Les questions au gouvernement que vous n’entendrez pas cet après-midi

Laurent Fabius (Crédits philippe grangeaud-Solfé Communications, licence Creative Commons)

Face à un exécutif va-t-en guerre, entendrons nous les députés poser les bonnes questions au gouvernement ?

Par le Parisien libéral.

laurent fabius
Laurent Fabius (Crédits philippe grangeaud-Solfé Communications, licence Creative Commons)

 

Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris ! L’émotion toujours présente, ils servent à justifier tout et n’importe quoi, des inévitables bavures liées à l’état d’urgence aux mesures mesquines et liberticides promues par Bercy, par exemple. C’est précisément dans ce genre de circonstances, de crise, que les députés, élus par le peuple pour voter le budget et les lois et contrôler l’action de l’exécutif, doivent plus que jamais exercer leur mission et faire vivre la séparation des pouvoirs. Du coup, face à un exécutif va-t-en guerre, entendrons nous les députés poser les questions au gouvernement (QAG) suivantes ?

Question au Premier ministre, Manuel Valls
Monsieur le Premier ministre, certaines déclarations du monde politique font peur : vous avez exhorté le Conseil Constitutionnel à ne pas se mêler des lois d’urgence ainsi promulguées, pour ne pas gêner l’action des forces de l’ordre, reconnaissant donc implicitement que vos lois ne sont peut- être pas tout à fait respectueuses de la Constitution. Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous expliquer comment la France du Président Hollande arrive à aller faire la guerre, au Mali par exemple, au nom de la défense de la démocratie et des droits de l’homme, quand nous sommes, ici chez nous en France, à la peine pour les respecter ?

Question au ministre de l’Économie, Emmanuel Macron
Monsieur le ministre, la problématique des attentats occulte les débats de fond qui, pourtant, restent des sujets majeurs pour la France. Ainsi, la question de la fiscalité reste ouverte. D’ailleurs, si les attentats ont bien un impact récessif, notamment sur les industries du tourisme et de l’hôtellerie- restauration à Paris, il faudra à nouveau se poser la question des freins qui pèsent sur les entreprises françaises. Monsieur le ministre, les recettes de l’impôt sur les sociétés ont chuté de 48 % pendant la première moitié de 2015, mais, pourtant, actuellement, la charge fiscale pesant sur une entreprise moyenne en France représente 62,7 % de son bénéfice net avant impôts. Quelles sont les mesures, Monsieur le ministre, que le gouvernement adoptera pour abaisser le taux de prélèvement obligatoire et promouvoir la stabilité juridique et fiscale ? Voulez-vous vraiment que la France continue d’expérimenter in vivo et en grandeur nature l’existence de la Courbe de Laffer ?

Question au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian
Monsieur le ministre, vous êtes le ministre de la défense d’un pays que le Président de la République dit qu’il est en guerre. Les armées françaises sont engagées au Liban, au Tchad, au Mali, dans l’océan Indien, en Centrafrique, en Irak et en Syrie contre l’État Islamique… comment pouvez-vous seulement envisager de cumuler la mission de gestion des armées, une tache éminemment complexe et stratégique, avec la campagne des régionales en Bretagne ? Allez-vous respecter les préconisations du candidat Hollande (version 2012) ?

Question au Secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen
Monsieur le ministre, certains députés de la majorité sont plus royalistes que le roi, et plus poutinistes que Poutine. Conseillez-vous à ces députés le sang-froid et la modération ?

Question au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius
Monsieur le ministre, la diplomatie est quand même quelque chose de formidable. Il y a quelques mois, après avoir invité Poutine de manière indue au DD70 en Normandie, la France choisissait de boycotter ce même Poutine. Aujourd’hui, nous voulons l’associer à nos opérations militaires contre l’État Islamique. Pouvez-vous éclairer, Monsieur le ministre, les Français sur les principes qui président à la diplomatie française ? Ne dites pas « la poursuite de nos intérêts », les agriculteurs français victimes du boycott de la Russie sont encore dans le rouge. Ne répondez pas plus « nos valeurs », ou alors il faudra que vous nous expliquiez pourquoi vous ne dénoncez pas de manière plus claire les violations répétées des Droits de l’Homme en Arabie Saoudite…

Le pays a raison de se souvenir des Parisiens tués par les terroristes. Mais n’oublions pas pour autant, ni la préservation des libertés, ni la nécessaire réforme de l’État, à commencer par son recentrage sur ses seules missions régaliennes.


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