Tornades au Texas : témoignage de l’intérieur

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Ce 26 décembre, une tornade s’est abattue sur la région de Dallas.

Par Sophie Auzerau

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Quand on a su que notre expat était acceptée au Texas, j’ai pensé à deux trucs vraiment effrayants  qui pouvaient hypothétiquement me gâcher la fête : les serpents et les tornades. Dans le désordre. Les deux ont la fâcheuse tendance à frapper par surprise. Et dans les deux cas, quand ils apparaissent, on sait qu’on n’a pas beaucoup de temps. Le mieux, c’est de s’y préparer. Comme répète l’Homme qui aime les belles phrases : « Espérer le meilleur, se préparer au pire ».

Le seul bémol dans l’histoire c’est que pour les tornades, ça ne s’applique pas vraiment. Une copine française s’est exclamée récemment : «Tu vas être Wonder Woman quand tu vas rentrer ! » J’y ai réfléchi et malheureusement, je ne crois pas que côtoyer quelques mois par an le risque  qu’une  tornade se forme au-dessus de ma tête, m’ait rendu plus courageuse. Finalement, on dit  toujours que le propre de l’homme c’est de savoir s’adapter. Clairement, les Texans se sont adaptés  à leur environnement hostile. En d’autres termes, ils font avec. J’essaye d’en faire autant.

À la différence d’un ouragan, il est difficile d’avertir avec efficacité les populations de l’imminence d’une tornade. Sur les applications météo des téléphones, on sait quelques heures à l’avance si notre région est susceptible d’être traversée par des orages. Le National Weather Service, la météo  nationale, émet alors un bulletin d’alerte. Il peut être de deux sortes pour les tornades. Je me suis habituée au premier mais le deuxième me fait toujours dresser les cheveux sur la tête.

Tornado watch : un bulletin est émis si une tornade est possible dans la région ciblée par l’alerte. En général, la bonne nouvelle est livrée avec la liste des « comtés » visés, que je compulse nerveusement, en espérant ne pas trouver le mien.

Tornado warning : autant dire que celui-là sent mauvais. Le bulletin est émis quand la tornade est imminente. Le téléphone déclenche une alarme et livre le message d’alerte. Généralement, il est accompagné d’une note d’humour du genre « Trouvez un abri au plus vite ». Même chez moi entre mes quatre murs, j’ai envie de hurler « oui, mais OÙ ? » Comme dans la plupart des constructions de notre région, notre maison n’a pas de cave. Les murs sont en bois, et comme la maison du deuxième petit cochon, on a l’impression qu’au premier souffle, elle va s’effondrer comme un tas d’allumettes.

C’est pourquoi, lors d’une de nos premières rencontres avec la propriétaire, je me suis enquise, avec une inquiétude non dissimulée, de l’endroit dans lequel on devrait se réfugier en cas de tornade.

« Dans le placard à manteaux », a été sa réponse…

Si vous vous trouvez en voiture et que vous écoutez la radio, ou si vous êtes à la maison en train de regarder la télé, le programme s’interrompt : un son strident le remplace, histoire de capter l’attention, et la voix d’un gars serein remplit la voiture ou la pièce, vous explique que vous avez tout intérêt à ne pas vous trouver là et que si vous y êtes quand même, tant pis pour vous, et vous renseigne sur l’heure à laquelle le fléau va frapper et avec quelle force.

Le programme en cours à la télévision est définitivement ruiné et ton moral aussi. En général,  Monsieur Météo reprend le flambeau et vous fait vivre en direct l’avancée de l’orage, avec satellites dernier cri, radars à gogo, effet loupe HD, chasseurs de tornades passionnés et envoyés spéciaux mouillés.

