Turquie, Arabie Saoudite, Europe : brutale dégradation géopolitique

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Turquie, Arabie Saoudite, Europe : brutale dégradation géopolitique

Publié le 5 décembre 2015
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Par Éric Verhaeghe.

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Erdogan_Obama_White_House_1 CC Crédit photo Samantha Appleton

 

La petite planète Terre vient d’enregistrer une brutale dégradation géopolitique qui ne manque pas d’inquiéter sur la suite des événements. Les astrologues diraient volontiers qu’une mauvaise conjonction astrale donne à l’actualité une apparence et une atmosphère très négatives. Jusqu’où ira cette dangereuse pente glissante ?

Poutine arme l’Iran contre la Turquie

Lors de son discours sur l’état de la fédération, Poutine a tenu des propos extrêmement menaçants vis-à-vis de la Turquie, qui démentent la perception angélique dominante en France sur la situation. Poutine a répété son accusation sur l’enrichissement personnel dont les dirigeants turcs profiteraient en vendant le pétrole de Daesh. À propos de la destruction d’un Sukhoï 24 par la chasse turque il y a une dizaine de jours, Poutine a en outre déclaré :

« Seul Allah sait pourquoi ils ont fait ça. (…) Probablement Allah a-t-il décidé de punir la clique au pouvoir en Turquie en la privant de son bon sens et de sa raison. (…) Si certains imaginent que l’on peut commettre des crimes de guerre, tuer notre peuple et partir quitte, en subissant seulement un blocus sur les importations de tomates, ou quelques restrictions sur des projets de construction ou d’autres industries, ils vont être déçus. (…) »

Du coup, la Russie a décidé d’équiper l’Iran de son système S-300 de lutte anti-missiles, une protection qui annihile les effets d’une menace nucléaire venant… de Turquie ou d’Israël. C’est évidemment une décision qui déstabilise le précaire équilibre au Moyen-Orient, et qui pourrait précipiter Israël dans une coalition avec la Turquie contre la Russie.

Les Turcs ne s’y sont pas trompés. Ils se sont empressés de présenter leurs condoléances aux familles après la mort des pilotes qu’ils ont abattus.

Déni de l’Allemagne sur la stratégie saoudienne

Le gouvernement allemand a officiellement désavoué une note confidentielle des services secrets, envoyée à quelques journalistes, mettant en garde contre la politique étrangère du roi d’Arabie Saoudite. La note, d’une page et demie, affirme que le roi Salman cherche à se construire une réputation de leader du monde arabe par une politique d’intervention militaire contre l’Iran, qui est porteuse de forts risques de conflits.

Le gouvernement Merkel a affirmé publiquement que cette note était un tissu de fadaises et que le régime saoudien était exemplaire.

Même en Allemagne, le déni devient une religion d’État quand l’odeur sulfureuse de l’argent du Golfe embaume les allées du pouvoir !

Le dangereux krach financier en Europe

À l’issue des décisions de politique monétaire communiquées jeudi par Mario Draghi, les marchés européens se sont effondrés. Le CAC 40 a gentiment perdu 3,5% en une journée, ce qui s’appelle couramment un krach boursier. Pourtant, Draghi a renforcé l’intervention de la BCE sur les marchés pour relancer l’inflation. Mais les annonces ont déçu : les marchés voulaient une augmentation des volumes d’intervention sur les marchés, et ils ne l’ont pas obtenue.

On voit bien le terrible chantage financier auquel la BCE est soumise aujourd’hui : soit elle accélère la perfusion financière en faveur des banques, soit les investisseurs votent avec leurs pieds en retirant leurs avoirs.

Fracture entre l’Europe et les États-Unis

L’effondrement des marchés s’explique aussi par l’annonce de Janet Yellen, présidente de la Fed, d’un prochain relèvement des taux.

« Janet Yellen a expliqué que plus les taux tarderont à remonter, plus les effets risquent d’être brutaux. Cela laisse donc peu de doutes sur ses intentions à court terme. »

Au moment où l’Europe maintient sa politique d’assouplissement quantitatif, les États-Unis annoncent donc interrompre la leur à partir de décembre. En apparence, cette décision technique paraît anodine au tout venant. Elle est pourtant stratégiquement très gênante. L’Europe ne rémunère plus les liquidités. Celles-ci vont quitter le marché européen dès que les États-Unis retrouveront des taux positifs.

Financièrement, les États-Unis vont donc étrangler l’Europe. Les conséquences de cette décision sont encore difficiles à calculer, mais le premier krach subi jeudi en dit long sur les risques à venir. L’une des conséquences directes de cet effet de ciseau entre les taux européens et les taux américains sera douloureuse pour les finances publiques : les taux d’emprunt souverains devraient monter en flèche pour suivre la concurrence américaine.

Dans les six mois, les doutes sur la solvabilité de la France devraient agiter fortement les marchés… Et Dieu seul sait ce qui en sortira.

