Fluicity : une application pour réconcilier citoyens et élus

Comment renouer du dialogue et recréer du lien entre les collectivités locales et les citoyens ?

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Fluicity : une application pour réconcilier citoyens et élus

Publié le 7 janvier 2016
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Par Farid Gueham.
Un article de Trop libre

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Buste Marianne (Crédits marycesyl, licence Creative Commons)

La citoyenneté est-elle devenue à ce point lourde et pénible à assumer ? Il semblerait que oui. Les taux records d’abstention des dernières élections le prouvent : 39% des Français se sont abstenus lors des élections municipales de 2014, 50,09% aux élections régionales selon le ministère de l’Intérieur. En France, huit personnes sur dix considèrent que la démocratie ne fonctionne plus. Ironie du sort, le berceau des Lumières, de la Révolution et des Droits de l’Homme est aujourd’hui blasé par le jeu démocratique, quand une partie du Moyen-Orient et du Maghreb se bat pour défendre ses droits. C’est le constat dressé par Julie de Pimodan, journaliste pendant près de sept ans au Moyen-Orient, au Yémen, en Turquie, en Tunisie, elle observait des foules prêtes à se battre et à mourir pour des droits que les citoyens des démocraties occidentales délaissent. Julie de Pimodan a, par la suite, rejoint les équipes de Google « Doubleclick ». Pendant près de quatre ans, elle aidait les grandes entreprises à mieux communiquer avec leurs clients grâce à la technologie et à l’analyse de données. « Google est omniprésent, mais est-ce normal que nous soyons tous plus proches d’un géant américain comme Google, que de notre propre Maire ? » s’étonne la jeune dirigeante de startup. Les habitudes de communication ont changé et on ne dialogue plus en 2015 comme on le faisait en 1958. « Et s’il existe un gouffre énorme entre les pratiques du secteur privé et celles du secteur public, ce gouffre n’est rien à côté de celui qui est en train de se creuser, entre les gouvernants et les citoyens » ajoute-elle.

Face à cette crise démocratique, comment renouer du dialogue et recréer du lien entre les collectivités locales et les citoyens ?

Pour Julie de Pimodan, face à cette nouvelle pathologie de la démocratie, il faut un nouveau remède, un outil moderne, un facilitateur de l’échange citoyen. En janvier 2015, elle fonde Fluicity. Le concept se veut simple : une application mobile et une plateforme d’échange qui permet aux collectivités locales et aux citoyens de mieux collaborer. Plus concrètement, Fluicity propose une information ciblée, une interactivité plus efficace, et une meilleure exploitation des échanges entre les collectivités locales et les citoyens, afin de les réengager dans la vie de leur commune. Pour cela, il faut tout d’abord mieux les informer. La plateforme rassemble des informations locales, regroupées par thématiques, provenant de la Mairie, mais également de médias locaux indépendants, ou de tout membre actif de la société civile.

Le citoyen s’est désengagé car il considère que son opinion n’aura aucun impact

Fluicity permet d’interpeller directement les élus depuis l’application mobile. Et le dialogue va dans les deux sens : les citoyens soumettent leurs idées au Maire, qui peut lui-même consulter ses administrés et pourquoi pas leur soumettre des solutions concrètes, ou des orientations budgétaires qui prendraient en compte leurs remarques. Fluicity propose également aux collectivités de mieux comprendre leurs administrés grâce à des outils de big data, autour de données fiables, quantifiables et actionnables. L’entreprise tient à sa neutralité : « ces données ne sont pas un outil de démagogie. Fluicity s’engage à la transparence, à la neutralité politique et à la protection des données » souligne Julie de Pimodan. Dorénavant, place au terrain : l’application est en phase de test dans plusieurs villes de différentes tailles, en France, mais également en Suisse et en Belgique. Des tests qui auront pour mission de mesurer l’impact réel du service sur la participation citoyenne locale.

Vernon, commune de l’Eure de 26 000 habitants, ville test pour Fluicity

Vous sentez-vous proche de ceux que vous avez élus ? À Vernon comme ailleurs, les Français disent ressentir à l’égard de leurs représentants au mieux de la lassitude, au pire, de la méfiance. Sébastien Lecornu, Président du Conseil Départemental de l’Eure et Maire de Vernon, ville touristique de 26 000 habitants, s’est laissé convaincre par l’initiative Fluicity. « C’est d’abord un outil de proximité. Les réunions publiques sont généralement organisées en Mairie, en semaine le soir, le weekend, il y a aussi les conseils de quartier. Tout cela c’est bien,  mais sur 26 000 habitants, beaucoup restent de côté. Ce sont ces habitants là que nous voulons toucher via la plateforme. Nous pourrons mettre en place des sondages en ligne, recueillir leurs idées avec cette application, nous en attendons beaucoup » déclare l’élu local.

