Le retour des choses, de Sabine de Muralt

Une belle histoire dont la narration est un puzzle reconstitué par le lecteur.

Par Francis Richard.

le-retour-des-choses-muralt« Dans la vie, il n’y a pas de jours plus remplis que ceux qui n’ont peut-être pas été vécus, mais qui se sont égarés dans les pages d’un livre. »

Cette phrase élégante, qui le résume si bien que l’éditeur l’a choisie pour en illustrer la quatrième de couverture, est l’avant-dernière du récit imaginé, que Sabine de Muralt vient de publier sous le titre Le retour des choses.

Dans le sens qu’il serait brusque, ce retour des choses, épilogue de ce récit tout en finesse, ne peut être qualifié de juste. Dans le sens qu’il serait inattendu, il peut l’être. À l’instar de la vie, vécue ou rêvée la plume à la main, s’amusant de surprendre toujours.

Dans les plis de ce récit se cachent les éléments d’un puzzle. Ce que le lecteur pourrait prendre pour des digressions, faites sous la forme de courts chapitres, n’en sont que des morceaux indispensables à sa compréhension.

Une fois reconstitué, ce puzzle dessine, sur quelques décennies, l’histoire, plus longue qu’elle ne se présente de prime abord, de Cordélia, dont la famille, pendant quatre cents ans, a habité une demeure située à Uchtenwil, et occupée en dernier par son grand-père.

Dans cette demeure se trouvent encadrés d’or et accrochés au mur les personnages de sa famille qui se sont illustrés sur les champs de bataille et dont les noms font que c’est leur passé qui donne de l’épaisseur au présent…

Cordélia a seize ans. Elle fait un séjour inoubliable, conclu par un drame, chez sa marraine Othonie, en Bavière, à Neubeuern ; assiste en Bretagne au mariage de sa cousine Charlotte avec Saint-Ketoël ; se rend au festival Mozart à Salzburg pour le bicentenaire de sa naissance…

Peu à peu, apparaissent dans le tableau les deux soeurs de la mère de Cordélia, sa tante Anne, dont elle est proche, mariée à Gilles et mère de Charlotte, et sa tante Nathalie, qui n’est guère aimable avec elle de son vivant. Ces deux tantes sont indéniablement de fortes personnalités. Bon sang ne saurait mentir.

À propos de personnalité, à sa tante Anne, dont la tristesse est latente depuis que son fils aîné, Jocelyn, s’est marié, Cordélia a dit un jour qu’elle n’était pas sentimentale : « J’ai trop de sentiments pour ça »… Mais elle a un point d’ancrage, la maison de famille, à Uchtenwil.

À seize ans, on peut dire que « cette maison incarnait pour elle une immuabilité rassurante, si différente de la vie mouvementée de ses parents et de son existence de jeune fille oisive, mais elle ne devinait pas de combien d’abnégations, de quels tourments, cette calme immuabilité était faite. »

Son existence de femme va se charger de lui apprendre ce qu’elle ne pouvait effectivement deviner derrière les apparences…


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