The Hunger Games : la fin de la chute

Le dernier de la saga Hunger Games est nettement moins réussi que les autres.

Par Aurélien Chartier.

hunger games

Voici enfin le dernier film de la saga Hunger Games, adaptation de la série de films pour jeunes adultes de Suzanne Collins. Suivant une tendance relativement récente d’Hollywood, le dernier livre est adapté en deux films distincts. Comme pour beaucoup d’autres films, cela ressemble davantage à une stratégie marketing qu’un quelconque choix artistique, le film précédent s’étant montré particulièrement pauvre en développements scénaristiques, alors qu’il durait plus de deux heures. Souhaitant donner une deuxième chance à l’auteur, j’entrepris alors la lecture des livres. Si celle des deux premiers est divertissante, je dois me rendre à l’évidence que le troisième est nettement moins réussi, comme si Suzanne Collins se trouve brusquement moins à l’aise lorsque ses personnages ne sont plus des adolescents.

En effet, les deux premiers livres fonctionnent bien en étant centrés exclusivement sur Katniss et en laissant une place très restreinte aux personnages « adultes ». Ces derniers sont le plus souvent unidimensionnels, mais cela s’explique par le fait que la majorité joue un rôle pour survivre dans l’univers totalitaire de la série, couplé au style de narration du point de vue de l’héroïne qui est loin d’être un excellent juge de caractères. Les films sont construits sur le même modèle, se focalisant quasiment exclusivement sur Katniss et développant une poignée de personnages secondaires qui interagissent en priorité avec elle. Or, le troisième livre change totalement cet environnement, basculant dans une guerre engageant de nombreux personnages.

Difficile d’accabler le film quand on voit le peu de développement auquel ont droit la quasi-totalité des personnages dans le livre. Alors qu’on pouvait avoir des attentes légitimes concernant plusieurs personnages déjà aperçus ou totalement nouveaux, la plupart se contentent de rôles sans réel intérêt. La famille de Katniss est l’exemple le plus criant, en ayant uniquement un rôle de faire-valoir. Gale n’est présent que pour son intrigue amoureuse avec Katniss, qui est d’une platitude à mourir d’ennui. Finnick a droit à un minimum de développement, mais cela ne dépasse guère le statut de martyr du Capitole. Johanna a un rôle plus intéressant et complexe durant quelques chapitres, mais cette partie est totalement ignorée par le film. Seuls les chefs de la rébellion Alma Coin et Plutarch ont droit à des caractères plus complexes, mais on manque malgré tout sérieusement de contexte sur leurs motivations.

Le manque de rythme de la première partie de Mockingjay n’est qu’en partie résolue dans ce second volet. Les scènes d’action au sein du Capitole sont efficaces, soutenues encore une fois par de très bons effets spéciaux et on a droit à une poignée de séquences prenantes avec des monstres tout droit sortis d’un film d’horreur. Cela ne représente malheureusement qu’une partie du film, le reste étant constitué de scènes trainant en longueur et au rythme général confus. Si le livre se permettait de faire des ellipses temporelles plus ou moins longues par cohérence, celles-ci semblent absentes du film. Le résultat final est donc étrange avec de longs plans apportant peu à l’histoire et des scènes plus substantielles qui se retrouvent précipitées.

La qualité de la partie politique de l’histoire est également mitigée. On peut se réjouir d’avoir enfin un scénario de rébellion où les insurgés ne sont pas parfaits sous tous rapports. Le district 13 était déjà présenté comme une quasi-dictature dans le premier film avec sa hiérarchie rigide et sa propagande constante. Ce nouvel opus présente davantage la face militariste des rebelles que la soif de vengeance va transformer en monstres pour certains. On voit aussi que le renversement du système fasciste en place entraîne la mise en place d’un système tout aussi autoritaire. Malheureusement, si ces éléments pouvaient donner des pistes intéressantes, leur mise en place est brouillonne et le scénario présente de nombreuses lacunes, laissant un sentiment d’inachevé. On ignore ainsi le devenir de nombreux personnages après la bataille finale.

Ce dernier film de la saga risque donc de ne contenter que les fans de la série qui auront lu les livres et pourront passer outre les failles du scénario. Les autres risquent d’être décontenancés par l’absence sérieuse de ligne directrice, combinée au peu de profondeur de l’ensemble des personnages. C’est bien dommage au vu du potentiel qu’il y avait de donner une conclusion épique après deux premiers films globalement réussis. Au lieu de cela, Hunger Games finit sur un film d’action relativement banal et manquant dramatiquement de cohérence.

The Hunger Games – La Révolte : Partie 2, film d’aventure américain de Francis Lawrence avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Woody Harrelson, Elizabeth Banks, Julianne Moore, Philip Seymour Hoffman, Donald Sutherland… sorti le 18 novembre 2015, durée 2h17.


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