L’implosion de l’Union se poursuit

Parallèlement, l’Union Européenne poursuit sa discrète descente aux enfers. Les Danois ont majoritairement voté « non » à un renforcement de l’Europe judiciaire. Dans ces conditions, on voit mal comment le processus de Schengen pourrait durer. D’ailleurs, chaque pays n’en fait qu’à sa tête. Les Belges renvoient les migrants en Hongrie à tour de bras. Les Slovaques introduisent un recours en justice contre les quotas de migrants. Les élections de dimanche en France devraient donner lieu à une percée spectaculaire du Front National, qui demande la fin de l’Union.

Toutes ces nouvelles extrêmement positives laissent planer une inquiétude sur les impasses politiques multiples auxquelles l’Europe se heurte aujourd’hui. On voit mal quelle peut en être l’issue pacifique.


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  • Faudrait pas non plus verser dans le catastrophisme, tout n’est pas rose mais quand même…

    Seule la montée des extrêmes en Europe m’inquiète vraiment.

    • A quel extrêmes pensent tu???? Ceux qui massacrent 130 civils dans Paris ou ceux qui ne veulent pas d’une europe socialiste…………

      • Aux extrémistes qui rêvent d’une Europe de nations socialistes, j’imagine…

      • Quels sont les extrêmes qui ne veulent pas d’une Europe socialiste? Des noms !

        • Moi, je m’inquiète quand même un peu des intentions de M.Draghi, copain comme cochon avec les dirigeants des banque centrales européennes, eux-mêmes maqués avec les banques privées … et toujours ancien de Goldman-Sachs, un des financiers les plus tricheurs manipulateurs et puissants actuels!

          Le Q.E. m’a semblé normal car il n’est pas toxique d’atteindre l’équivalence avec le $ pour au moins, jouer à jeu égal. Par contre, il serait toxique de le prolonger au-delà, histoire de ne pas quitter les D.T.S. par une valeur intrinsèque peu fiable ni de connaitre une seconde aventure helvétique.

          On sait qu’un taux proche de 0 n’est pas sain.

          Tant mieux si la France a pu diminuer le taux moyens de ses dettes sur cette base, qu’on savait provisoire, mais la B.C.E. ne peut, seule, maintenir ce taux 0, juste pour faire plaisir aux surendettés!

          La croissance de la France n’a pas repris, ce que confirme son chômage ou ses investissements: il n’y a pas d’argument plus fort pour lui signifier que les réformes sont vraiment urgentes!

          On peut faire passer le pacte de stabilité après le pacte de sécurité encore plus facilement si le budget ne risque pas le déficit, ce qui ne sera pas le cas, et pas seulement à cause des attentats mais en rapport avec des prévisions de croissance trop optimistes! C’est chaque année, la même chose!

          • Draghi ? Bof ce qu’il fait ne m’inquiète pas, l’UE s’en tire assez bien économiquement, la France non car elle n’a pas réformé.
            De plus ce que fait la BCE est bien moins intense que ce que fait la Banque du Japon et pourtant le Japon n’a pas coulé.

            On s’en fiche complètement que les dirigeants de la BCE soient passés par Goldman Sachs, c’est un acteur privé qui a gagné de l’argent par des moyens légaux et dont les clients sont satisfaits.
            Seuls les communistes et les national-socialistes aiment utiliser Goldman pour faire peur, comme bouc-émissaire. Un libéral ne se soucie pas de Goldman qui est un acteur libre et privé.

            • « Goldman Sachs, c’est un acteur privé qui a gagné de l’argent par des moyens légaux ». Bon allez stop, on se recentre sur l’évolution effectivement inquiétante de la Turquie.

              • Je ne suis pas islamiste puisque pas même musulman, mais les militaristes utilise toujours les même arguments.

                C’est un peu comme se plaindre des esclaves qui commettaient des crimes contre leurs maîtres.

                130 morts à Paris certes et je comprend bien ce que cela veux dire, je vis à Paris, mais avant le 13 novembre il y a eu 1 an et trois mois de bombardements sans aucune trêve humanitaire.

                Ca commence par le militarisme puis quand on a une représailles « vous voyez bien qu’il sont contre nous ».

                Qui peux accepter d’être bombarder indéfiniment.

                Attention je ne soutien aucun terrorisme qu’il soit fait avec un fusil ou un bombe largué d’un avion, que ce soit à Paris, Mossoul ou Raqqa mais si il est idigne de tuer des masses je ne vois pas pourquoi je devrais les voir comme un ennemi absolu, ce qu’il ont fait à été fait fréquemment dans l’histoire de diverse façon.

                Autant le 11 septembre était motivé de façon absurde, le simple positionnement des USA sur certain dossier.

                Autant là, c’est claire on bombarde des populations depuis plus d’un an….

                Je le répète leurs mode d’action son idigne, s’il voulait vraiment se venger c’est les base militaire qu’il devraient attaquer pas les civiles.

                Mais on ne me ferra pas croire qu’en un an de bombardement on n’a touché que des militaires, ou même visé, il y a clairement des bombardement d’usures.