L’application permettra également de poster des billets d’humeur sur la ville, afin d’expliquer ce que l’on y aime ou pas. Une façon de dépoussiérer la politique locale, de la rendre plus accessible, plus vivante aussi« La technologie n’est pas la solution à tout, mais elle peut être mise au service des problèmes concrets et si Fluicity peut contribuer à réveiller les citoyens dans la crise démocratique que nous traversons aujourd’hui, en leur donnant envie de participer à l’élaboration de leurs politiques publiques, nous aurons déjà atteint notre objectif » conclut Julie de Pimodan.

Si la startup n’en est qu’à ses débuts, le 9eme arrondissement de Paris et trois villes moyennes en France ont déjà manifesté leur intérêt. Plus que jamais, le numérique apparait comme un élément de réponse à la crise politique nationale et locale. Un sujet au cœur des débats et des conclusions des travaux du cycle de conférences « DEMAJ : Démocratie Mise à jour ». Au cours d’ateliers participatifs dans cinq grandes villes françaises, l’Institut Montaigne, Terra Nova et le think tank Renaissance numérique réunissaient lors d’ateliers des experts, des élus et des citoyens pour débattre de la place du numérique au sein de notre démocratie. L’initiative Fluicity s’inscrit dans les préconisations des ateliers, une expérience stimulante et concrète, pour rendre à la vie publique et citoyenne l’optimisme, la transparence et la proximité qui lui font tant défaut.

Pour aller plus loin :

« Fluicity, une appli pour renouer le dialogue entre les citoyens et les maires », Wedemain.

«Portrait d’innovateur : Julie de Pimodan s’applique à faire du maire le CEO de sa ville », L’Atelier.

« L’application qui veut réengager les citoyens dans le débat politique », Le Figaro.

– «Mairies 4.0 : Fluicity numérise la démocratie participative normande », L’Usine Digitale.

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  • Une calculette et un bon sonotone offerts à chaque élu coûteraient sans doute moins cher.

  • Parce que, pour vous, démocratie=vote ?
    C’est parce que l’on vote que l’on « défend des droits » ?
    Je vais finir l’article parce que je ne sais pas ce qu’est Fluicity, mais j’ai un gros doute sur la validité de l’analyse……

  • Ce n’est pas entre lesmaires et les citoyens que le torchon brule, surtout dans les petites villes,mais entre les politiques professionnels/fonctionnaires qui se moquent des citoyens comme de leur première chemise et les « cochons de payants » qui les engraissent sans pouvoir s’y opposer

  • Un zoli gadget fait pour plaire à nos élus étatistes, à base de pseudo-collectif, et de « transparence » mensongère, qui ne changera rien au déficit de démocratie, et ne donne aucun moyen d’action concret aux électeurs qui souhaiteraient s’engager.
    Si les mairies, et surtout les préfectures voulaient réellement fonctionner de manière démocratique, elles publieraient par exemple leur budget, et soumettraient leurs dépenses au consentement des habitants. Mais autant demander à un wahhabbite de me donner sa fille en mariage.

    • Si vous devenez wahhabbite, aucune raison pour que celui-ci vous refuse sa fille.

      • C’est bien là le problème: on n’a pas à adopter une religion ou un quelconque dogme pour vivre une relation amoureuse librement consentie. Et le père n’a rien à voir là-dedans: tant que sa fille est majeure et suffisamment mature, c’est elle seule qui en décide. Et vous rebondissez hors de propos sur une conclusion que je faisais évidemment sur le mode de la plaisanterie.
        Bref: hors-sujet.

        • Bjr Nomi , normalement c’est vrai , ce devrait être comme vous dites ! Cependant , dans certaines cultures , c’est la famille qui décide des choix amoureux de la fille et celle -ci n’a strictement rien à dire , de plus , elle est conditionnée depuis l’enfance pour trouver cela normal .
          Vous le savez aussi bien que moi….

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