1013536_753535408113189_2075606406265576764_nLa dernière fois que j’ai reçu un « tornado warning » sur mon téléphone, j’étais avec une copine texane. Je sais qu’elle n’a pas peur, ne me demandez pas pourquoi, je viens de vous le dire, elle est texane. Elle trouve très drôle ma façon de scruter et le ciel et la météo. Nos téléphones ont sonné en même temps, de la même façon sinistre. Quand j’ai vu le message, je n’ai pas eu le temps de me retourner qu’elle avait déjà passé la porte : « Non, mais tu ne vas pas prendre la route c’est  dangereux ! » lui ai-je dit. Bon, en vrai, elle est marrante et je préférais passer ces minutes éprouvantes avec elle, que de me retrouver seule avec mes enfants à faire semblant que tout va bien. Je fais très mal semblant quand je grelotte nerveusement et que j’ai des sueurs froides partout. Elle est partie chez elle en m’expliquant qu’elle devait mettre la voiture à l’abri au cas où il commencerait à grêler. De toute façon, je ne sais pas comment on aurait fait pour s’empiler dans le placard ou dans la  baignoire, à quatre gamins, deux adultes, un chat, une boite et un matelas sur la tête.

Pourquoi une boîte ?

J’ai suivi scrupuleusement les recommandations des divers sites dédiés aux tornades. J’ai pris une boîte résistante, c’est à dire qui « à vue de nez pourrait résister à un vol de quelques minutes à très haute altitude avec atterrissage forcé violent », empilé nos passeports dedans et je l’ai mise dans le placard à manteaux. Au cas où on s’interrogerait sur l’intérêt de la boîte, j’ai lu sur le site du gouvernement pour les expats qu’il est judicieux d’agir ainsi. Ça aide un peu quand primo, on n’a plus rien, à part un empilement de planches dans ce qui était autrefois un jardin ; et secundo, ça aide à savoir qui vivait dans le coin s’il n’y a plus de voisins pour le dire.

Les sirènes du quartier se sont mises à hurler. On a allumé la télé pour que Monsieur Météo nous fasse un topo. Les nuages commençaient à tourner dangereusement et à prendre la forme d’entonnoir dans notre zone. Mon fils de treize ans faisait le mariole et ma fille de neuf ans commençait à pleurer silencieusement pendant que je me demandais à quel moment les faire entrer dans le placard. Le fameux placard. Le truc le plus petit et le plus ridicule que vous puissiez imaginer.

dessin politique127 tornadeLe gars à la télé s’agitait en expliquant, « Si vous habitez dans la zone descendez le plus bas possible dans votre maison, éloignez-vous des fenêtres, enfermez-vous dans une pièce borgne ! »
Et toi, tu prends ta boite à passeports sous le bras et tu réalises que ton placard est un abri risible et dérisoire.

Notre maison est en forme de U. Il n’y a aucune pièce centrale, pas de cave, les murs sont ridiculement fins. Tu comprends brusquement pourquoi la Bible Belt et Tornado Alley sont juxtaposables au Texas. Tu n’as pas grand chose à faire pour ta protection à part prier !  Concrètement, on fait quoi pour notre protection ? On espère. On espère que ça passera à côté, que ça frappera ailleurs, que ça tombera dans un champ…

Ce 26 décembre, la température était étonnamment douce pour la première semaine de l’hiver, même au Texas : 26°C. Le taux d’humidité était très élevé, trop. Depuis le matin, les téléphones affichaient un « tornado watch » menaçant. Finalement, c’est en fin d’après-midi que la Nature s’est décidée à se déchaîner.

Le gars de la météo était nerveux et répétait : « Trouvez un abri au plus vite ! » Un bandeau se déroulait au bas de l’écran, répétant inlassablement « une tornade large et dangereuse approche ». On a assisté à tout ça en spectateur cette fois. La télé se coupant régulièrement pour diffuser le message d’alerte. On pensait aux copains qui habitent au nord de Dallas, à tous ceux qui se trouvaient sur la trajectoire en espérant qu’ils aient mieux qu’un placard.

Il faisait nuit lorsque les tornades ont commencé à toucher terre, rendant leur décompte difficile. Le National Weather Service de Fort Worth a expliqué qu’il faudrait plusieurs jours d’analyses pour les dénombrer. Ils avancent un nombre de neuf tornades.

Au petit matin, les images de désolation étaient sur toutes les chaînes. Les réseaux sociaux relayaient déjà les appels aux dons. Tragédies et miracles se succédant aux infos. Les températures ont chuté de vingt degrés en l’espace de quelques heures. L’hiver est arrivé. La saison des tornades est finie. Pour cette année.

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