Le terrorisme est-il l’ennemi que l’on croit ? (2)

Ville Mietinen-Whale oil tanks(CC BY-NC 2.0)

Autour de Daesh, chacun joue un rôle.

Par David Stockman

Ville Mietinen-Whale oil tanks(CC BY-NC 2.0)
Ville Miettinen-Whale oil tanks(CC BY-NC 2.0)

 

La violence militaire infligée par les États-Unis au Proche-Orient a son lot de responsabilités dans la situation géopolitique actuelle, disions-nous récemment. Le fait est que le terrorisme n’a pas soudainement surgi des enseignements d’une religion vieille de 1.300 ans. Et on ne vient pas de découvrir que certains pays du Moyen-Orient exècrent la liberté, la prospérité et la culture matérialiste des États-Unis.

Le terrorisme djihadiste n’est arrivé aux États-Unis qu’après que Washington a formé et armé les moudjahidines dans les années 1980 ; qu’après avoir mené une guerre délibérée en Arabie et en Mésopotamie dans les années 1990 ; et qu’après avoir nourri par la suite l’anarchie des États en déliquescence du Moyen-Orient.

De fait, une fois que les néoconservateurs ont pris totalement le pouvoir lors des élections de 2000, Washington a fauché ces États, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Somalie, Yémen, avec l’empressement d’un terroriste djihadiste. À présent, tous ces États en déliquescence sont devenus un terreau fertile pour le terrorisme, mais aucun d’entre eux n’avait fricoté avec le terrorisme jusqu’à ce que les partisans du changement aient gain de cause sur les différents régimes tyranniques et autoritaires qui auparavant régnaient sur ces régions désolées.

Rien de nouveau sous le soleil…

Le meilleur symbole de cela est sans doute Syrte, la ville natale de Kadhafi, qui, ces derniers mois, est devenue la seconde capitale de Daech ; ou bien le soi-disant « gouvernement » que Washington a installé à Bagdad et qui n’est même pas parvenu à garder la ville natale de Saddam, Tikrit.
Il n’y a rien de nouveau sous le soleil : l’État Islamique n’est pas en soi plus menaçant pour les États-Unis que ne l’était Al-Qaida à l’apogée de sa gloire. S’il peut même se déclarer comme un État, c’est uniquement grâce aux innombrables cadeaux que lui ont fait Washington et ses alliés.

En effet, Daech a réussi à occuper une étroite bande de terre désolée où se nichent des villages pauvres et poussiéreux sur le cours supérieur de l’Euphrate en Syrie, une étendue désertique à l’ouest de l’Irak, les villes dévastées par la guerre des provinces d’Anbar et de Mossoul. Cela parce que Daech a pu s’emparer des immenses caches d’armes que le Pentagone avait laissées derrière lui après avoir « libéré » l’Irak. Par ailleurs, il a gagné encore plus de puissance de feu grâce aux soi-disant « modérés » Syriens tués, capturés, passés à l’ennemi ou en fuite, auxquels la CIA, le Qatar, l’Arabie Saoudite et d’autres marchands d’armes et contrebandiers de la région ont fourni les meilleures armes de pointe américaines.

L’importance du pétrole

En outre, la tyrannie brutale de Daech, même dans ses redoutables reculées, ne pourrait durer plus que quelques mois sans les revenus du pétrole passé en contrebande au vu et au su de tous via la Turquie, alliée de l’OTAN, et, à en croire certains, avec l’intermédiation de l’entreprise commerciale appartenant à la famille Erdogan.

L’idée que ce crypto-État pourrait en fait subvenir à ses besoins grâce aux rançons, à la vente d’esclaves sexuelles et au prélèvement de tarifs douaniers intérieurs sur une activité économique quasi inexistante dans la limite de ses frontières putatives est une pure fiction de Washington. Fermons la frontière turque, et les jours de Daech seront comptés.

En outre, on ne peut pas dire que la Turquie possède la plus grande organisation militaire au sein de l’OTAN, avec une armée de 500 000 hommes, 1 000 avions militaires et 3 000 tanks, vu qu’elle est incapable de fermer ses frontières. Sa frontière nord-est, contrôlée par les Kurdes, est un souk à ciel ouvert pour le transit de pétrole, d’armes et d’hommes. Cela n’est possible que parce que Washington et l’Occident ont donné leur feu vert à sa campagne pour renverser le gouvernement de son voisin syrien.

Si le président américain, bien intentionné mais incapable, veut réellement éliminer l’État Islamique, il n’a qu’à faire la paix avec Damas et dire à Erdogan de retourner au nord de sa frontière et de la fermer ; à défaut de quoi, il sera expulsé de l’OTAN.

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