La régression intellectuelle de la France

Un ouvrage qui pose une question absolument cruciale, celle de l’avenir de la liberté d’expression en France.

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La régression intellectuelle de la France

Publié le 24 novembre 2015
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Par Johan Rivalland.

Ce petit ouvrage « bref mais dense et précis », comme le dit la quatrième de couverture, part d’un constat affligeant et en même temps très inquiétant, qui est celui de la difficulté de débattre aujourd’hui en France et d’exprimer des points de vue éventuellement contraires à un « politiquement correct » de plus en plus clairement établi (si ce n’est, comme y insiste l’auteur, dans de petits journaux, des associations, livres ou, bien sûr, internet).

A-t-on encore le droit de s’exprimer librement, en France ?

La régression intellectuelle de la FranceUne sorte « d’orthodoxie » ou de « norme » semble ainsi stipuler « ce que doit penser tout être humain de bonne volonté », sous peine d’apparaître comme « suspect » et d’être « couvert d’opprobre, traité de fasciste, de « populiste », d’être dangereux, immoral, louche et « anti-républicain » […].. et de voir « lâcher contre soi de véritables meutes pour le faire taire en lui faisant perdre toute position d’influence dans les institutions de communication et de culture ». Débat déjà amorcé plus d’une fois dans des ouvrages tels que par exemple Les contre-réactionnaires : Le progressisme entre illusion et imposture de Pierre-André Taguieff, La grande déculturation de Renaud Camus ou La Tyrannie des Bien-Pensants : Débat pour en finir ! de Jean-Marc Chardon et al., entre autres (ou même dans Les deux Républiques françaises, du même Philippe Nemo), pour n’en citer que quelques-uns, mais qui continue d’émailler notre quotidien et atteindre les intellectuels les plus aguerris, dont la liste s’allonge de jour en jour, comme celle de ceux qui, quels qu’ils soient, osent aller à l’encontre de la parole officielle.

Ainsi, la loi de 1881 sur la presse, qui semblait parfaitement équilibrée, a été dévoyée par une série de lois de censure plus répressives les unes que les autres et aboutissant à une sévère remise en cause de la liberté d’expression. Ainsi des lois Pleven (1972), Gayssot (1990), le décret de 2005 sur le nouveau Code pénal, la loi Taubira (2001), la loi sur la HALDE (2004), qui partaient toutes certainement de bonnes intentions à première vue, comme souvent, ont abouti à créer une sorte de nouveau délit d’opinion, préoccupant pour la démocratie. En fin de compte, l’idéologie a primé sur le bon sens et entraîné une dérive inquiétante, ces lois « rompant avec la tradition d’un droit pénal objectif jugeant à propos d’actes et de faits objectifs et s’immisçant dans la sphère des idées où le droit n’a que faire ».

La police de la pensée

Tout ceci ramène aux considérations déjà en partie abordées ici dans l’excellent Le droit naturel : Ses amis et ses ennemis de Patrick Simon. Un type de terrorisme intellectuel s’est, de la sorte, développé incidemment au cours des dernières décennies, en une forme de véritable police de la pensée. Comme le remarque Philippe Némo, à partir de multiples exemples évocateurs, il suffit désormais qu’une simple pensée ou analyse exprimée soit « interprétée » par certains « comme étant de nature à nuire un jour, de quelque manière non précisée […] » pour que l’on s’en trouve condamné. Un vrai retour à l’Inquisition, comme le relève l’auteur à de multiples reprises. On n’est plus, désormais, condamné uniquement pour des actes, mais pour de simples propos, qui même énoncés sans aucune hostilité ni quelconque mauvaise intention peuvent à loisir être interprétés négativement par qui le voudra bien. À cette aune, plus aucun débat sérieux, ni analyse scientifique, n’est plus possible. Et seuls les arguments (faussement) généreux peuvent l’emporter. On n’est plus du tout dans l’esprit des Lumières et ce n’est plus du tout la démocratie.

Comme le remarque, de fait, Philippe Nemo, jusqu’à aujourd’hui dans notre droit, on a toujours refusé de « faire d’une simple idée l’équivalent d’un acte et, partant, à punir l’auteur d’une idée comme on punit l’auteur d’un délit ». Et ce d’autant plus qu’il est difficile de déterminer qu’un simple propos, parmi des milliers d’idées qu’un individu a entendues au cours de sa vie et qui se mêlent dans son esprit, puisse être accusé directement de causer des actions et décisions précises ; mais il faut lire l’ouvrage pour en avoir une bien meilleure démonstration.

Un grave détournement du droit

Il découle de tout ceci un grave détournement du droit et une insécurité juridique, remettant en cause le principe posé depuis des siècles selon lequel « un châtiment n’est légitime qu’en application d’une loi préalablement posée ». Ce qui induit une perversion du métier de juge. L’auteur en donne plusieurs exemples. Et si l’on va plus loin, pire encore, comme nous l’évoquions plus haut, une mise en danger de la démocratie. En effet, « la détestation du libre débat, la haine de la pensée qui suintent des nouvelles lois françaises de censure s’apparentent à l’obscurantisme et à la misologie des sociétés fascistes historiques qui ont toujours brûlé les livres, persécuté les intellectuels et prétendu fonder le consensus social sur l’élimination violente de toute critique ». Excusez du peu.