                Aucune image de la guerre d’ailleurs. C’est une chose que je trouve choquante, personne ne peux savoir ce qu’il se passe sous nos bombes.

    • Depuis toujours dans ce pays (oligarchie politique au pouvoir depuis 40 ans) c’est plutôt le bisounourisme qui prévaut.
      Rappel de la liste des 5 plus grands problèmes / défis mondiaux (liste rédigée il y a 20 ans par des experts en géostratégie):

      1. Prolifération nucléaire

      2. Migrations Sud vers le Nord

      3. Terrorisme religieux

      4. Environnement, pollution

      5. Surexploitation ressources naturelles (eau, pétrole, Mat 1ères)

      En 20 ans pratiquement rien n’a été fait sauf peut-être dans le domaine de la prolifération nucléaire…

  • Pour moi c’est clair les trois dangers de l’Europe sont:

    Les socialo gaucho communistes champions hors catégorie en mensonge, démagogie et clientélisme

    Les gangster qui dirigent les banques centrales qui en prêtant trop d’argent aux gouvernements entretiennent le système clientéliste des socialistes.

    L’immigration anarchique à forte tendance musulmane.

    • Les gangster qui dirigent les banques centrales

      Traduire par dirigeants politiques, car c’est c’est eux qui tirent les ficelles. Les gangsters que vous citez ne sont en fait que des marionnettes.

  • En attendant, on accule la Grèce dans les cordes, alors qu’ils sont nos frères (en tout cas si on se réfère aux incantations historiques de la construction européenne). On les laisse sans moyens en première ligne avec la crise migratoire, face à la Turquie notamment qui est pourtant largement instrumentale dans ce lamentable épisode. Et pour couronner le tout, ce sont les Turcs à qui on fait sans barguigner un chèque de 3Mds€, quand on continue à geler les fonds promis aux Grecs pour absence de réformes suffisantes et alors que le pays s’est pratiquement arrêté…

  • « Du coup, la Russie a décidé d’équiper l’Iran de son système S-300 de lutte anti-missiles, une protection qui annihile les effets d’une menace nucléaire venant… de Turquie ou d’Israël. »

    On comprends mal quel objectif autre que prolonger la situation chaotique au ME Poutine recherche ici. Mais bon, j’ai confiance en Israël et ce pays ne laissera pas les mollahs aller trop loin, quoiqu’il arrive.

    « affirme que le roi Salman cherche à se construire une réputation de leader du monde arabe par une politique d’intervention militaire contre l’Iran, qui est porteuse de forts risques de conflits. »

    C’est Poutine qui a clairement aidé à cela. Le Qatar et la Turquie faisaient concurrence à l’AS et aux UAE. Ces derniers on réussit à refaire entrer le Qatar dans le rang en donnant 14 milliards au régime d’al-Sisi pour arrêter les expérimentations politiques du Qatar. Voici que Poutine va pousser Erdogan à rentrer dans le rang aussi en acculant la Turquie. Ainsi l’AS redevient le leader naturel de cette région. Reste à savoir si ses alliés seront nous ou la Chine, veillons à ne pas faire une erreur stratégique en soutenant les ambitions iraniennes dans une région ou presque personne ne veut d’eux.

    Reste plus au groupe des pays sunnites à trouver un plan pour permettre à Israël de mettre fin à la course à la bombe iranienne, puisque seul Israël pourra faire cela sans être inquiété. Ensuite, on pourra enfin espérer avoir un début de solution au ME.

  • @l’auteur : lorsqu’il est avéré en géopolitique… comme en bien d’autres disciplines…
    que tout phénomène résulte de modèles MULTIVARIABLES, il parait judicieux de s’interroger sur le SYSTEME DE GOUVERNANCE et la DYNAMIQUE ORGANISATIONNELLE qui régissent depuis longtemps nos institutions de l’U.E. !
    Ainsi, en deçà d’un collège des commissaires où règne un consensus parfois douteux (inefficace?), les cloisonnements bureaucratiques internes selon lesquels fonctionnent leurs multiples directions institutionnelles et foultitude de « programmes » n’assurent guère de cohérence globale au niveau des résultats ! Idem dans les mesures de diplomatie auxquelles se livrent ces dites « excellences ».
    Pas étonnant dès lors que face à la complexité extrême du monde, ces « machins » se trouvent complètement dépassés par des effets de trainée qu’AUCUN d’eux / d’elles n’avaient pu anticipé …
    Nous vivons en plein marasme, débordés par des principes qualifiés « humanistes, moraux » qui sont débordés par le tsunami des phénomènes nés et amplifiés ailleurs puis déferlants sur le continent.

    On peut d’autant en comprendre la vague d’appels à un retour de souveraineté (de la susbsidiarité?) auxquels nombre d’Etats-membres se livrent aujoudr’hui, chacun sur l’une ou l’autre des variables qui échappent au jugement « surpa » des bureaucrates … irresponsables devant l’électeur lambda. Non ?

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