Face à la menace terroriste : la sécurité passe par l’individu

Entretien avec Pierre-Olivier Drai, politologue et consultant dans le domaine de la sécurité.

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Police de Toulouse - Mic via Flickr - CC BY 2.0

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Face à la menace terroriste : la sécurité passe par l’individu

Publié le 20 novembre 2015
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Pierre-Olivier Drai est l’auteur de Self Sécurité, le retour de l’individu dans la sécurité. Politologue de formation, il travaille actuellement dans la sécurité privée sur le terrain et comme consultant pour des acteurs institutionnels. Contrepoints l’a interrogé sur les enjeux de sécurité posés par le terrorisme en France.

Terrorisme sécurité individu René Le Honzec

Contrepoints : La gestion de la crise terroriste vendredi dernier nous indique-t-elle une faille dans le dispositif de sécurité de l’État français ? Décréter l’état d’urgence, c’est y répondre adéquatement ?

Pierre-Olivier Drai : Je ne pense pas qu’on puisse parler de faille dès lors que la même organisation en matière de sécurité est aussi celle qui a également déjoué au moins six attentats cette année. En revanche, comme tout système, il est possible d’y apporter des améliorations. Cependant, je tiens à préciser que l’ennemi s’adapte aussi, ce qui créera toujours la nécessité de nouveaux ajustements.

Pierre-Olivier Drai
Pierre-Olivier Drai

S’il faut chercher des failles, je les trouverais plutôt dans notre système judiciaire, qui laisse en liberté un individu condamné à six reprises, ou comme aujourd’hui, qui permet qu’un individu radicalisé obtienne une permission de sortie et en profite pour s’échapper. Par ailleurs, il est légitime de s’interroger sur notre politique extérieure qui entretient des liens amicaux avec des États qui participent plus ou moins directement au financement de l’État Islamique. Enfin, comme l’atteste le débat sur l’élargissement des conditions de légitime défense pour la police, il est clair que la classe politique dans son ensemble n’a eu de cesse, au fil des années, de défendre un angélisme social délétère qui a nui au quotidien et au travail des forces de l’ordre.

En ce qui concerne l’état d’urgence, ce dernier est sans aucun doute efficace. Mais j’apprécie peu que le droit prévoit ses propres clauses suspensives. Cela l’éloigne fort du peuple dont il est, théoriquement, la source. À cet égard, je souhaiterais plutôt que l’état d’urgence soit prolongé par référendum et ce d’autant plus que les Français ont l’air de prendre la suspension de leurs libertés comme un mal nécessaire, ou pire, un bien. Sur le fond, l’état d’urgence, comme l’article 16, illustrent que système ne se pense pas dans la continuité et anticipe des ruptures. Or, c’est tout le contraire d’une politique de sécurité pérenne, intégrée au quotidien.

Dans son discours devant le Congrès, François Hollande a préconisé l’éventuelle formation d’une garde civile formée par des réservistes. C’est une mesure qui va dans le bon sens ?

L’idée a du mérite ! Mais les contours sont encore trop flous. S’il s’agit de prélever des effectifs et des moyens sur ceux des réserves militaire et policière, alors elle fera double emploi et réduira d’autant les capacités de la police et des armées. Si au contraire, il s’agit de constituer une force nouvelle de « citoyens – patrouilleurs » à mi-chemin entre la sécurité civile et les voisins vigilants, il faudra voir sur quel budget la développer. Aujourd’hui, la sécurité privée est constituée d’individus qui connaissent la loi mais ne disposent pas d’autres pouvoirs que ceux des citoyens, cela pourrait constituer un modèle. Dans tous les cas, l’initiative est à saluer alors que les pouvoirs publics ne peuvent plus tout faire et que le secteur privé n’est pas en mesure de répondre à la demande à court terme. Surtout, chercher un renfort dans la population est un signe encourageant de coproduction de sécurité.

Vous préconisez dans votre essai un modèle de sécurité constitué pour améliorer la résilience de la société face aux chocs internes et externes. Pouvez-vous nous en expliquer les principes ? N’est-ce pas particulièrement adapté au terrorisme contemporain, qui justement ne connaît plus de frontières ?

L’attentat contrecarré du Thalys comme le courage des héros anonymes des attentats de vendredi montrent plus que jamais que les citoyens sont la première ligne de défense du pays. Ils sont les premiers sur place, à intervenir, protéger, secourir et prodiguer des soins. Je souhaite donc que l’individu retrouve toute sa place dans l’architecture de sécurité. Avant les attentats, l’État comme la société avaient tendance à vilipender l’action individuelle ou à condamner une forme d’aventurisme a priori néfaste. Cela est en train de changer lentement en raison du manque de moyens.