Un ouvrage qui pose donc une question absolument cruciale, dont notre avenir à tous dépend fortement et radicalement. Une ouverture du débat « en attendant, comme le dit Philippe Nemo, que quelqu’un entreprenne ce travail de philosophie sociale de longue haleine ». Avis aux amateurs.

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  • Une des racines de nos problèmes actuels. Si l’on n’avait pas réduit au silence tant de voix dérangeantes depuis des années sur tant de sujets importants (immigration, éducation etc…) nous n’en serions pas là. Les dirigeants politiques de ces 30 dernières années ont une très lourde responsabilité.
    Sans liberté intellectuelle et sans débat ouvert, pas de démocratie.

    • Démocratie? depuis quand la démocratie garantie quoi que ce soit? la seule certitude avec la démocratie c’est la médiocrité. médiocrité des gouvernants, médiocrité des institutions. La constitution et le respect de cette constitution est beaucoup plus important que la démocratie. Quand on voit avec quelle délectation la populace soutient cet incapable de Holland on comprend qu’il ne faut surtout pas compter sur les électeurs pour faire des choix intelligents et pondéré et de facto on ne pourra pas non plus compter sur une classe politique corrompu et fonctionnarisé qui ne pense qu’a profiter de la bêtises des électeurs.
      Encore quelques attentats en France et on est partis pour instaurer une dictature que Pétain n’aurais pas renié et avec l’assentiment de 80% des Français comme en 40. Elle est belle la démocratie…

  • Dernière victime en date : Thomas Guénolé, renvoyé de RMC.
    On pourrait dire que cela lui va bien puisqu’il faisait partie des procureurs chargés de traquer le beauf franchouillard, ce dangereux adversaire de la République européenne multiple et divisible.
    Le ferons-nous ?
    Bien sûr que non.

  • J’avais lu ce livre, et le constat est accablant. Au paragraphe « un grave détournement du droit » on pourrait encore noter ceci (lointain souvenir de mes études de droit) : en raison de la gravité des enjeux (condamnation, prison etc.) le juge doit respecter le principe de l’interprétation stricte de la loi pénale. C’est un corollaire du principe de légalité des délits et peines, que rappelle l’auteur. Dans le cas des lois sur l’incitation à la haine, même si le mot « incitation » est trop vague, la jurisprudence a tendance au contraire a élargir le champ couvert par le texte, pour poursuivre les auteurs de propos qui ne plaisent pas à certains groupes.

    On peut ajouter qu’il y a, à l’instar du fameux complexe militaro-industriel, un véritable complexe du racisme institutionnel. Trop de gens vivent de l’antiracisme pour qu’il n’y ait pas d’intérêts à l’attiser par des fausses accusations. C’est vrai de certains politiciens, mais aussi d’associations à qui on a donné le droit de se porter partie civile et obtenir des dommages-intérêts en cas de condamnation.

    De sorte que, hélas oui, il y a une insécurité juridique en France.

  •  » lois Pleven (1972), Gayssot (1990), le décret de 2005 sur le nouveau Code pénal, la loi Taubira (2001), la loi sur la HALDE … »

    Incitez à la haine de ces lois liberticides, deviendra bientôt un délit, au rythme ou NORMAL 1er semble vouloir mener ce pays.

  • Les médias bien pensants, Le Monde, Libération, L’Obs, nos bonnes télévision et radio « de service public » sont plus responsables que le pouvoir officiel.

  • Je ne suis as juriste donc difficile d’en parler « techniquement », je laisse le soin aux spécialistes.

    Par contre je sais constater que la liberté d’expression est disparue en France, dans la mesure où il est presque moins dangereux d’agresser physiquement quelqu’un que d’exprimer une opinion qui ne fasse pas partie du catéchisme socialiste.

    • +1
      je rajouterais catéchisme « politique » tout court, car chaque gouvernement fait sa sauce.

    • Voilà bien le problème, pour savoir ce que l’on peut dire ou pas maintenant en France il faut être juriste. cette dérive insupportable est une stratégie pour placer chaque individus en état de faiblesse. Il faut qu’a chaque instant on se demande si on est pas hors la loi et donc punissable. Instillé une peur constante dans la population pour mieux la contrôler, voilà l’objectif final.

    • ERREUR ce n’est pas « presque » plus dangereux… C’est BEAUCOUP plus dangereux.
      Je rajouterai que pour moi le « socialo-boboisme » est la religion dominante dans le monde actuellement.

  • Catéchisme socialisteS Un exemple qui est celui d’ une radio d’Etat France Culture , un média d’ intellectuels qui s’ adresse surtout à des intellectuels , ce média a été soumis à ce catéchisme c’ est pourquoi j’ ai abandonné l’ écoute il y a + de 30ans . Cette prise de controle fut complète après la disparition du débat du samedi matin coco c gaulliste Crémieux c De Bere pardon l’ hortho c’ est vieux

  • Il s’agit du décret n° 2005-284 du 25 mars 2005 relatif aux contraventions de diffamation, d’injure et de provocation non publiques à caractère discriminatoire et à la compétence du tribunal de police et de la juridiction de proximité

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