 4h du mat’. Bon, ils ont été sympas, ça s’est bien passé et vu les circonstances on ne peut pas leur donner tort de se méfier, pour une fois. Quand je vois le genre de cerveau qui a organisé les attentats, ils seraient bien aussi capables de se faire gauler à la frontière…

Nous voici désormais en Russie où une épaisse poudreuse recouvre la campagne. Une semaine avant notre arrivée, les températures atteignaient les -24˚C à Ekaterinburg, je crois que le vélo attendra encore un moment…

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