Autant donc continuer dans ce sens et créer un cadre favorable aux individus. Il est facile d’envisager que des formations aux premiers soins fassent partie du cursus scolaire, ainsi que les techniques de médiation. Un assouplissement du cadre de la légitime défense pourrait être également envisagé, au même titre qu’un assouplissement concernant la détention d’armes. Les initiatives telles que les Voisins Vigilants peuvent également être encouragées par les pouvoirs publics, de même que, pourrait être assouplie la restriction sur l’emploi de la sécurité privée sur la voie publique. En réalité, dès lors que l’on souhaite que les individus participent à la sécurité, seule l’imagination constitue une limite. L’essentiel étant de remettre les individus au cœur du dispositif parce que ce sont eux qui sont les plus exposés et les plus prompts à intervenir.

  • Lire sur Contrepoints l’entretien de Pierre-Olivier Drai sur son livre
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  • Intéressant, des propositions pleines de bon sens.

  • Bravo! Les citoyens-nous-sommes en effet en premiere ligne. Vos propos sont petri de bon sens! Felicitations pour votre livre: « Self Sécurité, le retour de l’individu dans la sécurité. »

  • Que du vrai ! Mais nous paierons plus tard à laisser l’administrateur actuel gérer notre sécurité. Car celle-ci ne sera assurément pas optimale souffrant de l’incohérence des fonctionnaires. Et le prix aussi sera au rendez-vous, car ces mesures nécessaires ont relégué encore plus loin dans l’arrière plan, l’obésité inutile de l’État. Une obésité qui nous charge de dettes et hypothèque les générations futures.

  • En Suisse tous les citoyens sont armés, peut-on me le confirmer ?

    • ça ne signifie pas qu’ils ont le droit de l’avoir sur eux quand ils sortent; la détention et le port d’armes sont deux notions différentes

      • La détention d’arme, en Suisse, est soumise à autorisation quasi aussi restreinte que dans nos pays; le port d’arme est réservé à certains (transport de fond, par exemple): se défendre n’est, semble-t-il, qu’une cause de refus.

        Le mythe vient du fait que les militaires (concrits ou professionnels avaient leur fusil (rustique) chez eux et qu’ils ont pu le garder. Cette époque est révolue.

        Comme ailleurs, beaucoup s’arment sans autorisation, avec des armes achetées en-dehors des armurerie (internet), ou « héritées » vu que les armes ne vieillissent pas vite.

        Un changement avec la création d’arme par « imprimante 3D » est à prévoir, même si ces armes ne peuvent servir que de façon limitée.

        Les « vigiles » professionnels sont actuellement très sollicités (ils embauchent!): ils n’ont pas plus le droit de s’armer que les citoyens. On pourrait imaginer des « armes » dont l’accès serait autorisé pour ces professionnels: matraque, gaz incapacitant, à la limite, taser, si on refuse de les voir porter des armes à feu.

        Le libre port d’arme à feu n’est pas pour demain: les mentalités ne sont pas prêtes à l’accepter, actuellement, et il était inutile de supprimer la peine de mort contre l’avis d’une partie non négligeable de la population puis de permettre à n’importe quel impulsif de la décider, lui-même, sans procès. (Cela ne fera pas chuter le nombre de suicides non plus)

        Pour ceux qui ont vécu l’assassinat de J.F.Kennedy et de son « prétendu tueur », encore mystérieux, ils comprendront!

        • Je crois qu’en suisse, le PORT d’arme était libre avant 1999………

          http://lesobservateurs.ch/2014/05/16/schengen-aggrave-les-problemes-en-suisse/

          Dans les commentaires :

          « Il faut surtout nous rendre le droit de porter des armes, comme c’était le cas avant la loi désastreuse de 1999!
          La seule et unique raison pour toucher à la loi sur les armes était bien évidemment la volonté d’adhérer à Schengen. Et Schengen limite massivement les droits sur les armes, mais évidemment seulement pour les personnes honnêtes. Les criminels, eux, s’en foutent royalement!

          Effet immédiate: dès 1999, la criminalité violente a augmenté de 15%, puis de 8 à 15% année par année! Nous sommes à +600% depuis 1999.

          Si nous avions gardé le droit de nous défendre, Schengen n’aurait pas été aussi grave. Le fait que l’explosion de la criminalité a commencé dès 1999 prouve bien c’était le droit sur les armes, pas seulement l’immigration qui a fait la différence.

          C’est simple: les criminels sont des lâches et des paresseux. Si leurs victimes peuvent se défendre, ils vont chercher ailleurs.
          Donc retour en arrière sur Schengen ET la loi sur les armes, changée en rapport avec Schengen et nous retrouverons à nouveau une Suisse digne du nom. »

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