Québec : ce Bombardier qui vise les poches des contribuables

Bombardier C-Series CS100 FTV2 First Flight C-GWYD 50002 credits Patrick Cardinal (CC BY-NC-ND 2.0)

Le favoritisme du gouvernement envers Bombardier coûte cher aux contribuables québécois.

Par Le minarchiste.

Bombardier C-Series CS100 FTV2 First Flight C-GWYD 50002 credits Patrick Cardinal (CC BY-NC-ND 2.0)
Bombardier C-Series CS100 FTV2 First Flight C-GWYD 50002 credits Patrick Cardinal (CC BY-NC-ND 2.0)

Le gouvernement du Québec a récemment annoncé une participation d’un milliard dans le programme de la Série C de Bombardier. En échange, le gouvernement obtient 49.5% du projet, 200 millions d’options d’achat d’actions de Bombardier Inc. à $2.21 (le titre est présentement autour de $1.45, donc il faudra une forte hausse pour que ces options puissent être exercées) et un accord de 20 ans permettant de préserver 1700 emplois directs au Québec.

De son côté, la Caisse de Dépôt a fait un investissement de $1.5 milliard pour obtenir une part de 30% de la division ferroviaire de Bombardier. La Caisse obtient aussi 106 millions d’options d’achat à $2.21.

La Série C a déjà coûté $4.7 milliards à Bombardier, mais elle a récemment radié une bonne partie de cet investissement, dont la valeur aux livres se chiffre présentement à $1.2 milliard. Il reste environ $2 milliards à dépenser pour amener l’avion sur le marché. Donc l’apport du gouvernement viendra fournir l’argent manquant. Le gouvernement fédéral a aussi été courtisé par Bombardier, mais il ne semble pas qu’il interviendra.

Bombardier pourra racheter les parts de la Série C au gouvernement du Québec au rythme de 25% par année à partir de 2019, mais les conditions de ces rachats n’ont pas encore été rendues publiques, ce qui est un déconcertant manque de transparence.

La transaction de la Caisse quant à elle est beaucoup plus transparente et est une bien meilleure transaction pour les contribuables. La Caisse est assurée d’un rendement minimal de 9.5% sur 5 ans. De plus, la part de la Caisse dans BT Group pourrait augmenter jusqu’à 42.5% si la division ne livre pas un certain niveau de rentabilité. Elle pourrait aussi forcer l’entrée en bourse de cette division pour lui permettre de liquider ses parts.

Encore de l’argent des contribuables pour Bombardier…

Les contribuables Québécois devraient être outrés d’une telle annonce. Bombardier a déjà reçu des milliards en aides gouvernementales diverses au cours des dernières décennies. C’est probablement l’entreprise la plus subventionnée au Canada ; et pourtant elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes. Est-ce un bon investissement quand on sait que la Série C n’a reçu aucune nouvelle commande depuis plus d’un an, qu’Airbus a levé le nez sur un partenariat avec Bombardier et que la concurrence devient de plus en plus féroce dans ce créneau ? D’ailleurs, il est souvent bien mal avisé d’investir dans des entreprises dont le conseil d’administration n’est pas indépendant…

Quelles seraient les alternatives ? Bombardier aurait pu émettre des actions sur les marchés boursiers, mais cela n’aurait pas plu à la famille Beaudoin-Bombardier. Celle-ci détient environ 15% des actions de l’entreprise, mais puisque ses actions sont multi-votantes, elle contrôle 58% des votes. Cela lui permet d’élire le conseil d’administration de son choix et d’attribuer des postes de gestions bien rémunérés à des parents et amis, qui ne sont pas les plus compétents.

Pour lever un milliard de dollars à $1.45, l’entreprise aurait dû émettre 690 millions d’actions, ce qui aurait dilué les actions existantes de 31% et aurait fait passer le pourcentage de votes de la famille en-dessous des 50%. Elle aurait donc perdu le contrôle ! Il lui était donc beaucoup plus attrayant d’implorer le gouvernement d’aider l’entreprise, à défaut de quoi elle devrait délocaliser des emplois hors du Québec et du Canada, ce qui serait bien mauvais pour le parti politique au pouvoir.

