Les attentats de Paris en 3 questions

policiers MKFautoyère-(CC BY-NC-ND 2.0)

Nous sommes unis face au terrorisme mais, quand il frappe, nous sommes seuls. Soyons prêts.

Par Baptiste Créteur

policiers MKFautoyère-(CC BY-NC-ND 2.0)
policiers MKFautoyère-(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Le drame qui s’est déroulé vendredi soir à Paris pose de nombreuses questions.

Pourquoi la France ?

La France est une cible privilégiée et facile à atteindre. La France est ouvertement engagée dans la lutte contre l’État Islamique en Irak et en Syrie, mais aussi plus largement contre les islamistes radicaux au Mali et en Centrafrique. Elle est alliée aux États-Unis et arme les pays « mécréants et corrompus du Golfe et du Moyen-Orient ». Et elle est perçue comme une nation coloniale revendiquant ses racines chrétiennes et opprimant la minorité musulmane à coup d’interdictions du voile et de débats sur l’identité, les prières dans la rue et le porc dans les cantines.

Et la France est une cible facile : géographiquement plus proche des zones de conflit, des centaines de ses ressortissants sont acquis à la cause du djihad et circulent librement dans l’espace Schengen.

Pourquoi maintenant ?

Un an jour pour jour avant les attentats de Paris était promulguée la loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme : interdictions de sorties du territoire pour les présumés terroristes, renforcement des mesures d’assignation à résidence et des mesures répressives, renforcement des moyens de prévention et d’investigation.

Frapper la France à cette date anniversaire est un moyen pour les terroristes de montrer l’impuissance des pouvoirs publics à protéger le pays des attaques terroristes, qu’il s’agisse de la population (plus de 150 morts dans la capitale) ou du chef de l’État (explosions à proximité du Stade de France où se trouvait alors François Hollande).

Les services de sécurité français étaient déjà sous tension, entre les avertissements de spécialistes de la lutte anti-terroriste et les mesures de sécurité renforcées (sites sous surveillance et contrôles aux frontières) en préparation de la COP21 qui, dans deux semaines, réunira à Paris plus de 80 chefs d’État.

Comment éviter ça ?

Dans l’état actuel des choses, il n’y a malheureusement pas grand chose à faire. Le réflexe immédiat des dirigeants politiques face aux attaques terroristes est de renforcer les moyens de sécurité et de contrôle : pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, l’état d’urgence a été décrété sur l’ensemble du territoire. Mais la remise en cause des libertés fondamentales ne marche pas.

Il y a un an, la France renforçait les moyens de lutte contre le terrorisme. Il y a quelques mois, la Loi Renseignement légalisait la surveillance généralisée des citoyens. Le plan vigipirate est déjà déployé. Ce qui n’a pas empêché les attentats d’hier, ceux de Charlie Hebdo, et les attaques déjouées par miracle de Villejuif et du Thalys. À chaque fois, des mesures d’urgences sont prises ; d’autres attentats surviennent.

Ces mesures renforcées ne fonctionnent pas, parce qu’elles ne peuvent pas fonctionner. Toute la bonne volonté de ceux qui veillent sur le terrain à notre sécurité ne peut rien face à un terrorisme qui peut frapper n’importe qui, n’importe où et n’importe quand.

Les policiers en faction pour protéger Charlie Hebdo ont été abattus par des terroristes mieux armés qui ont agi vite et par surprise. Il est impossible de déployer un périmètre autour de chaque terrasse de café où pourraient surgir des terroristes en scooter, de fouiller au corps chaque passant qui pourrait porter une ceinture d’explosifs, de faire escorter chaque citoyen par une escouade armée.

Renoncer à nos libertés fondamentales et embrasser État policier et société de surveillance ne sauvera pas nos vies, et encore moins notre mode de vie. Il est peut-être temps d’envisager d’autres solutions : la faillite de la lutte contre le terrorisme n’est pas un problème de moyens, mais de méthode.

Le terrorisme frappe les citoyens, qui sont en première ligne pour assurer leur propre sécurité mais n’en ont pas les moyens. Le port d’armes est tabou en France, mais force est de constater que les terroristes sont armés malgré l’interdiction, que les citoyens ne le sont pas et que les forces de l’ordre arrivent aussi rapidement que possible mais toujours trop tard. Si les honnêtes citoyens étaient armés eux aussi, les victimes seraient sans doute moins nombreuses.

Il serait bon de remettre également en cause l’implication de la France dans des conflits qui, de fait, deviennent les siens. La destitution des dictateurs part sans doute d’une bonne intention, mais les résultats sont plus que contestables. De l’Iran à la Libye et de l’Irak à la Syrie, l’ingérence des puissances occidentales a rarement eu de brillants résultats, au contraire : leur politique a contribué à créer les monstres que nous affrontons, aujourd’hui comme hier.

L’heure est au recueillement, et nos pensées vont aux victimes et à leurs proches. Ç’aurait pu être vous, ç’aurait pu être moi, et nous sommes tous profondément touchés. Face à un terrorisme qui frappe aveuglément, nous devons garder les yeux ouverts : nous ne serons pas plus en sécurité en renonçant à notre liberté. Nous ne vivrons pas plus longtemps en renonçant à notre mode de vie et à nos principes.

Nous devons ouvrir les yeux sur l’impuissance des pouvoirs publics et sur la responsabilité qui nous incombe de fait. L’État doit garantir la liberté et la sécurité des citoyens. Il ne parvient pas à l’assurer lui-même, même en se dotant de tous les moyens possibles ; il est temps de rendre aux citoyens les moyens de se défendre face à la violence et à la barbarie.

Il est impossible de dire si le carnage d’hier aurait ainsi pu être évité. Mais il est urgent d’éviter qu’une telle tragédie se reproduise. Nous sommes unis face au terrorisme mais, quand il frappe, nous sommes seuls. Soyons prêts.