D’un autre côté, le gouvernement actuel est pris au piège. Les largesses des gouvernements passés envers Bombardier ont permis à cette entreprise de survivre sans être réellement concurrentielle tout en préservant sa structure de gouvernance inadéquate. Au fil des années, le Québec a développé un immense complexe aéronautique, incluant des centaines d’ingénieurs spécialisés bien rémunérés et des dizaines de fournisseurs divers dépendant des mamelles de Bombardier. Tous ces emplois sont dorénavant dépendants de l’aide de l’État, comme les bénéficiaires d’aide sociale. Ne pas aider Bombardier risque alors d’engendrer un choc socio-économique beaucoup plus grand qu’il n’aurait dû l’être si les gouvernements précédents avaient laissé l’entreprise évoluer sans aide de l’État.

Dans l’un des premiers articles que j’ai publié sur mon site (ici), j’expliquais le problème fondamental avec l’industrie aéronautique. En fait, il semble que la plupart des pays impliqués dans l’industrie aéronautique (Canada, Brésil, États-Unis, France, Chine, etc) considèrent cette industrie comme un fleuron stratégique et sont prêts à la défendre à n’importe quel prix. Airbus est un symbole de savoir-faire technologique pour les Européens, alors que Boeing représente un actif militaire stratégique pour les Américains.

Selon beaucoup de gens, comme tous les pays subventionnent l’aéronautique, nous n’avons pas le choix de le faire ! Je dirais plutôt : comme tous les pays subventionnent l’aéronautique, nous n’avons pas besoin de le faire…

Qu’est-ce que les travailleurs de l’aéronautique ont de si spécial pour que tous les autres travailleurs de la société doivent se faire subtiliser une partie de leur salaire, via l’impôt, pour garder ces emplois en vie ? Les actionnaires de Bombardier sont-ils plus importants que les actionnaires d’autres entreprises, justifiant alors de leur remettre l’argent des contribuables ? Concevoir et assembler des avions est-il si stratégique pour le Canada ? Les réponses à ces questions sont respectivement non, rien et non.

Arrêtons donc de nous faire des illusions : les pays mentionnés ci-haut ne vont pas arrêter de subventionner cette industrie. Cela veut donc dire que Bombardier Aéronautique ne sera jamais compétitive sans l’argent des contribuables. Il serait donc logique de diminuer graduellement le support étatique à cette industrie et d’aider ces travailleurs à se repositionner ailleurs dans l’économie. Cependant, ce scénario est peu probable étant donné la forte influence politique des bonzes de l’aéronautique à Ottawa et Québec.

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Dans quelques semaines, les usagers du Métro de Montréal pourront monter à bord des nouvelles voitures Azurs achetées par la STM, sans appel d’offre, auprès d’un consortium formé de Bombardier et Alstom (ici). Vu l’absence de concurrence, est-il possible que le consortium en a profité pour gonfler la facture en échange d’emplois au Québec ? C’est ce qu’affirmait en 2010 la compagnie Espagnole CAF.

Puis, en janvier 2015, l’émission Enquête présentait un reportage troublant concernant le projet de système léger sur rail (SLR) sur le nouveau Pont Champlain, insinuant que ce projet serait un éléphant blanc. Des consultants en conflit d’intérêt auraient gonflé les prévisions d’achalandage, ce qui permettrait à Bombardier de récolter un lucratif contrat, comme ce fut le cas en Corée du Sud.

En avril 2015, Bombardier était de retour à l’émission Enquête, cette fois concernant les nouveaux trains achetés par l’AMT. Le contrat a impliqué des locomotives bi-modes (diesel/électricité), lesquelles coûtent trois fois plus cher que les locomotives électriques et deux fois plus cher que les diesel. Pourtant, il faudra au moins 20 ans avant que le Train de l’Est soit électrifié ! Encore une fois, tout cela pour gonfler les revenus de Bombardier en échange d’emplois à La Pocatière et de cadeaux au président de l’AMT.

On constate donc que le favoritisme du gouvernement envers Bombardier coûte cher aux contribuables et ce bien au-delà des subventions directes, des garanties de prêts et des investissements douteux. Il serait temps que ça cesse !

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